Garder le contact…

J’en ai déjà parlé ici plusieurs fois. Pour moi l’amitié et surtout la durabilité de celle-ci dans le temps c’est compliqué. (Si vous ne voyez pas de quoi je parle je vous laisse cliquer sur le tag amitié, il y a pléthore de lectures…) (J’en ai profité pour en relire certains… Ouah, ça fait du bien…)

C’est encore plus compliqué quand il y a de la distance géographique qui s’ajoute au temps qui passe. Et encore plus compliqué quand de la souffrance se surajoute.

(Attention cet article est assez triste, à ne pas lire si vous avez le cafard… Le plus important c’est la conclusion que je résume ici : c’est important de donner / demander des nouvelles aux gens qu’on aime même s’ils ne répondent pas. Parce que ce n’est pas forcément volontaire et qu’ils sont potentiellement très seuls, dans ce cas votre message leur fera potentiellement du bien. Même s’ils ne répondent pas. « Pas de nouvelles bonnes nouvelles », c’est vrai parfois, mais c’est surtout le meilleur moyen de se donner conscience tranquille. )

J’ai inconsciemment beaucoup réfléchi à ça cet été. Parce que, avec ma grande amie d’enfance, C., ça fait plusieurs années que c’est compliqué. C’est ma première amie d’enfance, nous nous sommes connues à la maternelle et plus quittées ensuite jusqu’au collège. Nous étions très proches. Chacune donnait à l’autre ce qu’elle avait besoin (de la douceur / de l’attention / de l’écoute / de la bonne humeur), chacune comprenait ce que voulait dire et impliquait le mot handicap, chacune n’en avait rien à faire des apparences. Aucune n’avait peur de la différence. Bref, nous nous sommes bien trouvées, nous étions les meilleures amies du monde.

Mais là dessus nous avons grandi et le temps à passé. D’un côté, elle se faisait d’autres copains et copines alors que moi j’y peinais toujours autant.  De l’autre ses parents se sont séparés alors que les miens formaient toujours un couple soudé. En plus, en grandissant, nos expériences de ce handicap ont varié : elle le vivait en tant que proche, moi en tant que directement concernée, et par ailleurs, nous avons aussi pris conscience que le mot « handicap » qui nous avait soudé recouvrait différentes réalités : moi c’était destiné à aller vers le mieux, pour son frère c’était l’extrême inverse…. Puis un  de mes proches a été a malade, nouveau changement, une souffrance en plus, à prendre en compte de part et d’autre. Nous avions chacune de plus de mal à comprendre ce que vivait l’autre. Cependant, jusqu’au collège ça a tenu bon.

En 5° j’ai déménagé à plusieurs centaines de km de là, promesses d’amitié pour la vie (qui n’en a pas fait ?) promesses de visites. Là encore, ça a tenu bon, au moyen d’une correspondance épistolaire régulière (eh oui, internet n’était pas encore si développé !) et de visites chez elle. Il y a eu des déceptions C’était très difficile pour elle de quitter sa maison, j’ai mis du temps à comprendre et  accepter que son amitié pour moi ne pouvait pas égaler/dépasser son amour pour son frère au point de dépasser cette peur. Mais j’ai laissé ça de côté et ça a tenu, encore. Je suis allée la voir et le fait est que quand je lui envoyait de longs mails en 3° et 2nde parce que je n’allais pas bien et que je n’avais que ça à faire pour occupper ma solitude, elle a toujours répondu présente.

C’est pourtant là, je crois, que l’écart a commencé à se creuser. Et c’est juste après qu’il s’est matérialisé. Au lycée, j’allais moins souvent la voir et il y a la crise d’ado qu’elle a faite et pas moi. Il y a les nouvelles copines qui font aussi cette crise d’ado. Il y a toutes les expériences que nous n’avons pas pu vivre ensemble et qui changeaient notre vision du monde. Et il y a ce fossé de souffrance qui se creusait. Ma famille allait de nouveau bien, très bien, tandis que dans la sienne ça continuait à dégringoler. Forcément, elle s’est trouvé d’autres amies plus proches géographiquement qui pouvaient mieux la comprendre et la soutenir au quotidien. Mais moi j’avais du mal à m’en détacher. Et j’étais inquiète et elle ne répondait pas à cette inquiétude.

