Retour dans le bazar

Je ne sais pas trop par quoi commencer. C’est comme tous les articles que j’ai  » raté » pendant l’été. Je sais pertinemment que je ne rattraperai pas tout et pourtant j’aimerais tellement ! Mais je vais être obligée de faire une sélection… Pareil pour les choses à dire : il y  en aurait tellement, ça se bouscule au portillon, mais je vais naturellement faire une sélection. Comme annoncé dans le titre il va falloir vous accrocher un peu pour suivre, c’est un peu le bazar…

Je suis partie en été avec une grande résolution, quasiment une injonction : ne pas penser à la rentrée, ne pas se prendre la tête avec… Bien évidement, comme toute injonction, ça n’a pas fonctionné. Je le savais, bien sûr, que ça ne fonctionnerait pas tout à fait, mais j’avais espoir qu’au moins un petit peu… Bilan : il y a eu quelques jours de vrais lâcher-prise et bonheur éparpillés pendant l’été mais une majorité de jours entâchés de mélancolie, renâclement, stress prématuré. (À quoi ça sert de stresser deux mois à l’avance, je me demande bien !)

Je savais bien que je penserais forcément à l’année passée et l’année qui vient à cause des félicitations des gens et de leurs questions. Savoir où on en est dans les études c’est un rituel obligatoire lorsque l’on retrouve des gens pas vues depuis un bout de temps (par exemple, un an). Déjà rien que pour ça, la première semaine de mon départ c’était foutu pour la tranquillité d’esprit. Mais bon à la limite, à ce moment-là j’étais encore occupée à digérer, donc bon.

Sauf qu’après nous avons encore pas mal bougé. Donc à chaque fois (tous les 7 jours environ) il fallait de nouveau expliquer, écouter les félicitations.

(Parenthèse –

Ces félicitations, je n’ai toujours pas l’impression de les mériter. Je suis contente de ce que je vais faire cette année mais je ne me sens pas à ma place, pas légitime, complétement catapultée.

fin de la parenthèse.)

Et puis à chaque fois entendre la version de mes parents (qui n’est évidemment pas tout à fait la mienne. Cela aussi m’a pas mal affectée. Malgré mes tentatives d’explications de ma vision ils restent complètement bornés sur la leur. J’avais l’impression qu’ils écoutaient / entendaient que la première partie de ma phrase / de mon discours. La deuxième (qui ne colle pas avec ce qu’ils ont envie d’entendre) était éclipsée voire oubliée. Je ne suis pas sûre qu’ils aient compris pourquoi je voulais partir de l’Ecole, qu’ils aient compris à quel point cette année m’avaient fatiguée. Pourtant je pensais que certains de mes coups de téléphone (vers la fin de l’année, le rendu du mémoire) avaient été suffisamment explicites. Ils se sont d’ailleurs bien inquiétés alors et je n’ai rien fait (il me semble) pour les rassurer. Alors que pourtant ça ne me plaisait pas qu’ils s’inquiètent ainsi, qu’ils s’inquiètent autant.

Peut-être que j’ai tort, peut-être qu’ils se rappellent, qu’ils ont compris. Mais alors pourquoi se comportent-ils comme si tout allait s’arranger d’un coup ? Comme si cette année à venir ce serait forcément différent ? Je crois qu’ils sont convaincus que le coup de baguette qui va tout changer ce sont les aménagements. Or, je ne suis pas d’accord, pour moi, c’est bancal. Ça aussi je croyais leur avoir expliqué, ne l’ont-ils pas retenu ? Ne l’ai-je pas assez dit ? Ou est-ce parce que leur vision des aménagements diverge trop de la mienne (il ne me semblait pas pourtant. Je croyais que ma mère avait compris le problème du revers de la médaille) ?
Ou alors c’est à cause de la distance : ils ont cru que ces quelques coups de téléphone n’était le reflet que d’une fatigue intense certes, mais passagère, dont on se remet facilement et vite. (Cela ne me réconcilie pas avec le téléphone…) Ou alors c’est parce que je les ai habitué à me relever toujours. Ou alors, je me trompe, ils n’ont pas oublié, mais cherchent seulement à me pousser vers ce qui leur semble le mieux en m’encourageant  ? (Dans ce cas, c’est maladroit, j’ai l’impression de ne pas âtre entendue.)

