Ce besoin de modèles et de similitudes

Je ne sais absolument pas comment commencer.

Revenons donc aux bases que j’ai déjà dites 100 000 fois. J’ai une Infirmité Motrice Cérébrale (IMC) C’est la conséquence d’un manque d’oxygène à la naissance à cause de la prématurité.

Les IMC ne sont pas rares, elles ont toutes plus ou moins la même cause : c’est la plupart du temps un manque d’oxygène (un défaut d’irrigation sanguine du cervau), avant, pendant ou peu après la naissance ; elles peuvent aussi être une « simple » conséquence de la prématurité sans qu’un évenement particulier de manque d’oxygène n’est été constaté (à cause de l’imaturité des poumons et du cerveau au moment de la naissance) ou aussi d’un traumatisme crânien chez un tout petit enfant.

Ce manque d’oxygène ( d’irrigation sanguine en fait) a des conséquences similaires et pourtant très variées : une partie des circuits sont détruits. Selon l’étendue des dégâts et selon les sphères touchés les symptômes seront différents, classiquement on classe les IMC parmi quelques catégories. Les hémiplégies (la partie droite ou la partie gauche du corps est touchée.); les quadriplégie (les quatres membres sont sévèrement touchés) ; les diplégies (les membres inférieurs sont les plus atteints mais les membres supérieurs peuvent aussi l’être dans une moindre mesure.) A ces différents schémas s’ajoutent tout un tas d’autres paramètres dont les troubles associés comme les dys. (allez voir par-là pour un truc clair, et de référence.) (Il faut que je refasse ma page explicative, elle n’es plus du tout à jour…)

Bref, parmi tous ces IMC moi j’ai la une diplégie spastique : mes membres inférieurs sont en effet les plus atteints, et d’ailleurs eux seuls sont spastiques, mais aussi des problèmes de motricité fine et de rapidité au niveaux des membres supérieurs. A tout cela s’ajoute ma dyspraxie visuo-spatiale. (Ce sera tout pour moi, merci !)

La diplégie n’est pas une forme d’IMC rare, la prématurité et le manque d’oxygène a la naissance n’en est pas une cause rare. Que ce soit associé à un trouble dys n’est pas rare. Pourtant, pendant longtemps (et encore aujourd’hui mais dans une moindre mesure) je me suis sentie isolée. Pourquoi ?

D’abord parce que la variété des situations d’IMC est infinie. Elles sont regroupées en catégories mais aucun n’est véritablement similaire à une autre. Parce que le degré d’atteinte est différent, parce que la spasticité est plus ou moins forte, parce chez certains c’est plutôt la gauche chez d’autre plutôt la droite, parce que chez certains il y a trouble dys (et il y a le choix) chez d’autres non.

En plus de ça, la diplégie spastique c’est courant, mais souvent à des degrés plus forts que moi. J’ai marché très tôt, je peux marcher sans aide pendant assez longtemps et ma spasticité est légère à moyennne. Il semblerait que ce soit beaucoup moins courant. Et surtout beaucoup moins visible.

Bref, la multitude des IMC c’est un peu comme tous les brins de paille d’une botte de foin et moi je cherchais l’aiguille, enfin la deuxième aiguille quoi.

Pour voir d’autres personnes ayant une IMC pas de problèmes, vraiment aucun. J’ai connu C. au Sessad (aux alentours de mes 8 ans), A. aux scouts (à 11 ans), puis après mon déménagement il y avait une dame chez mon kiné, puis P. au Sessad (et de multiples autres beaucoup plus gravement atteints que je ne connaissais pas vraiment), M. au lycée (elle était en prépa), puis en arrivant à Paris j’ai connu Me, puis Ma, et aussi M…)(tout le monde a un prénom qui commence par M, ça suffit !) Et je ne compte pas les nombreuses personnes que j’ai diagnostiquées IMC en les croisant dans la rue (surtout depuis que je suis à Paris) ni mes nouvelles connaissances virtuelles.