Au bout d’un moment qu’elle me renvoyait l’image d’aller si bien, alors que moi j’avais l’impression inverse, je l’ai crue. J’ai cru que cette impression venait du fait que moi-même je n’allais pas si bien et que je faisais une sorte de transfert, comme si j’avais envie qu’elle aille mal parce que j’allais mal. Ou que j’avais envie qu’elle aille mal parce que j’avais gardé l’image d’une fille qui allait mal. Et puis j’avais aussi l’impression d’un déséquilibre : forcément dans mes longs mails de solitude je lui faisais beaucoup de confidences, je m’ouvrais beaucoup à elle, elle en face me rassurait, me consolait, mais ne faisait pas autant de confidences sur elle. C’était donc difficile pour moi de savoir comment elle allait vraiment. Parfois j’étais plus insistante, plus explicite dans mes inquiétudes, elle n’y répondait pas. Elle répondait « à côté de la plaque », au reste du mail mais pas celle-là, comme si elle n’avait jamais existé. Elle me disait je vais bien. Elle me parlait de ses voyages, de ses sorties, de ses loisirs. J’ai donc tu mes inquiétudes et décidé de lui faire confiance : elle va bien, c’est super, je me réjouis pour elle.

Et ayant de nouvelles amies moi aussi, j’ai pris de la distance, j’ai suivi son attitude, je me suis détachée. J’ai décidé que je lui donnerai autant que ce qu’elle me donnerait, pas plus, pas moins. Un mail = un mail. En fait, j’ai surtout calqué le fonctionnement de mes autres amitiés sur celle-ci. C’est une époque où je réfléchissais aux amitiés toxiques, je me rappelais cette « copine » qui m’avait vampirisée sans donner de contre-partie et j’avais l’impression que c’était la même chose quand j’écrivais de longs mails auxquels elle ne répondait qu’à moitié, voire auxquels elle ne répondait pas du tout, quand j’étais sans cesse à faire le premier pas, j’ai pensé que finalement elle ne tenait plus à moi, qu’elle avait d’autres amies et donc n’avait plus/pas besoin de moi. Dire un mail = un mail était tellement plus facile.

Je ne saurais  jamais si certaines de mes inquiétudes étaient fondées (a-t-elle eu, comme je le pense, un trouble du comportement alimentaire qui a été stoppé avant que ça ne soit trop alarmant/trop tard ?) Je ne saurais jamais si il y a vraiment une époque où elle allait bien et que je m’inquiétais dans le vide. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que ce n’est plus le cas. Elle donne toujours cette impression dans ses (très rares) messages mais tous les autres signaux que je reçois me disent le contraire. Elle ne sait pas où elle est, elle ne sait pas où elle va.

J’en ai parlé avec ma sœur aussi, cet été. Elle est amie avec son frère, ils se voient et s’écrivent encore de temps en temps. Mais elle aussi a du mal à savoir où placer le curseur : je m’inquiète trop / je ne donne pas assez de nouvelles. Elle aussi a du mal à redonner encore des nouvelles même si elle n’en reçoit pas. Mais parfois elle en a. Et ces rares fois lui renvoient l’image de quelqu’un et d’une famille qui ne va pas bien. De quelqu’un et d’une famille qui est isolée. Elle a l’impression que nous sommes parmi leurs rares amis. Alors elle a conclu que même si c’est dur c’est important. Important d’envoyer des nouvelles et d’en demander. Pour garder le contact, juste garder le contact. Pour dire qu’on pense à eux, parce que oui, on pense à eux. Pour qu’ils se sentent moins seuls. Pour creuser un peu moins le fossé, au moins un tout petit peu moins.