Ou alors peut-être que c’est moi qui me trompe (Mais peut-on se tromper sur son ressenti ? Annick ((et les autres aussi évidemment)), j’aimerais bien ton ((votre)) avis sur la question). Peut-être qu’ils se souviennent et ont compris. Peut-être que j’en fait tout un pataquès alors qu’effectivement c’est derrière et tout va mieux se passer ? Peut-être que j’ai généralisé la fatigue de la fin de l’année à l’entièreté de celle-ci mais qu’au fond ce n’était pas si terrible ? J’ai toujours très peur de ce type de réécriture de l’histoire a posteriori. Mais dans la plupart des cas j’ai justement tendance à oublier ce qui justement a été très douloureux / difficile. C’est souvent génial mais là ça ne m’aide pas, j’ai l’impression d’exagérer.

Bon, et puis de toute façon que la fatigue est été seulement concentrée en fin d’année ou générale, qu’est-ce que cela change vu l’état -psychologique- dans lequel ça m’a mis, dans lequel ça me met ?

Peut-être aussi que je me trompe, que rajouter de nouveaux aménagements va tout changer, tout arranger.

C’est peut-être là que le bât blesse. C’est peut-être là que je ne leur explique pas assez. Sauf que le manque de confiance en moi ils le connaissent ! … Mais le sentiment d’illégitimité moins. Je m’en suis aperçue cet été en parlant avec ma mère de tout autre chose me concernant (un autre domaine dans lequel eux et moi sommes en décalage.) Effectivement, ils n’ont certainement pas conscience de ça. Ou du moins, pas de son ampleur. Mais sur ça nous sommes tellement en décalage que je ne vois même pas comment leur expliquer. Je sais qu’ils me donneront une version opposée à la mienne, en bloc « bien sûr que si tu es légitime » mais sans m’écouter. En tout cas sans m’en donner l’impression. ça ne me donne pas du tout envie d’en parler…

M’ouvrir pour exprimer mon ressenti est un gros effort. Ici déjà, ailleurs -avec les gens que je connais en chair et en os- encore plus. Donc si c’est pour me faire rembarrer ou récolter du vent… Non merci.

La confiance, la légitimité, c’est pareil. Les gens voient un « manque », ils font comme si d’un coup, du jour au lendemain, ça allait s’arranger, on allait tout d’un coup avoir une confiance en béton. Pour ceux qu’ils l’ont déjà c’est facile à dire, ils ne semblent pas réaliser à quel point c’est long et fastidieux. C’est comme ma directrice de recherche qui me dit « il faut prendre confiance en soi » Ah bah oui, merci. Le problème c’est que la pression, les gueulantes pendant l’année ça n’aide pas à aller dans ce sens. Ce ne sont pas les quelques compliments de fin d’année (au milieu des évidentes critiques) qui vont arranger d’un coup les choses. (Ai-je finalement publié l’article dans lequel j’en parlais ? Non. Trop geignard. Et même pas fini…)

C’est un problème ça aussi. Je renâcle tellement de choses que parfois j’ai l’impression d’avoir dit alors que ce n’est pas le cas. Ou alors j’ai l’impression de l’avoir répété et répété alors que si ça se trouve je ne l’ai dit qu’une ou deux fois. Ou alors dix fois mais à des personnes différentes ! Et puis moi qui a une assez grande mémoire pour ce genre de choses, on me dit un truc une fois ou deux, ça y est c’est gravé. Sauf que tout le monde ne fonctionne pas comme ça, loin de là. Notamment mes parents.

Bref, voilà une partie de tout ce que j’ai ressassé cet été.

En plus évidemment d’autres trucs se sont rajoutés : ma mère s’est blessée (rien de grave mais long, douloureux, envahissant), ça m’a fait réfléchir à ma relation à elle mais aussi à ma  relation à la douleur, ça a attisé certaines tensions familiales. Et certaines de mes angoisses personnelles (« Mais qui va bien dans cette famille ? » Cet été manifestement personne. A moins que ce ne soit le filtre de mes émotions qui me joue des tours.) Et puis des nouvelles de tas de gens (famille, amis) qui ne vont pas bien.
La blessure de ma mère a eu aussi pour conséquence d’entraver nos projets, notre liberté de mouvement. Nous n’avons pas fait tout ce qui était prévu, nous n’avons pas eu les activités habituelles des vacances… Cette inaction forcée et le mal-être de ma mère ont bien évidemment accentué ma morosité. Moins tu bouges plus tu réfléchis et ressasse. Plus les autres autour vont mal, plus il est difficile d’aller bien. Les plus belles journées de ces vacances ont été les journées les plus actives…

Bien entendu, sinon ça ne serait pas moi, il faut rajouter là-dessus un ou deux soupçons de culpabilité. « J’aurais pu mieux profiter de ces vacances si je n’avais pas ressassé autant. »

Bref, ça n’a pas été mon meilleur été, il a été loin d’être aussi reposant et calmant que je l’aurais voulu. Heureusement il y a eu tout de même de belles choses et notamment ces quelques derniers jours (J’ai dit au moins 3 fois merci -j’ai compté- et remercié mille autres fois subliminalement par les mots, les gestes et tout. Pourtant j’aimerais encore le dire -même si je sais qu’ils ne me lisent pas- MERCI C. et E. pour cette semaine formidable.)