Bref, j’en connais un paquet. Pourtant dans ce bouquet aucune comparaison n’a trouvé grâce à mes yeux. Reprenons dans l’ordre :

  • C ? D’abord à l’époque je ne me rendais pas compte qu’on avait toutes les 2 le même handicap. En plus elle marchait beaucoup plus sur la pointe que moi et fatiguait plus vite (elle utilisait parfois un fauteuil)
  • A ? Alors, elle, c’est probablement le cas le plus proche que j’ai pu rencontrer. Mais même si je me suis très vite « identifiée » à elle en la prenant comme modèle, je ne pouvais pas aller jusqu’au bout de la comparaison : elle avait 10/12 ans de plus que moi ! (Bref, elle était vieille !)
  • P. (au Sessad) et Me (à Paris) : elles sont hémiplégiques donc à la fois proches de moi (c’est une IMC, et dans une forme relativement légère) et en même temps éloignées (e n’ai pas du tout la même problématique de spasticité au niveau du membre supérieur.)
  • M (de la prépa) ? :je me suis sentie très proche d’elle par les centres d’intérêts mais très clairement elle était beaucoup plus atteinte que moi, elle avait du mal à parler, beaucoup plus de problèmes de motricité fine et utilisait un déambulateur pour se déplacer.
  • Finalement la plus proche de ma situation c’est Ma : on marche toutes les 2 sans aide, on a toutes les 2 des problèmes de motricité fine, d’équilibre, à peu près la même démarche… Et pourtant même avec tout ça je ne peux pas mener la comparaison au bout. Je porte la plupart du temps des attelles (même si je pourrais m’en passer), elle jamais. En revanche, elle prend plus l’ascenceur que moi et prend plus souvent un fauteuil (quand moi je n’ose pas le demander, elle si, en gros.) J’écris à la main et elle à l’ordi. Ces différences sont minimes et si ça se trouve elles sont plus dûes à une différence d’expérience et de rééducation qu’à une différence de degré de handicap. Mais récemment l’annonce qu’elle allait avoir une opération pour les membres supérieurs m’a un peu refroidie… en plus de ça, ça n’est pas sa première. Les opérations, c’est le truc qui coupe directement court à la comparaison. Le truc que je n’ai jamais vécu. (en plus on me l’a proposé une fois pour les hanches mais jamais pour les membres supérieurs, ya pas besoin.)

Tout ça pour dire qu’il y a une sorte de soif de trouver un semblable dans la différence qui n’est jamais assouvie.

Comme pour se dire que oui, il y a quand même dans notre différence une forme de normalité. Ou comme pour se dire qu’on est légitime dans cette différence. (Depuis que j’ai appris pour cette opération je n’arrête pas de me répeter que elle, elle n’a pas de dyspraxie… Comme si je faisais un concours du plus handicapé, je m’auto-énerve prodigieusement.) Comme un besoin d’avoir une délimitation claire du handicap avec une liste de symptômes aux contours bien nets qui n’interragissent pas avec les compétences. (Un truc bien manichéen : tu marches/tu marches pas, tu peux bouger la main ou pas, etc) C’est aussi par besoin de partager des expériences similaires, de trouver quelqu’un qui nous comprend.

Depuis que j’ai pris conscience que c’était rechercher une aiguille dans une botte de foin, je fais le deuil de ce jumeau de différence. Je me résigne à ne jamais rencontrer une autre personne ayant une diplégie spastique légère qui marche avec des attelles en carbone (je n’en ai encore jamais rencontré !! Bon en même temps, c’est caché par les vêtements, je l’ai peut-être croisé incognito), sans avoir eu d’opérations, et qui a aussi une dyspraxie.

Je suis en train de lire L’Eloge de la faiblesse d’Alexandre Jollien. C’est un écrivain-philosophe qui a une IMC et qui base toute sa réflexion philosophique sur son expérience de vie. ça fait très longtemps que je suis attirée par ses écrits et tout aussi longtemps que je repousse le moment de le lire par crainte que cette figure « tutélaire » ne soit mise au pied du piédestal parce qu’il serait « trop différent de moi », trop élogné de ma forme d’IMC. (En vrai, je le sais depuis longtemps, il a des troubles d’élocution donc déjà… ) Et en plus je commence fort : dans ce livre il raconte sa scolarité dans un établissement spécialisé. Bref, je vous l’ai dit, je suis en processus de résignation ! 😉

 

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3 ans après

J’étais en train de faire du ménage dans mes brouillons, ça m’a menée toujours plus loin : 1 semaine, 2 seamines, 1 mois, … , 4 mois, …. 1 an, 2 ans et même 3 ans.