Toutefois, nous savons que la mère va très mal, elle a vu le père et le fils, qui semblent donc isolés et n’aller pas si bien, elle ne l’a pas vue elle. Peut-on généraliser ? Mais comment pourrait-elle aller bien alors que tout va mal autour ? Même si elle s’est maintenant éloignée géographiquement ça me semble difficile. Ce toutefois est une sorte de déni, en fait…

Alors maintenant que je me sens beaucoup plus stable en amitié, j’ai refait un premier pas. J’ai renvoyé un mail, j’espère recevoir un mail de réponse, mais peut-être que ça ne sera pas le cas. Tant pis, dans quelques mois, quand je penserais de nouveau fort à elle, je lui en reverrait un. Parce que de toute façon je ne pourrai pas m’empêcher de penser fort à elle et parce que ce n’est pas parce qu’elle ne répond pas que ça ne lui est pas important. Si ça se trouve elle ne sait juste pas quoi répondre, parce que le fossé s’est creusé et qu’il lui semble insurmontable et parce que quand ça va mal, parfois on a pas grand chose à dire (et tout semble plus insurmontable encore). Surtout quand on veut faire semblant. Je vais continuer de lui envoyer des mails de temps en temps et peut-être un jour j’aurais une réponse. Peut-être qu’un jour j’aurais la preuve que ça aura servi à quelque chose.

Parce que ma grande peur c’est d’apprendre qu’elle va très mal et que je n’ai pas été là, que personne n’a été là. Parce que je ne sais pas actuellement qui elle a autour d’elle. Maintenant qu’elle aussi a déménagé pour ses études, maintenant qu’elle aussi est partie de chez ses parents, qui reste-t-il de ses anciens amis ? Parle-t-elle aux nouveaux de sa famille ? Et qui peut comprendre tout ce qu’elle a vécu, ce qu’elle vit ? Peut-être qu’il y en a, mais je ne le sais pas. Je n’ai aucun signe ni dans un sens ni dans l’autre et aucun moyen de le savoir.

Ce dont ma sœur a le plus peur, c’est de ne pas  être mise au courant quand finalement ça arrivera. Parce que oui, un jour, dans pas si longtemps sûrement, quelques années tout au plus, il mourra. Il n’est pas si vieux, mais pourtant il l’est. Quand elle m’a dit ça je me suis écriée qu’il n’y avait pas de raison, que bien sûr que si. Elle le connait, je la connais, ses parents connaissent mes parents et ils ont toutes nos coordonnées. Mais au fond, moi aussi j’ai peur. Parce que si nous ne gardons pas contact, pourquoi le feraient-ils ? Parce qu’ils connaissent tous les membres de la famille et que nous avons été amis plus de 10 ans ? Parce que nous avons été parmi leurs premiers et plus fidèles amis pendant longtemps ? C’est tentant de penser comme ça. Mais tellement facile. Pourquoi ce serait à eux de faire l’effort dans un moment si difficile ? Ils auront autre chose à faire que de rechercher les coordonnées de tous leurs anciens amis ce jour-là. Alors, oui, moi aussi ça me fait peur, moi aussi j’y avais déjà pensé.

Alors certes, envoyer ces mails sans recevoir de réponse, c’est un peu coûteux, et ça fait un peu mal à chaque fois. Parce que ça renvoie en arrière ; parce que ça signifie que le fossé est toujours là, toujours aussi grand ; parce que ça veut dire que potentiellement elle va toujours aussi mal en faisant semblant ; parce que je ne sais pas l’effet que ça lui fait ; parce que je ne sais pas quoi dire vraiment. Mais au moins quand ça arrivera et qu’ils nous le diront j’aurais un peu moins mal, un peu moins de regrets. C’est un peu égoïste, c’est un peu se donner la conscience tranquille tous les 3 mois, mais au moins ça aura servi à quelque chose.  Et je continue d’espérer que ça lui fait du bien, au moins un tout petit peu.

