« Le Passeur » de Lois Lowry

ATTENTION : Je ne donnerai pas la quatrième de couverture, elle dit beaucoup trop à mon goût, il ne faut pas la lire avant d’avoir lu l’histoire (heureusement pour moi ce livre était dans la bibliothèque de ma soeur et je connaissais l’auteur, je me suis donc contentée des premières lignes pour décider de me plonger dedans.)

Dans ce qui suit je ne révèle absolument pas l’histoire, je donne juste le début et mon sentiment (très positif) pour donner envie de le lire !

C’est le deuxième livre de cet auteur que je lis, c’est le deuxième que j’apprécie grandement.

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source : Babelio

Le premier, L’Elue je l’ai lu il y a plusieurs années (au collège) j’en garde un bon souvenir. Un souvenir de réflexion, de réflexion philosophique, le souvenir d’une belle histoire, le souvenir d’une héroine à laquelle je me suis pas mal identifiée (une jeune fille handicapée à la jambe qui marche donc en boitant.)

 

Dans cette seconde histoire j’ai retrouvé un autre monde inventé, une autre belle histoire, une autre réflexion philosophique, un autre héros très intéressant (même si je ne m’y suis pas autant identifié, là n’est pas l’important…)

L’histoire

Cela se passe dans un village / une communauté appartenant au futur. Dans ce monde tout est réglé, codifié. Le matin on fait telle chose, le soir telle chose, en décembre il se passe tel évènement, à huit ans on fait tel truc et à neuf tel autre truc, quand une personne dit quelque chose on doit répondre une autre chose bien précise. Bref, tout est bien codifié pour le bien-être et la sécurité de tous. C’est tout poli / polissé / lisse / neutre / bienveillant.

Et donc, ce livre raconte l’histoire d’un garçon de onze ans dans ce monde.

Pourquoi j’ai aimé et pourquoi je le conseille ?

Pendant ma lecture j’ai pensé à Descartes et ses Méditations métaphysiques, à Platon aussi. J’ai pensé à tout plein de notion abordées en Terminale pendant mon cours de philosophie ( d’ailleurs j’ai regretté de ne pas l’avoir lu cette année-là ça aurait pu nourrir bon nombre de dissertations), je me suis posée énormément de questions, je me suis révoltée un peu aussi.

L’histoire est poétique, belle, juste (dans le sens de « bien-vue »), effrayante, triste… mais surtout très philosophique.

J’avais peur de la fin, peur d’être déçue, finalement je l’ai trouvée juste parfaite, bien à l’image de toute l’histoire. C’est assez admirable de la part de l’écrivaine d’avoir réussi à me contenter pour la fin. Parce que plus j’aime un contenu, plus il est facile de me décevoir 😉

Pour finir, je le conseille à toutes les personnes qui s’interrogent sur le futur, sur la perfection, sur le passé, sur le poids de l’histoire et sur le poids des mots, sur les émotions, sur l’importance des décisions et du choix, sur le hasard, sur les émotions… (à toutes les personnes qui se questionnent donc 😉 )

Je sais que comme L’Elue il est catégorisé littérature jeunesse mais il dépasse de loin ce cadre (j’ai envie de lire tous ses autres livres… Mais je vais me laisser le temps de digérer celui-là déjà !)

 

 

Sondage pour décider

Ça a toujours (toujours… 2 fois sur 2   donc….) bien fonctionné donc je ne vois pas pourquoi je ne recommencerais pas 😀

Comme les 2 fois précédentes, j’ai envie d’écrire mais j’ai plein de sujets en attente et je ne sais pas lequel choisir. En l’occurrence, ici ils sont quasiment tous restés à l’état d’embryon (tout dans la tête, rien de posé sur le clavier) et ce sont tous des sujets assez « sérieux ». Dans le sens où ce sont des sujets actuels, de société, sur lesquels j’ai envie de partager mon expérience, mon avis.

En effet, je me suis progressivement rendue compte de la portée que pouvait avoir ce blog, tant pour sensibiliser et diffuser des infos qui me tiennent à cœur, que pour m’aider à trouver et affirmer ma position sur un sujet (ce que j’ai tant de mal à faire.)

J’aimerais donc savoir quels sont les sujets qui vous intéressent en priorité, les sujets que vous ne connaissaient pas sur lesquels vous voudriez en savoir plus, les sujets qui vous intriguent … Que sais-je encore…

Par ce sondage vous ne décidez pas à ma place (j’ai toujours le monopole de la décision 😀 ) mais vous m’aidez à y voir plus clair.