Il y a trois ans, j’ai fait une série sur mes « progrès » (ici, ici , et encore ici et , encore et enfin .) Comme toutes les séries, il y a un gros brouillon initial qui rassemble (plus ou moins) tout. Et là en le relisant, je me rends compte, qu’effectivement je n’avais pas tout publié, ma fin est restée en suspens…

Aujourd’hui, 3 ans plus tard, cette fin m’interpelle.

Pour remettre dans le contexte : après avoir fait plusieurs articles dans lesquels je racontais mes progrès (physiques pour la plupart) et disait (parfois) ma fierté. Je finissais par cette conclusion :

Physiquement je ne peux plus vraiment progresser, on est plutôt dans l’entretien mais je sais que psychologiquement il me reste encore beaucoup à faire :

  1. oser plus me lancer
  2. oser m’affirmer, ne plus avoir honte de mes envies ou de mes opinions
  3. arrêter de bloquer sur le regard des gens
  4. arrêter d’avoir peur du téléphone (oui oui )
  5. oser montrer mon affection, arrêter d’être gênée quand cela arrive (est ce que cela est possible ?) (sic)
  6. arrêter de douter de l’amitié que les gens me portent

Hé bien ça fait bizarre. Bizarre de constater que dans cette liste le seul vrai blocage restant c’est le téléphone…

Certes, je ne suis pas une fonçeuse mais j’ose me lancer, afffirmer mes goûts et mes opinions (que je connais de mieux en mieux, déjà.) Cela a avancé cet été encore, alors que j’ai fait lire mes lettres de motivation à mon père. Ou cette rentrée, alors que j’ai du réfléchir aux stages qui m’intéresseraient.

Certes, je fuis le regard plutôt que les regarder dans les yeux mais je ne fais plus une fixette là-dessus. Je m’habille beaucoup plus librement (j’ai trouvé le « style » dans lequel je suis à l’aise et je l’assume), je m’assois aussi de plus en plus librement dans les bus (même s’il y a encore une marge de progression), je suis plus tranquille pendant mes courses (même si j’ai eu une petite piqure de rappel douloureuse récemment. C’est parce que j’en ai trop fait dans la journée.)

Certes, c’est encore fragile (voir par là) mais je n’ai clairement aucun doute sur mes premières amies parisiennes, un noyau dur qui demeure. Très peu aussi sur mes amies de l’an dernier et celles qui se forgent cette année.

Quand à la gêne de montrer  son affection, je ne suis pas devenue soudainement expensive, bien sûr, ce n’est pas dans ma nature. Mais j’ose montrer mon inquiétude pour les gens que j’aime, leur dire merci ou mon admiration, etc.

Bref …

Ça fait du bien de remarquer encore une fois le chemin parcouru. Parce que même si pour chaque point j’ai émis des (petites) réserves , je sais que sous ces phrases, il y a trois ans, c’était beaucoup plus difficile.

Et tout ça en 3 ans, c’est beaucoup !

 

Vrac : positif / négatif

Au départ je voulais vous parler de mon petit bonheur de jour chargé et même de fin de semaine chargée. Et puis, finalement j’ai raconté plein d’autres choses, j’ai été obligée de changer mont titre 😀

Les jours et semaines se suivent et ne se ressemblent pas tout en se ressemblant dans la charge de travail et le rythme imposés.

Quand on finit un travail on enchaîne sur un autre. C’est assez stimulant mais aussi fatigant. L’impression de ne jamais vraiment se poser. Alors que pourtant je me pose, je fais des pauses. Mais l’esprit est toujours en éveil, toujours en train d’anticiper ce qui arrive et de mouliner les informations.

Même les pauses et loisirs je dois les anticiper et les planifier. Donc l’esprit n’a jamais été relaché plus de 12h depuis la rentrée (et encore 12h je pense que je suis super gentille.)

L’année dernière j’avais déjà ce rythme effréné sans pauses d’esprit mais je n’en avais pas pris conscience ou je n’avais pas compris. Le point positif et qui change tout de cette année c’est que je peux me planifier des pauses sans culpabiliser, elles entrent dans le planing, et aussi , je l’ai déjà dit, cette année le travail est beaucoup plus encadré (les attentes sont claires (plus ou moins), et les encadrants moins « pressants » (dans la manière d’être, la manière de s’adresser à nous.)

Bref, je peux donc prendre des pauses.