C’est aussi tout ce que j’ai pu lire par ici qui m’a fait y réfléchir… Tous ces gens qui racontent que la maladie / la différence les a isolés. Que d’un coup il y a des tas de gens qui ne leur ont plus donné de nouvelles. Je n’ai pas envie qu’eux vivent ça, et pourtant, manifestement ils le vivent  déjà. Je n’ai pas envie de faire partie de ces gens-là. Malheureusement je ne peux pas réduire la distance géographique. Mais je peux dire que je suis là.

Alors oui, je vais continuer à envoyer ces mails, même si elle ne répond pas. Parce que c’est important de dire que je suis toujours là et pense à elle, à eux. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, c’est juste le plus grand mensonge de l’univers. Pas de nouvelles c’est juste pas nouvelles.

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« Le soleil est pour toi » de Jandy Nelson

Une nouvelle lecture, une nouvelle bonne surprise. (De manière générale j’aime beaucoup scripto. Il y a des maisons d’éditions  comme ça, qui ne me déçoivent pas… (je n’ai pas de conflits d’intérêts, ce billet est totalement libre !))

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source : priceminister

Encore une fois, je préfère vous faire mon propre résumé :

Il s’agit d’une famille : un père, une mère, un garçon et une fille – des jumeaux. Le récit se fait alternativement par les yeux du garçon, Noah, 13 ans et demi, et par les yeux de la fille, Jude, presque 3 ans plus tard (à 16 ans donc, si vous suivez bien).

Les deux jumeaux ont des caractères très différents et sont pourtant très proches. Ils ont deux visions différentes, deux manières de s’exprimer différentes et pourtant se comprennent très bien. Un lien très fort les unit : ils sont jumeaux. (Je me répète un peu…)

Au fil du récit, on s’installe dans les pensées de Jude et de Noah, ceux-ci nous apprennent chacun à leur manière les évènements qui bouleversent ou ont bouleversé leur vie. Noah parle du présent, Jude entremêle son présent avec le passé qui la hante, ainsi s’entremêlent leurs vies, leurs récits, leurs vécus, leurs visions … différents mais parallèles.

Au fil du récit on découvre ce qui les sépare / ce qui les a séparé peu à peu.

Pour finir, ça a peut-être de l’importance pour certains, ça se passe aux États-Unis, sur la côte (Est ou Ouest je ne sais plus…), tout proche de l’océan.

Ce que j’en ai pensé :

J’ai beaucoup aimé cette écriture alternante. J’ai beaucoup aimé me plonger dans la peau des personnages. Il m’a fallu cependant un certain temps d’adaptation, je n’ai pas accroché tout de suite. J’ai bien aimé la vision poétique du monde qu’ils ont chacun (je me suis sentie plus rapidement proche du monde de Noah). J’aime beaucoup leur manière d’analyser / d’exprimer leurs sentiments.  J’ai beaucoup aimé la folie des personnages, leur passé torturé.

Bon et puis, soyons honnêtes, c’est entre autres l’histoire d’un drame familial et j’aime bien lire des histoires de drame familial. (Pourquoi ? Je ne sais…)

C’est aussi des histoires d’amour, ça ce n’est pas trop mon truc mais ça parle de  l’apprivoisement des sentiments, et ça me parle déjà plus. Mais aussi l’acceptation et le choix (ou non choix) de sa vie, ça aussi ça me parle. C’est aussi l’histoire de personnages qui se cherchent et se découvrent, qui mentent – aux autres mais aussi à eux-mêmes – qui n’osent pas parler, n’osent pas se montrer tels qu’ils sont…. ça encore ça me parle. (Le dernier épisode est tout récent… c’est ici)

Pourtant, malgré tous ces ingrédients que j’aime, j’ai failli abandonner.