Pour cette fois je n’ai mis aucune limite de vote (aucune !) mais restez raisonnables tout de même 😉 et si cela ne vous gêne pas de perdre « l’anonymat » dites-moi l’ordre des priorités en commentaire !

(Pour finir, j’ai envie d’écrire mais je ne sais pas si cela sera réellement possible dans l’immédiat, ne vous impatientez pas !)

Mon premier rendez-vous chez Pôle Emploi — Porte-jarretelles & wheelchair

Comme l’illustre parfaitement cette vidéo, lorsque l’on se déplace en fauteuil roulant hors de son domicile, on peut avoir l’impression de participer quotidiennement aux jeux paralympiques.

via Mon premier rendez-vous chez Pôle Emploi — Porte-jarretelles & wheelchair

ça fait un peu plus d’une semaine que cet article a été publié, ça fait un donc peu plus d’une semaine que ça me scandalise sans que j’ai le temps de partager…

Que le monde extérieur français (pour ne parler que du très proche) est physiquement inaccessible, ça je le sais, j’ai envie de dire tout le monde le sait, c’est évident… mais en fait non… Bref, on s’en rend compte tout de même assez vite (de manière plus ou moins précise et exacte, dès lors qu’on s’intéresse à la question.

Que beaucoup de gens n’arrivent pas à imaginer qu’une personne handicapée puisse vivre une vie comme une autre, avoir un travail, être amoureuse, avoir des enfants…. ça aussi je le sais ! (Oui je sais aussi que parfois ça n’est pas possible, mais là je vous parle des nombreux cas où c’est possible !)

[NB : même quand avoir une vie comme une autre n’est pas possible la personne handicapée a une vie et des sentiments…….. Ceci était une parenthèse je la referme…]

Donc je disais, beaucoup de gens ont du mal à imaginer qu’une personne handicapée (disons en fauteuil, pour faire simple) puisse avoir une vie, un travail; des enfants … et je le sais ! Mais quand même, à ce point-là (si vous ne l’avez pas déjà fait cliquez sur le lien pour aller lire son témoignage…) ça me dépasse !

J’utilise beaucoup les transports en commun pour me déplacer (vu que j’habite à Paris, que je n’ai pas de voiture et pas le permis et que je suis écolo et que moins je marche mieux je me porte (presque) ça semble assez logique…) en particulier les bus (parce que ça évite -presque- la foule qui bouscule et qui presse et les nombreux escaliers du métro). Plusieurs de ces bus sont accessibles aux fauteuils, c’est à dire avec une rampe. En particulier le bus que je prends quotidiennement pour me rendre à l’école. J’ai donc plusieurs fois vu des personnes en fauteuil -électrique ou manuel- dans le bus. J’ai vu parfois certains qui ne pouvaient pas monter parce que la rampe ne fonctionnait pas. J’ai vu parfois certains qui ne pouvaient pas monter parce que trop de monde. J’ai entendu parfois des gens soupirer ou vu des gens regarder de travers parce que franchement si le fauteuil était pas là on aurait plus de place… (oui j’ai dit « le fauteuil » et pas « la personne en fauteuil » c’est fait exprès… Je pense vraiment que ces gens ne voient plus la personne.) Mais jamais encore je n’ai vu d’irrespect de la part du chauffeur, au contraire, il est toujours attentif.

Mais là je découvre que le chauffeur peut refuser de prendre une personne en fauteuil si elle est à un arrêt est indiqué non accessible, même si finalement c’est peut-être possible. J’avais déjà vu sur les plans de lignes de bus parisiennes l’indication « arrêt non accessible aux UFR » (Usagers en Fauteuil Roulant, avouez que c’est tout à fait intuitif…) mais je pensais que c’était une indication pour l’usager, pas une interdiction formelle (si comme là il s’avère que dans certaines conditions c’est possible…) qui donne des droits scandaleux au chauffeur.

Peut-être que j’extrapole, que ce chauffeur de bus est « une exception » qu’il a pris un droit (celui de refuser) qu’il n’a en fait pas et que c’est bel et bien qu’une indication et pas une interdiction formelle. Peut-être, soyons optimistes…

Il n’en reste pas moins que ça démontre le long chemin qu’il reste à parcourir pour l’accessibilité. Il n’y a pas que les barrières physiques, mais aussi énooormément de barrières psychologiques. Quand ces barrières psychologiques seront tombées il sera tellement plus facile de faire tomber les barrières physiques qui restent…

Bien sûr qu’il est difficile de rendre tout accessible, peut-être même que ça n’est effectivement pas possible parfois, mais commençons déjà par rendre accessible ce qui peut l’être, ça sera déjà énorme. On verra ensuite pour le reste.