Par exemple cette après-midi je ne vais pas étudier même si je sais que demain j’ai toute une liste de choses à faire et que demain il faudra réfléchir au travail de la semaine prochaine et celui de la semaine d’après.

Cettte après-midi c’est recherche de cadeaux (physiquement fatigant mais bien !), vaisselle (bouh) et classement de cours et enfin cinéma ! (Ma culture est en berne depuis quelque temps, j’aimerais bien faire une expo ce week-end aussi…)

Avant cette après-midi qui sera un repos de l’esprit, j’avais besoin d’un repos du corps. Je suis donc allée manger au crous (ça permet de ne pas avoir à faire la vaisselle avant et après de manger.) ça permet aussi de rester dans le centre de Paris et de ne pas faire des aller retours pour rien. A la fin, forcément j’ai eu  un coup de barre.

J’ai donc décidé d’aller boire un café à la cafét’. *Tadaaam la raison d’être de l’article arrive*

Là se sont combinés 3 petits bonheurs dans un seul moment :

  • le café. L’odeur du café compte parmi mes grandes préférées (avec celle du chocolat chaud, du feu de bois, du vieux papier …………) Et depuis que je suis au lycée c’est aussi une boisson que j’aprécie beaucoup. (Avant le goût acide ne passait pas.) Bon, par contre, je comptais sur le café pour me réveiller, habituellement c’est plutôt efficace mais là c’est un petit échec. J’hésite à en prendre un deuxième.
  • Les fauteuils confortables. (là pas besoin que je développe vous avez compris)
  • La musique : dans cette cafèt’, il y a un piano en libre service, c’est super sympa quand des étudiants s’y mettent (souvent). Hé bien là il y a une violoncelliste qui s’est mise à côté… (et en plus elle joue le concerto d’Elgar) Bon, et elle sait aussi jouer au piano. Elle a tous les talents, tout va bien.

Bref, c’était un lieu-moment de repos du corps très bien choisi, je tenais à le partager avec vous. Je vais pouvoir repartir… (je reste raisonnable, pas de second café, un seul a bien fait son petit effet finalement, ça suffira.)

Férié ?!

Le 1er novembre est un jour férié, par tradition catholique, pour la Toussaint (donc Fête de Tous les Saints, à ne pas confondre avec le Jour des Morts qui est, dans la liturgie catholique, le 2 novembre.) (Parce que oui, la République Française est laïque – elle resptecte donc, au moins en théorie, toutes les religions- mais elle est historiquement de tradition catholique.) Mais bon, je peux comprendre que cela ne signifie rien pour certains et qu’ils aient envie de supprimer ce jour férié, comme tous les autres qui ont trait à la religion (Pâques, l’Ascension, la Pentecôte, Noël) (ouais, Noël aussi c’est religieux, à l’origine.)

Bref, j’ai pas l’habitude de parler religion  et catholiscisme et rassurez-vous ça s’arrête ici. C’est juste l’introduction pour bien souligner ce qui m’énerve.

Le 11 novembre aussi est un jour férié. En commémoration de l’armistice de la Premiière Guerre Mondiale. Là la religion n’entre aucunement en compte, on parle juste d’Histoire. Comme le 8 mai, commémoration de l’armistice de la  Seconde Guerre Mondiale, le 14 juillet, commémoration de la prise de la Bastille et enfin, le 1er mai pour la « fête du Travail ». (J’ai failli l’oublier celui-là, coincidence ?) (Il y a un article intéressant par-là.)

Pourtant, même pour des faits purement historiques, qui devraient donc avoir du sens pour tous, le jour férié est en train de disparaître.

Petit point étymologique et lexical : férié est un adjectif qui provient du latin « feriatus » c’est-à-dire « oisif » pour une personne. Le verebe « ferier » a ensuite été utilisé au Moyen-Âge pour signifier « fêter, chômer ».

A l’heure actuellle, en l’occurence les jours fériés sont effectivement des jours de fêtes (religieuses) ou commémorations (historiques), en tout cas des jours où l’on chôme (normalement.)

D’ailleurs, c’est même la définition du TFLI (ici) :

Caractérisé par la cessation du travail, et lié à la célébration d’une fête (civile ou religieuse).

Hé bien moi j’ai l’impression que ces jours fériés disparaissent petit à petit, année après annnée.