Parce que les chapitres sont trop longs pour moi. Je préfère m’arrêter à la fin d’un chapitre, or là si j’attends la fin du chapitre… Je lis trop longtemps ! C’est dû au souhait de l’écrivaine de faire alterner les voix de Jude et de Noah, et forcément pour que ça ait un sens et qu’on ne s’y perde pas, il faut raconter tout un évènement… et donc c’est long. Je pense que le livre aurait gagné à être découpé en parties puis chapitres, ou chapitres et sous-chapitres…

Parce qu’ il m’a fallu un certain temps pour entrer dans le monde de Jude mais aussi pour « accepter » l’écriture attachée à Noah. (Question de traduction ou du style de l’écrivaine ?) Il m’a fallu aussi un certain temps pour me détacher de ce que j’avais lu en quatrième de couverture. (Ne lisez donc pas la quatrième de couverture 🙂 ) J’attendais quelque chose qui ne venait pas. Il y a eu mésentente entre la quatrième de couverture et moi. Ou alors l’éditeur et moi n’avons pas la même vision de l’histoire. Ou alors la quatrième de couverture va beaucoup trop loin dans l’histoire…

Cependant, j’ai bien fait de m’accrocher, j’ai finalement été happée par l’histoire, par les personnages, par leurs sentiments. J’en ai beaucoup retiré à propos de la vérité et du mensonge, du cours de la vie, du choix et non-choix, du rapport aux autres.

Je suis contente de m’être accrochée même si ça m’a fait aussi un peu peur et mal. C’est poétique et plein d’amour. Mais aussi plein (plein) de douleur, de haine et de tristesse. Je vais mettre un petit temps à m’en remettre je crois. (Bref, il faut avoir le cœur bien accroché quand on commence, je crois.)

« Le Passeur » de Lois Lowry

ATTENTION : Je ne donnerai pas la quatrième de couverture, elle dit beaucoup trop à mon goût, il ne faut pas la lire avant d’avoir lu l’histoire (heureusement pour moi ce livre était dans la bibliothèque de ma soeur et je connaissais l’auteur, je me suis donc contentée des premières lignes pour décider de me plonger dedans.)

Dans ce qui suit je ne révèle absolument pas l’histoire, je donne juste le début et mon sentiment (très positif) pour donner envie de le lire !

C’est le deuxième livre de cet auteur que je lis, c’est le deuxième que j’apprécie grandement.

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source : Babelio

Le premier, L’Elue je l’ai lu il y a plusieurs années (au collège) j’en garde un bon souvenir. Un souvenir de réflexion, de réflexion philosophique, le souvenir d’une belle histoire, le souvenir d’une héroine à laquelle je me suis pas mal identifiée (une jeune fille handicapée à la jambe qui marche donc en boitant.)

 

Dans cette seconde histoire j’ai retrouvé un autre monde inventé, une autre belle histoire, une autre réflexion philosophique, un autre héros très intéressant (même si je ne m’y suis pas autant identifié, là n’est pas l’important…)

L’histoire

Cela se passe dans un village / une communauté appartenant au futur. Dans ce monde tout est réglé, codifié. Le matin on fait telle chose, le soir telle chose, en décembre il se passe tel évènement, à huit ans on fait tel truc et à neuf tel autre truc, quand une personne dit quelque chose on doit répondre une autre chose bien précise. Bref, tout est bien codifié pour le bien-être et la sécurité de tous. C’est tout poli / polissé / lisse / neutre / bienveillant.

Et donc, ce livre raconte l’histoire d’un garçon de onze ans dans ce monde.

Pourquoi j’ai aimé et pourquoi je le conseille ?

Pendant ma lecture j’ai pensé à Descartes et ses Méditations métaphysiques, à Platon aussi. J’ai pensé à tout plein de notion abordées en Terminale pendant mon cours de philosophie ( d’ailleurs j’ai regretté de ne pas l’avoir lu cette année-là ça aurait pu nourrir bon nombre de dissertations), je me suis posée énormément de questions, je me suis révoltée un peu aussi.

L’histoire est poétique, belle, juste (dans le sens de « bien-vue »), effrayante, triste… mais surtout très philosophique.