Pour terminer sur une note plus positive, j’ai découvert aujourd’hui grâce à Élodie que la grande roue de la Concorde est accessible aux personnes en fauteuil roulant. C’est tellement génial !

 

Se faire confiance : Jeux et orientation

Comme d’habitude, en écrivant hier j’ai réfléchi. Comme d’habitude, quand j’écrivais hier d’autres phrases sont arrivées sous mes doigts. Comme d’habitude, le résultat écrit hier était trop long. Comme d’habitude, donc, j’ai scindé. Voilà les réflexions dérivées de mon article d’hier. (pour ceux qui n’ont pas suivi, hier j’ai écrit un article… sur les Jeux Paralympiques.)

En fait, ce que j’admire surtout chez eux (à savoir les sportifs paralympiques, et en particulier les sportifs IMC desquels je me sens naturellement plus proche) c’est ce que ça (leur présence aux Jeux) révèle en creux : leur confiance. Ils se sont fait confiance/ils se font confiance, au point qu’ils n’ont pas baissé les bras devant les critiques, les remarques décourageantes ou devant les difficultés de l’entraînement. Bien sûr, c’est le genre de choses où l’entourage joue beaucoup. S’il te fait confiance, il te pousse. Mais justement, pour que l’entourage ait cette confiance, il faut que toi-même tu l’aies, au moins un peu, au moins au début. Confiance en tes capacités, confiance en ton choix, confiance en ce que tu veux, être sûr de ce que tu veux. Pour les convaincre.

Et ça, ça me fait penser à mes idées d’orientation au lycée.

J’ai beaucoup cherché, dans plein de directions. (Toutes du domaine « littéraire » c’est vrai, mais justement, j’ai l’impression d’avoir exploré toutes les pistes des métiers « littéraires ». ) Au bout du compte j’ai pensé à un premier truc, je suis allée voir la conseillère d’orientation parce que je voulais en savoir un peu plus sur comment y arriver et comment ça se passait… Et ben, en fait, elle a tout fait pour me décourager : trop difficile, trop sélectif… -Est-ce que je suis vraiment sûre ? Parce que dans ce cas là, il va falloir s’accrocher. – Non bien sûr que non je ne suis pas sûre… Grosse douche froide. Ça m’aurait bien plu pourtant…

J’ai donc recommencé à chercher. Puis j’ai eu une deuxième idée, validée par mes parents (effectivement, ça me correspondait bien, trouvaient-ils…) Oui, mais voilà. PPS en début de Terminale. Le médecin scolaire soulève une objection : c’était loin, à Paris, et puis c’était dur, beaucoup de boulot. Tout le monde opine, elle a raison. – Est-ce que j’étais sûre d’être prête ? -Non. Bien sûr que non, je n’étais pas sûre… Eux me conseillaient plutôt de faire une prépa et on verrait après, c’était plus sage… Je sors de là, deuxième douche froide. J’avais l’impression qu’on m’avait coupé les ailes. Mais sûrement avaient-ils raison.

Mais du coup, je ne savais de nouveau plus vers quoi je me dirigeais. J’allais opter pour le choix sage de la prépa (bien sûr ça m’aurait plus, passionné même, mais ça ne faisait que repousser le problème plus profond.) Puis finalement révélation. Finalement je suis partie à Paris. Finalement j’ai eu beaucoup de boulot et ça a été dur parfois. Finalement je m’en suis bien sortie. (Ok, je n’ai pas fini…)

Mais je suis presque sûre que si quelqu’un avait fait une remarque négative sur ce projet, j’aurais renoncé aussi, renoncé encore. Parce que pas assez de confiance. Confiance en mes capacités. Confiance en mes choix, mes volontés, mes goûts, mon identité. Mais justement, il s’en ait fallu d’un cheveu : une objection qui faisait douter mes parents et tout tombait par terre. Alors que j’y suis extrêmement bien.

Mais du coup je me dis que je m’étais pas trompée avec les deux autres premiers choix, c’étaient des trucs qui auraient pu coller, que j’aurais pu faire, ça m’aurait plus… Et je m’en serais sortie pareil. Il suffisait de me faire confiance. De me donner confiance.

Mes parents auraient bien voulu, mais encore eut-il fallu qu’il y ait derrière un signe minime d’encouragement, un signe qu’ils ne m’envoyaient pas au casse-pipes. Il y avait tout le contraire : des doutes, des préjugés, des remises en cause. Bref, pas de quoi inspirer confiance. Alors que ça venait de gens à qui on faisait confiance, justement.