Et il me reste encore deux semaines ….

NB : Merci à ceux qui ont eu le courage de lire jusqu’au bout. Désolée pour la grammaire qui laisse à désirer. Je pense que j’ai dû m’emmêler plusieurs fois entre temps passés et présents, c’est parce que ce n’est pas toujours clair. Il y a certains trucs (des ressentis notamment) je ne sais pas encore bien s’ils sont derrière moi ou pas. Par exemple je redoute un peu un rendez-vous amical de demain parce que je ne sais pas encore bien ce que je veux y exprimer ou pas…

Bref, je suis revenue… Je vous parlerai bientôt de mes petits bonheurs estivaux (souvent gustatifs), de mes lectures. Je vais essayer de déterrer des brouillons d’avant l’été, il y avait des choses intéressantes je crois bien (mais je trouve toujours difficile de renouer avec les pensées anciennes…)

Vous m’avez manqué. Le début a été dur mais ça m’a fait énormément de bien d’écrire tout ça !

 

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« Le soleil est pour toi » de Jandy Nelson

Une nouvelle lecture, une nouvelle bonne surprise. (De manière générale j’aime beaucoup scripto. Il y a des maisons d’éditions  comme ça, qui ne me déçoivent pas… (je n’ai pas de conflits d’intérêts, ce billet est totalement libre !))

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source : priceminister

Encore une fois, je préfère vous faire mon propre résumé :

Il s’agit d’une famille : un père, une mère, un garçon et une fille – des jumeaux. Le récit se fait alternativement par les yeux du garçon, Noah, 13 ans et demi, et par les yeux de la fille, Jude, presque 3 ans plus tard (à 16 ans donc, si vous suivez bien).

Les deux jumeaux ont des caractères très différents et sont pourtant très proches. Ils ont deux visions différentes, deux manières de s’exprimer différentes et pourtant se comprennent très bien. Un lien très fort les unit : ils sont jumeaux. (Je me répète un peu…)

Au fil du récit, on s’installe dans les pensées de Jude et de Noah, ceux-ci nous apprennent chacun à leur manière les évènements qui bouleversent ou ont bouleversé leur vie. Noah parle du présent, Jude entremêle son présent avec le passé qui la hante, ainsi s’entremêlent leurs vies, leurs récits, leurs vécus, leurs visions … différents mais parallèles.

Au fil du récit on découvre ce qui les sépare / ce qui les a séparé peu à peu.

Pour finir, ça a peut-être de l’importance pour certains, ça se passe aux États-Unis, sur la côte (Est ou Ouest je ne sais plus…), tout proche de l’océan.

Ce que j’en ai pensé :

J’ai beaucoup aimé cette écriture alternante. J’ai beaucoup aimé me plonger dans la peau des personnages. Il m’a fallu cependant un certain temps d’adaptation, je n’ai pas accroché tout de suite. J’ai bien aimé la vision poétique du monde qu’ils ont chacun (je me suis sentie plus rapidement proche du monde de Noah). J’aime beaucoup leur manière d’analyser / d’exprimer leurs sentiments.  J’ai beaucoup aimé la folie des personnages, leur passé torturé.

Bon et puis, soyons honnêtes, c’est entre autres l’histoire d’un drame familial et j’aime bien lire des histoires de drame familial. (Pourquoi ? Je ne sais…)

C’est aussi des histoires d’amour, ça ce n’est pas trop mon truc mais ça parle de  l’apprivoisement des sentiments, et ça me parle déjà plus. Mais aussi l’acceptation et le choix (ou non choix) de sa vie, ça aussi ça me parle. C’est aussi l’histoire de personnages qui se cherchent et se découvrent, qui mentent – aux autres mais aussi à eux-mêmes – qui n’osent pas parler, n’osent pas se montrer tels qu’ils sont…. ça encore ça me parle. (Le dernier épisode est tout récent… c’est ici)

Pourtant, malgré tous ces ingrédients que j’aime, j’ai failli abandonner.