D’ailleurs, c’est bizarre, le Larousse est plus prudent (là) :

Se dit d’un jour de fête légale en principe chômé.

Je note trois faits particuliers.

  • On oublie l’origine du jour férié. Il devient l’occasion d’un week-end prolongé, d’une pause dans la semaine ou de l’admiration du défilé. Mais on oublie la signification de la date, l’importance de la commémoration.
  • On oublie d’autant plus la signification-fonction du jour férié qu’on fait des ponts. (Le « jeudi » 11 novembre de l’année X est férié en commémoration de la signature de l’armistice de la guerre de 14-18. On chôme donc ce jour-là pour la commémoration mais pourquoi chôme-t-on le vendredi 12 ? Pour faire un week-end prolongé. Exit l’importance du jour férié.
  • Pour finir (vous devez l’avoir vu venir depuis longtemps) : de plus en plus de magasins sont ouverts sur les jours fériés. Ce ne sont donc plus des jours fériés (chômés)…. Ou alors seulement pour les plus riches ?

Ça m’a d’autant plus choquée aujourd’hui samedi 11 novembre.

** Attention je suis reprise par ma frénésie de peut-être dans les lignes qui suivent** (Je note au passage que c’est une manière pour moi de tempérer une trop forte émotion de type colère.)

Peut-être parce que du coup je ne voyais mon propre intéret d’avoir un jour chômé dans la semaine.

Peut-être parce que j’ai d’autant plus vu la bêtise, l’hypocrisie : d’un côté certaines administrations font de longs ponts tandis que de l’autre des magasins ouvrent sur des jours fériés, même lorsque c’est un samedi.

Peut-être parce que si, comme j’ai pu le dire au début, je comprends qu’un jour férié « religieux » n’est pas de signification pour tous, je ne comprends pas qu’on efface ainsi une commémoration historique. (2016 centenaire de la bataille de Verdun, 2017 centenaire de la bataille de la Marne… L’année prochaine centenaire de l’armistice… ça va changer(a) quelque chose ?)

Ou peut-être que mes études, à forte connotation historique, sont en train de me monter à la tête…

Bref, cette société capitaliste, consumériste et de loisirs m’excagace de plus en plus. Je comprends de moins en moins. Je sais pas si c’est une vue de l’esprit, qu’à l’échelle humaine on ne peut pas se rendre compte, qu’en fait ça a toujours été un peu comme ça… J’ai l’impression d’être une grande réac’ en pensant qu’on est en train de perdre le sens de l’Histoire, que « c’était mieux avant ». (Et pourtant, cette phrase m’énerve tellement !!)

** Message de service. **

Avec cet article (et son intro) j’ai grande crainte d’attirer les grands coincés de « c’était mieux avant », « c’est plus ce que c’était », « tout se perd ma pauvre dame », « vous êtes des paiens / mécréants allez bruler en enfer »… Pas la peine vous pouvez passer votre chemin. Je garde ma République mixte, laïque, ouverte, tolérante et tout ça qui ne vous plait pas.

**Fin de la communication.**

Pour conclure, au cours de la rédaction de l’article je me suis posée deux questions :

  1. pourquoi et depuis quand le 31 décembre est-il férié ? Célébration de la nouvelle année ? (ça ne me réconcilie pas avec la nouvelle année, ça, dis-donc.) (D’ailleurs, c’est marrant, il y a des anciens articles sur lesquels mon avis a dû évoluer, notamment ceux que j’ai écrit sur le sujet du handicap, mais alors celui-là pas du tout. Je pourrais le réécrire tout pareil.)
  2. Est-ce que l’effacement des jours fériés au profit du capitalisme (sans mauvais jeu de mots) est purement français ou ça se retrouve dans d’autres pays ? (Je pense surtout aux pays occidentaux.)

Toutes les réponses sont bienvenues…

Le travail, ce truc angoissant

J’aime pas trop publier des articles proches les uns des autres, comme si le deuxième allait oculter celui d’avant mais j’ai besoin d’écrire, d’extérioriser. Beaucoup d’émotions positives et négatives se mêlent en ce moment… ça fait un joyeux foutoir.

C’est une histoire de stage.