Aujourd’hui, avec le recul, je me dis que ce qui a empêché les 2 premières idées de se développer, ce sont les préjugés mais surtout -pire- c’est aussi le manque d’adaptabilité de notre société. C’est ça qui effrayait mes parents et c’est ça qui a amené le médecin et l’infirmière à s’opposer au projet. Ils connaissaient mes capacités et avaient confiance en moi. C’est ce que j’allais trouver là-bas qui ne leur inspirait pas confiance. Aujourd’hui encore, en parlant de ces 2 désillusions j’ai le cœur serré. Pas parce que j’ai l’impression que j’ai raté ma vie ou que je regrette. Non, je ne regrette rien. Je suis extrêmement bien là où je suis et dans ce que je fais. Mais j’ai le cœur serré de savoir que tout le monde ne peut pas faire les études qu’il veut, que tout le monde ne peut pas mener à bien ses projets, à cause d’un simple manque de souplesse de notre société.

Combien de parents ont renoncé à scolariser leur enfant parce que pas adapté, ou parce que ils ne le pensaient pas prêt/capable, ou parce que les instituteurs ne le jugeaient pas prêt/capable ? En bref, parce qu’il ne rentre pas dans le moule scolaire ?

Combien de jeunes handicapés ont renoncé aux études qu’ils voulaient parce que ce n’étaient pas possible, pas faisable, pas adapté ? Ou simplement parce qu’on ne les jugeait pas capables ? Voire pire, parce qu’eux même ne se sentaient pas capables et que personne ne les y a poussé ?

Combien de jeunes handicapés ont renoncé à ce qu’il voulait (études ou autre…) pour autre chose qu’on leur montrait, et qu’on jugeait plus adapté ? Combien de jeunes handicapés se sont laissés influencer et convaincre que ce truc adapté c’était mieux pour eux que leur rêve ? Combien de jeunes handicapés ont laissé s’éteindre leur ambition sous la pression sociale (voire n’ont jamais eu d’ambition à cause de) ?

Et encore là je dis « jeunes handicapés » mais on peut y mettre plein d’autres gens (essayez pour voir « jeunes défavorisés » ça marche aussi) …

Bref, combien de gens ont renoncé à leurs projets, à leurs rêves, parce qu’ils n’avaient pas assez confiance et que la société leur a montré autre chose ?

La lenteur

En ce moment, je suis dans une vague explicative de mon handicap et de mon handicap. Les mots viennent assez bien (même si après c’est pas forcément très organisé Ahem) donc je saute sur l’occasion et je vous inonde d’articles 😀 !

Dans cet article sur la théorie des cuillères, j’avais déjà commencé d’évoquer le problème de la lenteur.

La lenteur est une des caractéristiques principales de l’IMC et de la dyspraxie (comme ça je suis servie), c’est une notion qui est omniprésente dans mon quotidien, ça me semble donc important d’y consacrer un article entier.

NB : j’ai utilisé un code couleur : thème écriture, thème marche, thème repérage, thème courses (exemple parfait d’activité multi-tâches stressante)

Ce n’est pas une lenteur sensible et flagrante, c’est une lenteur insidieuse qui se remarque à la longue. Le domaine où c’est le plus flagrant : l’écriture.  Au collège j’étais toujours à la traine pour recopier le tableau, en amphi je n’arrive à prendre en notes que la moitié (ou les 2/3 en écrivant comme un cochon sur une courte durée.)

Mais elle est aussi présente dans tout le reste de mon quotidien, de manière beaucoup plus insidieuse. ça me fait le même effet que quand vous êtes très fatigués ou grippés : vous avez l’impression de progresser à 2 à l’heure dans toutes vos actions, de ralentir tout le monde tout le temps. Moi je vis/ressens ça une grande partie du temps. Sauf que si « on » peut imaginer et comprendre qu’une vielle personne soit lente, « personne » ne comprend qu’une jeune personne puisse aussi être lente. Surtout que -je me répète- chez moi cette lenteur est légère, pas flagrante. Chez d’autres personnes IMC plus lourdement atteintes  (c’est-à-dire que la lésion cérébrale est plus importante) la lenteur est plus prononcée (et liée à un handicap plus visible) et, comme chez certaines vieilles personnes, on comprend rapidement que cette lenteur n’est pas volontaire, qu’elle est « pathologique. » Chez moi ce n’est pas le cas. Aux yeux des gens ça ressemble plus à de la paresse/de la mauvaise volonté/de la maladresse.

Quand je marche avec quelqu’un soit je marche à mon rythme et ça impose à l’autre de ralentir ou je me fais distancer, soit je m’efforce d’accélérer la cadence, mais alors je suis moins endurante.