J’avais peur de la fin, peur d’être déçue, finalement je l’ai trouvée juste parfaite, bien à l’image de toute l’histoire. C’est assez admirable de la part de l’écrivaine d’avoir réussi à me contenter pour la fin. Parce que plus j’aime un contenu, plus il est facile de me décevoir 😉

Pour finir, je le conseille à toutes les personnes qui s’interrogent sur le futur, sur la perfection, sur le passé, sur le poids de l’histoire et sur le poids des mots, sur les émotions, sur l’importance des décisions et du choix, sur le hasard, sur les émotions… (à toutes les personnes qui se questionnent donc 😉 )

Je sais que comme L’Elue il est catégorisé littérature jeunesse mais il dépasse de loin ce cadre (j’ai envie de lire tous ses autres livres… Mais je vais me laisser le temps de digérer celui-là déjà !)

 

 

Petits bonheurs de Pâques

Cette année a été pour moi assez difficile niveau charge de travail, de stress et de fatigue. Les deux semaines des vacances de Pâques je suis donc repartie dans ma famille dans le Sud pour recharger les batteries, retrouver le moral et la motivation, ce qui a été très bénéfique (et nécessaire quand je vois ce qui est venu après, c’est-à-dire ces deux dernières semaines.)

Pendant ces 10 jours dans le Sud il y a eu une véritable moisson de petits bonheurs :

 La famille, le soleil, la chaleur, la mer.

Plein de bons petits plats à base de poireaux, de pois cassés, d’asperges (cette recette -avec un petit moins de riz ce serait parfait !), un gâteau à l’orange, deux glaces (lait-sucre et marron), des côtes de bœuf, une fondue bourguignonne.

Une super pièce de théâtre, très bien jouée, bien mise en scène et en lumière…

Un pic-nic sur une petite plage cachée.

Une baignade rafraichissante (oui c’est déjà possible à la mi-avril quand on est un peu fou comme moi.)

La veillée pascale, c’est un moment dont je ne pourrais pas me passer, il y a vraiment quelque chose de mystique, magique, que je ne saurais décrire ou expliquer. C’est l’événement mystique par excellence, ça me dépasse et m’émeut toujours autant. Pas que à cause du feu au début.

Un petit coucou de ma sœur ainée qui a aussi quitté le nid.

Un très beau poncho en cadeau.

Une revoyure des photos du mariage (ça fait vraiment du bien parce que c’était vraiment une belle journée.)

Un bon livre.

Un petit retour sur les Sims (les Sims c’est un petit peu le pouvoir de faire construire la maison de mes rêves … J’adore !

Des fêtes d’anniversaires.

Un numéro d’acrobatie et de contorsionniste très impressionnant au cirque.

 

Depuis que je suis revenue à Paris, je l’ai dit, c’est plus dur mais raison de plus pour se rappeler des points positifs :

J’ai eu une semaine de cours en contact direct avec le milieu professionnel, quasiment en immersion, qui a été très agréable, nous étions de personnes très bienveillantes et accessibles et cette semaine m’a ouvert de nouvelles pistes de réflexions pour mon avenir. Le cadre était très agréable également.

Je me suis rapprochée encore un peu plus d’une camarade côtoyée tout au long de cette année, j’espère que nous allons rester en contact par la suite.

Les lignes aériennes de métro c’est assez joli. Quand en plus il n’y a pas de problème pour on confine à la perfection !

J’ai mangé des quenelles, un de mes plats préférés et facile à préparer. (Parfait pour les soirées compliquées.)

J’ai été bien entourée par mes parents. (et par C. aussi, grand grand merci à elle !)

J’ai envoyé une candidature pour une formation qui m’intéresserait beaucoup juste après la date de fin d’envoi et visiblement le dossier va quand même être examiné.

Il y a eu un autre beau mariage. Occasion révée pour revoir mes sœurs alors que je venais à peine de les quitter.

 

 

 

Ces parents qui s’expriment à la place de leurs enfants #2 : coup de gueule

(J’ai écrit un petit préambule par là.)

S’il y a bien une chose qui m’énerve, une manière d’écrire, une attitude, c’est bien ça.

Bien sûr il y a les parents qui calquent leurs envies et leurs frustrations sur leurs enfants :

Je n’ai pas pu faire de piano, tu seras le meilleur !