Parce que les chapitres sont trop longs pour moi. Je préfère m’arrêter à la fin d’un chapitre, or là si j’attends la fin du chapitre… Je lis trop longtemps ! C’est dû au souhait de l’écrivaine de faire alterner les voix de Jude et de Noah, et forcément pour que ça ait un sens et qu’on ne s’y perde pas, il faut raconter tout un évènement… et donc c’est long. Je pense que le livre aurait gagné à être découpé en parties puis chapitres, ou chapitres et sous-chapitres…

Parce qu’ il m’a fallu un certain temps pour entrer dans le monde de Jude mais aussi pour « accepter » l’écriture attachée à Noah. (Question de traduction ou du style de l’écrivaine ?) Il m’a fallu aussi un certain temps pour me détacher de ce que j’avais lu en quatrième de couverture. (Ne lisez donc pas la quatrième de couverture 🙂 ) J’attendais quelque chose qui ne venait pas. Il y a eu mésentente entre la quatrième de couverture et moi. Ou alors l’éditeur et moi n’avons pas la même vision de l’histoire. Ou alors la quatrième de couverture va beaucoup trop loin dans l’histoire…

Cependant, j’ai bien fait de m’accrocher, j’ai finalement été happée par l’histoire, par les personnages, par leurs sentiments. J’en ai beaucoup retiré à propos de la vérité et du mensonge, du cours de la vie, du choix et non-choix, du rapport aux autres.

Je suis contente de m’être accrochée même si ça m’a fait aussi un peu peur et mal. C’est poétique et plein d’amour. Mais aussi plein (plein) de douleur, de haine et de tristesse. Je vais mettre un petit temps à m’en remettre je crois. (Bref, il faut avoir le cœur bien accroché quand on commence, je crois.)

« Le Passeur » de Lois Lowry

ATTENTION : Je ne donnerai pas la quatrième de couverture, elle dit beaucoup trop à mon goût, il ne faut pas la lire avant d’avoir lu l’histoire (heureusement pour moi ce livre était dans la bibliothèque de ma soeur et je connaissais l’auteur, je me suis donc contentée des premières lignes pour décider de me plonger dedans.)

Dans ce qui suit je ne révèle absolument pas l’histoire, je donne juste le début et mon sentiment (très positif) pour donner envie de le lire !

C’est le deuxième livre de cet auteur que je lis, c’est le deuxième que j’apprécie grandement.

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source : Babelio

Le premier, L’Elue je l’ai lu il y a plusieurs années (au collège) j’en garde un bon souvenir. Un souvenir de réflexion, de réflexion philosophique, le souvenir d’une belle histoire, le souvenir d’une héroine à laquelle je me suis pas mal identifiée (une jeune fille handicapée à la jambe qui marche donc en boitant.)

 

Dans cette seconde histoire j’ai retrouvé un autre monde inventé, une autre belle histoire, une autre réflexion philosophique, un autre héros très intéressant (même si je ne m’y suis pas autant identifié, là n’est pas l’important…)

L’histoire

Cela se passe dans un village / une communauté appartenant au futur. Dans ce monde tout est réglé, codifié. Le matin on fait telle chose, le soir telle chose, en décembre il se passe tel évènement, à huit ans on fait tel truc et à neuf tel autre truc, quand une personne dit quelque chose on doit répondre une autre chose bien précise. Bref, tout est bien codifié pour le bien-être et la sécurité de tous. C’est tout poli / polissé / lisse / neutre / bienveillant.

Et donc, ce livre raconte l’histoire d’un garçon de onze ans dans ce monde.

Pourquoi j’ai aimé et pourquoi je le conseille ?

Pendant ma lecture j’ai pensé à Descartes et ses Méditations métaphysiques, à Platon aussi. J’ai pensé à tout plein de notion abordées en Terminale pendant mon cours de philosophie ( d’ailleurs j’ai regretté de ne pas l’avoir lu cette année-là ça aurait pu nourrir bon nombre de dissertations), je me suis posée énormément de questions, je me suis révoltée un peu aussi.

L’histoire est poétique, belle, juste (dans le sens de « bien-vue »), effrayante, triste… mais surtout très philosophique.