Quand je fais mes courses, le passage à la caisse est toujours délicat et stressant : je m’emmêle les pinceaux entre les courses à mettre dans les sacs, l’argent à sortir, l’argent à récupérer… (utiliser la CB simplifie un peu les choses mais pas tout.) Et de toute façon je vais toujours plus lentement. Souvent le temps que j’ai fini, il y a déjà le client suivant qui est parti et celui d’après qui commence…  Et ça me stresse, j’essaie toujours d’aller le plus vite possible. Mais en fait je ferais mieux de travailler mon lâcher-prise et d’arrêter d’imaginer que je gêne les gens à ce moment-là (au fond, même si je les ralentis, tant pis y a pas le feu au lac !)

Je suis aussi lente à me repérer dans le métro, la ville, l’aéroport, la gare… Quand je suis toute seule aucun souci, je prends mon temps. C’est quand je suis avec d’autres que ça se gâte : les autres repèrent plus vite que moi le chemin à prendre, mais du coup leur pensée va aussi plus rapidement et quand ils ont un doute et me posent une question je ne saurais pas répondre : je n’ai pas suivi…

Quand je suis avec quelqu’un  que je connais bien et qui connais le chemin, généralement j’explique (« écoute, tu vas plus vite que moi, je te laisse gérer, je suis ») et ça ne pose pas de problème. Quand c’est moi qui dois guider des personnes, je vais à mon rythme et c’est là que ça se complique vraiment. Imaginons par exemple que je guide une personne dans le métro parisien. Je connais un peu plus l’environnement et l’itinéraire qu’elle, sauf que j’aurais quand même besoin de temps pour me repérer, suivre le fil. Si la personne repère le nécessaire avant moi peut interférer et inconsciemment gêner ma réflexion : elle me livre des infos détachées sans que j’ai le temps de les analyser ou de les raccrocher au fil de ma pensée. « Moi : alors, la ligne 5 -Elle: c’est là ! … se dirige vers la droite -> je n’ai pas eu le temps de voir si c’était la bonne direction, combien il y avait d’arrêts, si il y a un accès escalator possible à la place des escaliers… Souvent je n’ai même pas vu le panneau qui indique que « c’est là »

Si c’est ma sœur provinciale, pas de souci, elle est inconsciemment (je n’ai jamais explicité mais ça se passe naturellement comme ça) habituée à me laisser mener la danse à mon rythme, elle me laisse gérer d’un bout à l’autre (parfois en suggérant, mais sans accélérer pour autant) : je suis « celle-qui-sait », elle me laisse faire et suit. Quand c’est une personne que je ne connais pas c’est beaucoup plus compliqué et fatiguant. Je passe certainement parfois pour une empotée.

Cette lenteur je peux la réduire en utilisant plus d’attention et plus d’énergie mais selon les actions cela sera plus ou moins efficace . Je réussis à me calquer sur le rythme de marche normal de la plupart, tout en maintenant une conversation, en revanche si la marche est rapide, la conversation sera plus difficile à suivre (attention focalisée sur la marche puis, en plus, essoufflement) et cela ne sera de toute façon possible que sur une certaine distance. Pour ce qui est du repérage je ne peux pas la réduire à néant. Pour ce qui est de l’écriture je perds en esthétique et en énergie et je retiens moins (et cela n’est possible qu’un certain temps : un cours de 2h à la fin j’irais forcément plus lentement et j’écrirais forcément moins bien.)

Pour les courses je peux la réduire en utilisant plus d’énergie et avec quelques astuces (mettre ma CB dans la petite poche pour l’attraper rapidement mais sans la perdre, avoir un cabas plutôt qu’un sac, c’est plus facile à ouvrir.) mais je ne pourrais pas non plus la réduire à néant et quelque soit la vitesse, je donnerais toujours l’impression (au moins à  moi-même) d’une empotée maladroite et désorganisée.

Je peux la réduire mais elle peut aussi augmenter du fait de certaines circonstances indépendantes de ma volonté : ma fatigue, le nombre de choses que je dois gérer en même temps (la dyspraxie ne fait pas bon ménage avec les doubles tâches…), le bruit ou la foule qui m’entourent…

 

Pour l’écriture et les cours j’ai appris à faire avec, la marche aussi. Pour le repérage et les courses (et autres activités pressantes de cet acabit) ça reste encore difficile à gérer parfois. Je dois encore travailler mon lâcher prise et mon indifférence par rapport au regard et à la pensée des gens. La société à grande vitesse dans laquelle nous vivons -faire tout toujours plus vite- ne m’y aide pas. (je ne suis vraiment pas addict à la vitesse mais il y a toujours la petite voix « les gens derrière sont peut-être pressés »)