J’ai été prise dans le premier stage pour lequel j’avais postulé. Ça a été un grand soulagement mais aussi une grande surrprise. Ça a été trop vite pour moi. Dans ma tête j’allais avoir le temps d’envoyer d’autres candidatures avant de recevoir une réponse. Dans ma tête, j’écrivais et envoyais d’abord celle-là parce que c’était la plus facile à écrire (parce que la seule qui répondait à une offre existante et qui ne soit pas une candidature spontanée) mais que c’était seulement pour me lancer, ensuite j’aurais le temps d’en écrire d’autres en attendant une réponse. Sauf que non, la réponse a été très rapide. Trop. J’étais partagée entre le soulagement de ne plus avoir à m’occuper de ça (parce qu’on ne le dit pas assez mais faire des lettres de motivation c’est ultra déprimant -même quand on est très motivé.) et un sentiment de pression (parce que si ils répondent si vite, c’est a priori qu’ils sont très intéressés), le sentiment d’être coupée dans mon élan et d’avoir l’herbe coupée sous le pied.

Bon, ensuite j’ai eu un petit temps avant l’entrevue, dans l’intervalle j’ai donc envoyé une autre candicandidature (spontannée celle-ci) qui me motivait beaucoup. En partie pour m’enlever cette impression de « mais j’avais pas prévu ça comme ça », en partie pour pouvoir répondre si jamais on me demandait « et vous avez postulé ailleurs ? », en partie aussi pour avoir une autre possibilité si finalement l’entretien n’était pas concluant et enfin, en partie pour justifier d’un « dynamisme » de recherche auprès de mes profs si cet entretien n’aboutissait pas. Bref, envoyer cette deuxième candidature m’a permis de me tranquiliser.

Je me suis servie de mes expériences précédentes d’entretien (qui malgré leur petite préparation n’avait pas été très glorieux) pour bien me préparer. C’était bien mieux, j’ai été bien moins déroutée et beaucoup plus dégourdie. Je suis assez fière de moi sur ce coup. Parce que ma préparation m’a donné de l’assurance et je sais que ça a joué sur la décision finale.

Maintenant que le sentiment ambivalent du stage arrivé trop vite est retombé (ça va vraiment être passionnant), je me retrouve face à un autre problème : est-ce que je vais être à la hauteur ? Est-ce que je vais être capable d’accomplir le travail qu’on attend de moi ?  Parce que très clairement le contexte de ce stage est très différent de ma précédente expérience : ce n’est pas un stage de découverte / perfectionnement, c’est un stage de fin d’études. Ce n’est pas un stage où je vais butiner partout et faire des petites tâches bien encadrées mais un stage avec une grande mission directrice, avec probablement encore plus d’autonomie. Ce n’est pas un stage où je vais apprendre, découvrir mais un stage où je dois mettre en application mes compétences. Encore plus que le précédent je le vois comme une confirmation du fait de savoir si je suis capable de travailler ou non, si je suis apte au travail que j’ai choisi malgré mon handicap, si celui-ci n’induit pas trop de lenteur ou trop de fatigue. (Personne ne m’a jamais dit que je n’étais pas apte à travailler mais suis-je bien adaptée au marché du travail actuel où on demande toujours plus de rentabilité ?) (Quand on dit que c’est la société qui crée le handicap…)

Bon et puis, le master 1 et son mémoire sont passés par là aussi. Je me pose d’autant plus de questions, évidemment. Est-ce que je suis vraiment capable de m’organiser, de faire front face à une tonne d’activités ? Je me sais depuis longtemps très mauvaise à la double tâche, je gère les choses par bloc. Ça avait été un de mes grands problèmes l’an dernier, mon emploi du temps était tellement chargé que sur mon temps libre je n’arrivais pas à dégager des blocs de temps suffisants pour chaque « front » : la recherche du mémoire, la révision des cours, l’intendance du domicile et le repos. Du coup je faisais les choses par à-coup en alternance. L’alternance entre les différents blocs a toujours été mon fonctionnement, sauf que là les écarts étaient trop grands. Donc, comment cela se passera-t-il dans le monde du travail ?

Ce qui me rassure un peu c’est qu’a priori j’aurais une demande particulière à laquelle répondre, des directions tracées. Pas un vaste sujet dans lequel je dois me plonger et chercher moi-même les questions à me poser. Donc moins de risques de m’éparpiller, me perdre ou m’attarder sur quelque chose qui n’est finalement pas utile. (C’est notamment pour ça que j’ai choisi ce métier, c’est un métier dans lequel je réponds à des demandes ou missions précises. Je m’adapte aux demandes mais je pose pas les questions initiales –ou alors des questions toutes faites.- Et ça justment, je sais bien faire, normalement. J’ai une question, je cherche la réponse, j’ai un cadre vide, je le remplis, j’ai une demande précise, je m’y adapte et répond en fonction.)