Bien sûr ça m’énerve beaucoup aussi… (Laissez-votre enfant affirmer SES goûts et SES envies !!!)

Mais moi, je pense plutôt à certains parents d’enfants différents qui ouvrent un blog et s’expriment à la première personne  comme si leur enfant de 1 an pensait et parlait déjà comme un adulte…

Aujourd’hui j’ai fait de la kiné, j’ai eu mal mais j’ai été très courageux !

NON NON ET NON !!!

Ça m’énerve parce que le parent pense à la place de l’enfant, il lui prête des sentiments qui ne sont peut-être pas les siens.

Ça m’énerve parce que en s’exprimant ainsi il fait comme si c’était la seule pensée possible, véritable… Ce qui est très différent d’un parent qui dit :

« Elle est allée chez le kiné aujourd’hui, elle a été très courageuse » (ou mieux « Elle est allée chez le kiné aujourd’hui et je l’ai trouvé /la trouve très  courageuse »)

Ça n’est pas forcément plus vrai (aller chez le kiné n’est pas forcément du courage…) mais on voit bien que c’est le parent qui voit son enfant comme courageux, ce qui est hautement plus compréhensible. Je vous jure que je ne me suis jamais sentie courageuse en allant chez le kiné, mais je comprends que les autres me voient ainsi...(Je dis ça parce que j’ai l’impression que les gens pensent souvent que quand on va chez le kiné c’est pour se battre contre son handicap. Or, non, je ne me bats pas contre mon handicap, j’apprends à vivre avec et je prends les mesures nécessaires pour le vivre le mieux possible, les séances de kiné est un de ces moyen.) (Pour enlever tout doute : ma vie n’est pas un combat ! )

Je m’écarte du sujet : revenons à nos moutons.

Ça m’énerve parce qu’en s’exprimant ainsi à la place de l’enfant c’est comme si le parent niait à son enfant cette possibilité. Comme s’il considérait que comme il parle avec des phrases plus construites, plus précises, avec des mots plus savants, avec des idées plus ordonnées, sa pensée vaut plus. Si tu es le parent d’un enfant trisomique (ou autre, c’est l’exemple le plus parlant qui me vient), il peut parler, il a le droit de s’exprimer à sa manière, même si ça n’est pas d’aussi beaux discours aussi bien léchés. Alors laisse-lui son expression et exprime toi sur tes ressentis à toi, tu auras autant à dire. Oui c’est vrai, à un an, deux ans et parfois plus, un enfant ne parle pas. Et alors ? Est-ce une raison pour parler à sa place ? Quand il sera plus grand tu feras comment ? Tu lui montreras tes écrits en disant : « Regarde je parlais à ta place ? » ou alors tu diras « Regardes je parlais de toi ? » (Ben non, raté, tu parlais à sa place.)

Ça m’énerve parce que c’est tellement dommage. Si les écrits retraçaient la pensée du parent, plus grand l’enfant pourrait les lire pour apprendre son histoire et peut-être en rediscuter avec son parent. (Un enfant est toujours, il me semble, à la recherche de son histoire, de son passé, peut-être encore plus quand il est handicapé. Chez tous ceux que j’ai croisé -moi la première- il y a un immense besoin de savoir comment se sont passés les premiers jours/mois/ années, de connaitre l’évolution, ce qui a été dit, pensé, proposé… Pas pour juger mais pour savoir, pour se construire.) Mais si c’est écrit à la place de l’enfant ? Comment il va retracer son histoire ? En se collant dessus l’image forcément tronquée et en partie fausse que le parent avait de lui ? (Parce que même mes parents ne connaissent et ne comprennent pas tout chez moi …Heureusement.)

Ça m’énerve tellement parce que c’est déjà tellement naturellement compliqué de se démarquer du parent, de s’affirmer, de trouver sa place. C’est déjà tellement naturellement compliqué d’exprimer ses ressentis. et d’oser dire au parent que son ressenti n’est pas le même que le sien. (D’après mon expérience en tout cas, mais il ne me semble pas être la seule…) Comment faire si, en plus, celui-ci s’exprime à notre place ? Si avant même qu’on est ouvert la bouche il fait semblant de deviner ce que l’on pense ?