J’avais peur de la fin, peur d’être déçue, finalement je l’ai trouvée juste parfaite, bien à l’image de toute l’histoire. C’est assez admirable de la part de l’écrivaine d’avoir réussi à me contenter pour la fin. Parce que plus j’aime un contenu, plus il est facile de me décevoir 😉

Pour finir, je le conseille à toutes les personnes qui s’interrogent sur le futur, sur la perfection, sur le passé, sur le poids de l’histoire et sur le poids des mots, sur les émotions, sur l’importance des décisions et du choix, sur le hasard, sur les émotions… (à toutes les personnes qui se questionnent donc 😉 )

Je sais que comme L’Elue il est catégorisé littérature jeunesse mais il dépasse de loin ce cadre (j’ai envie de lire tous ses autres livres… Mais je vais me laisser le temps de digérer celui-là déjà !)

 

 

Défi liste : les bruits que j’aime

Je vois passer depuis assez longtemps les défis listes assez attirants de Zenopia mais je crois bien que c’est le premier auquel je participe vraiment.

Je suis une fille très sensible (au sens de : « qui accorde une importance toute particulière à ses sens » même si je suis aussi sensible émotivement parlant, ça va sans dire !) Donc évidement ça me parle ! (Zenopia si tu veux faire le même avec  » les odeurs que j’aime »… je te suis !)

Donc pour aujourd’hui : les bruits que j’aime.

  • les vagues qui se fracassent sur la plage. Je pourrais rester des heures à écouter, sans même forcément regarder, c’est tellement apaisant…
  • la pluie sur la vitre
  • le feu qui crépite
  • tous les bruits de la ballade en forêt : le chant des oiseaux, le vent dans les feuilles, les feuilles et brindilles qui craquent sous les pieds…
  • l’eau du ruisseau qui coule
  • le pop de l’ouverture du champagne (ou de la limonade !)
  • les pages d’un livre que l’on tourne
  • le crissement des pas dans la neige
  • le parquet qui craque (un peu mais pas trop non plus 😉 )
  • les volées de cloches d’églises

Et j’en oublie sûrement …

 

 

 

Expression et pudeur

Aujourd’hui j’ai envie de parler de comment je parle… (C’est pas clair, je sais, attendez, je m’explique.) Comment je m’exprime à l’écrit, comment je m’exprime à l’oral, qu’est-ce que j’exprime à l’écrit, qu’est qu’est ce que j’exprime à l’oral, comment je choisis ce que je dis et ce que je tais et pourquoi. Au delà de l’opposition écrit-oral, il y aussi « dans ma vie quotidienne/sur le blog ».

Il y a des choses que j’exprime assez facilement (de plus en plus facilement en fait) ici, mais que j’aurais dû mal à aborder avec mes amis proches, même à l’écrit. Parce que le lieu et l’espace ne me semblent pas appropriés.

Parenthèse : C’est un peu comme la nudité : à la piscine je suis en maillot, ça ne pose (presque) pas problème (il y a des jours où la pudeur et les complexes reviennent comme des bouffées de caleur sans qu’on sache trop pourquoi, mais globalement c’est de plus en plus facile avec la pratique régulière…) Mais personne de sensé n’aurait l’idée de se balader en maillot dans la rue ! (En France, hors contexte touristique des villes côtières en été.) Tout simplement parce que la piscine est le lieu où il est normal d’être en maillot, pas la rue…

De la même manière que j’accepte très bien de me déshabiller devant un médecin dans son cabinet ou dans un hôpital, mais j’aurai plus de mal à me déshabiller devant des inconnus dans un autre contexte. (Même si la personne me dit qu’elle est médecin : ça ne passe pas si le contexte n’est pas médical -soit dans le lieu soit dans le temps [imaginons que nous sommmes dans un maison mais que j’ai un pépin de santé qui nécessite que je me déshabille là devant le médecin, ça passerait.]) Fin de la parenthèse.

Bref, pour en revenir au propos de départ, de manière générale et systématique je suis beaucoup plus à l’aise pour m’exprimer à l’écrit qu’à l’oral (et c’est loin d’être la première fois que je le clame ici !) Parce que c’est posé, parce qu’il n’y pas le regard de l’autre en face, parce que j’ai le temps de relire et de modifier ce que bon me semble, le temps d’organiser et de ré-organiser. Le temps de réfléchir aux mots parfaitement adéquats.

Mais même à l’écrit (par mail par exemple) il y a des choses dont je ne parle pas : mes sentiments et mes émotions (mes émois divers et variés) typiquement. Je me sens toujours niaise ou pleurnicharde (c’est selon) quand je partage ce genre de choses.