Ce qui me rassure aussi un peu c’est que l’an dernier malgré toutes les difficultés, j’ai quand même acquis des compétences, une maitrise de certains outils et méthodes, qui vont me resservir. Et je suis en train d’acquérir de nouvelles compétences que je mets directement en application (merci le parcours bien fait 🙂 ) et je les maitrise bien.

Bref. ça devrait le faire ce stage. Le problème c’est que je le vis vraiment comme une préfiguration du monde du travail (parce que bon, après un M2 pro en général… on travaille, ahem), et ça … ça le fait pas du tout.

D’abord, ma première possibilité de travail passe par un concours. J’aime pas les concours. Déjà rien que le principe me hérisse (ai-je besoin d’expliquer pourquoi ? Je n’aime pas me mesurer aux autres. Je serais forcément moins bonne, moins rentable.) (ouais, parce que ok je souris, je suis optimiste, généreuse, joyeuse etc mais toutes ces qualités ne rentrent pas dans le résultat d’un concours -ou très peu.) (et pour l’instant dans les qualités « studieuses » je n’ai pour moi que la rigueur, l’observation, et l’écoute. BON, ça fait déjà 3.) (ahem, avez-vous remarqué l’avalanche de qualités ?) (j’arrête avec les parenthèses si je veux) En plus c’est un concours rare et avec peu de places. Youpi.

Bon, le truc rassurant, c’est que je suis dans le secteur culturel. Un domaine où les gens sont assez tolérants et ouverts face au handicap. Donc, si ils estiment que j’ai des qualités, je serais jugée sur elles et non mon handicap. Sauf que c’est aussi un secteur en crise et manque de sous, donc s’ils considèrent que ma lenteur est un frein, que je ne suis pas suffisament « rentable »… bah, ils privilégiront quelqu’un d’autre avec peu ou prou les mêmes qualités que moi. (Ouais, je suis optimiste mais quand même ça dépend des sujets, faut pas pousser mémé dans les orties, je suis un peu réaliste aussi.)

Donc… les autres possibilités de travail c’est où ? Bah, dans le privé. Donc dans des entrepirses qui accordent probablement encore plus d’importance à la rentabilité.  Je suis mal barrée.

Précisons que pour les deux candidatures faites (comme pour mes précédentes candidatures en 3° année de licence) je n’ai pas précisé que j’avais la RQTH. Les gens sont ouverts et tolérants en milieu culturel mais il faut pas abuser non plus, je n’avais pas envie de tenter le diable et d’essuyer les refus parce que j’ai effrayé. Et encore moins l’envie de me poser incessament la question « est-qu’ils ont rejetté ma candidature à cause de ça ? » De plus, j’assume mon handicap sans problème mais je ne suis absolument pas prête à en parler en entretien, quoi dire qui ne me sois pas préjudiciable ? (Je ne sais pas si je serais un jour capable d’utiliser ce truc.) (ahmandieu… Je sais pas jusqu’à quand va la reconnaissance, faudrait que je m’en préoccupe pour en refaire la demande…) Soit ils s’en rendent compte en cours de route et je compose soit non et je fais comme d’habitude. (Le petit démon dit que la dernière fois que je n’ai rien dit en espérant à moitié qu’on s’en rende compte/ que cela se voit et sois compris -l’année dernière- ça m’a menée au désastre… Chut.) (visiblement ça n’avait pas été vu et considéré comme des signes de « fille pas bien dégourdie ».) (J’ai pas l’intention de laisser la situation se dégrader jusque là, ça sera dit avant, si le besoin se fait sentir.) (chut petit démon, oui je suis sûre.) (oui c’est la fête des parenthèses.)

Au départ, je pensais aussi écrire sur deux autres sujets qui m’ont un peu perturbée ce week-end. Mais finalement c’est déjà bien long et surtout écrire ça a suffi à me calmer (!) Peut-être que ces deux petits sujets épineux m’ont blessée uniquement parce que celui-là me turlipinait déjà pas mal. L’arbre qui cache la forêt.