Ça m’énerve parce que c’est comme si le parent considérait qu’il connait tellement son enfant par cœur qu’il connait aussi toutes ses pensées, tout ce qui lui passe par la tête. Parfois il semble même avoir compris des choses que l’enfant lui même ne réussit pas encore à savoir (du genre, le métier qui sera bien pour lui plus tard.) Il pense qu’il sait tout alors qu’il y a tellement de choses qu’il ne vit pas. Tellement de choses vécues intérieurement difficilement dicibles. Tellement de choses qui sont difficilement compréhensibles quand on ne les vit pas soi-même.

Donc en plus d’être oppressant, castrateur (l’enfant ne peut pas s’exprimer) c’est aussi très réducteur.

Ça m’énerve parce que ça enlève tout filtre. Je veux dire que les personnes qui lisent ce blog à la première personne elles aussi se mettent à penser que l’enfant pense comme ça, elle n’ont pas les moyens de remettre ça en question : déjà quand c’est le parent qui l’exprime ça imprime une certaine image dans la tête des gens mais quand en plus c’est fait au nom de l’enfant ça rajoute dans le pathos… et donc dans l’absence d’esprit critique (« oh oui qu’est-qu’il est courageux ce petit ! ») Je vous rassure la famille et les amis n’ont pas besoin d’un blog qui raconte les aventures de l’enfant à la première personne pour le trouver courageux ! Beaucoup de personnes autour de moi sont visiblement admiratifs. Je ne dis pas que c’est mal, ça fait beaucoup de bien à l’estime de soi mais ça met aussi pas mal de pression parfois… Mais au moins, je sais que l’image qu’ils ont, ils l’ont par ce qu’ils ont vu, vécu à mes côtés, ce que je leur ai raconté moi, parfois par ce qu’ont raconté mes parents aussi certainement mais pas à ma place ! Ils ont raconté (toujours je crois, j’espère…) ce qu’il vivaient eux à mes côtés, pas ce que moi je vivais. Ce qui fait une grande différence, selon moi. (et j’espère qu’à travers ce long article vous le comprenez, au moins un peu…)

Au fond si je poussais mon raisonnement au bout je devrais peut-être être tout aussi énervée par les films ou livres qui s’expriment à la place des gens concernés. Mais  en fait, je ne le suis pas autant. Parce qu’il y a pour moi une différence fondamentale. Derrière ces blogs il y a une personne en chair et en os, ce n’est pas le cas des films où au fond l’histoire raconte aussi plein d’autres choses. De plus, un film ou un livre (en tout cas ce genre là) c’est une création, c’est un exercice de style, c’est romancé. Et une personne qui va voir un film ou qui lit un livre doit être capable de se dire : c’est romancé, ce n’est pas la réalité. Du coup bien sûr ça m’énerve, parce que ça donne à voir à la société l’image qu’ils ont déjà, on aimerait bien que ça sorte plus souvent des sentiers battus, que ça soit mieux documenté, que ça soit raconté par une personne directement concernée. Parfois on aimerait être sûrs que la personne qui a inspiré l’œuvre est d’accord avec ce qui est dit d’elle, de son vécu. Mais ça ne me fait pas bouillir pareil. Parce que c’est un acte de création, d’imagination.

Ce qui n’est pas le cas de ces blogs-là ! Ces blogs sont destinés à raconter un vécu, une histoire, de personnes en chair et en os, réelles. Des personnes humaines qui ont donc des ressentis et des pensées. Des personnes humaines qui ont le droit de s’exprimer.

Et donc ça m’énerve (j’espère que là ça y est vous avez compris, sinon j’ai tout raté…)

Je peux au moins leur reconnaitre un mérite, ça m’a redonné la profonde envie de lire l’autobiographie d’Hellen Keller et celle d’Emanuelle Laborit.