Vous lecteurs de mon blog, vous êtes donc des grands privilégiés. Tout simplement grâce à l’anonymat que permet Internet. Je suis une personne en chair et en os, les personnes qui me lisent et me répondent sont en chair et en os, mais nous ne nous voyions pas : pas de regard, de jugement, ni aujourd’hui où n’écrit ce message ni demain, ni après-demain. Parce que nous ne nous verrons jamais. Et même lorsque vous écrivez un commentaire, éventuellement une critique / remise en question, c’est beaucoup plus facile à digérer grâce à une sorte de distanciation. Car vous ne voyez de moi que des morceaux choisis, et pas 24h/24h 7j/7, ni même 3 jours par semaine pendant 3 heures.(Même avec une très bonne façade on ne maitrise tout ce que l’on montre aux autres, parce que parfois ça déborde sans qu’on le veuille ou même simplement parce qu’on est pas conscient de tout !)

hqdefaultEt pourtant, même ici, « il y a des mots que je ne dirais pas » parce que quand même c’est public. Et parce que pour l’écrire et le publier (-> public !) il faut tout de même l’assumer un minimum. Que la honte laisse une petite place à l’acceptation. Ou que l’intimité laisse une petite place à la distanciation. Parfois c’est trop honteux (de mon point de vue), parfois c’est trop intime.

 

Il y a aussi des choses que je ne publie pas ici mais dont je parle à mes proches en chair et en os car cela ne concerne pas que moi, pas que ma vie, mon histoire et mon intimité.

D’ailleurs, réflexion faite, il y a des choses dont je parle à l’oral mais pas à l’écrit, à cause du temps de réflexion de l’écrit mais aussi encore à cause de cette idée de temps et d’espace approprié. Il y a des sujets lourds et sensibles que l’on évoque pas dans un mail, comme ça, entre les autres nouvelles, mais dont on peut parler au détour d’une conversation entre amis, parce que le sujet arrive sur la table et que spontanément ça sort.Ça dépend du moment, du besoin d’en parler, des amis. (Je pense aux sujets que typiquement je n’évoquerais jamais ici, mais aussi à mon handicap par exemple…)

Le handicap fait partie de ces sujets étrange : à l’écrit il apparait beaucoup sur ce blog, c’est LE lieu et espace approprié pour en parler (en plus, ça permet de sensibiliser en même temps, ça rajoute une motivation au simple effet thérapeutique.) Mais il n’apparait pas dans mes messages écrits- car cela tomberait comme un cheveu sur la soupe– à moins qu’une question ne soit posée….

À l’oral, j’en parle –maladroitement– quand on me pose une (ou plusieurs) question(s) directe(s). Ou alors j’en parle en pointillés dans ma vie quotidienne avec mes amis. Quand le moment s’y prête. Mais la plupart des choses que ces-derniers savent de mon handicap c’est ce qu’ils ont observé en me côtoyant. Ils le savent donc plus ou moins intuitivement et précisément. Ils savent : que je préfère éviter autant que possible les escaliers mais que je peux (suffisamment pour les prendre souvent malgré tout.) ; que je ne cours que rarement et avec une motivation à la clé ; que j’ai un équilibre farceur ; qu’il faut m’aider à m’arrêter dans les situations soudaines ; que je marche plus lentement ; que parfois je tombe sur les fesses sans prévenir ; que j’ai l’œil qui part parfois en promenade sans me demander mon avis ; que je ne suis pas faite pour les nuits blanches. (J’ai testé : les nuits blanches je ne connais pas, moins de 5h ça ne fonctionne pas, je me rendors après avoir éteint mon réveil. Moins de 6h je pique du nez dans la journée.) ; que je porte des attelles pour tous les grands trajets ; que j’ai une séance de kiné une fois par semaine ; que je suis sujette aux maux de dos ; que j’ai un sens de l’orientation ridicule ; que je suis assez maladroite. D’ailleurs tous ces symptômes ils les connaissent mais ils ne pensent pas forcément que c’est dû un handicap global. Probablement qu’ils ne voient pas tous, tous ces symptômes comme des éléments de mon handicap, mais simplement comme des caractéristiques de ma personnalité. Et même si parfois cette vision des choses me complique un peu la vie, c’est très bien comme ça. C’est très bien que chaque ami découvre à son rythme au fur et à mesure de l’avancement de la relation. C’est très bien qu’ils voient mon handicap de manière parcellaire et dispersée et non pas comme un gros bloc qui fait peur. C’est très bien, que certains de ces symptômes soient fondus dans ma personnalité (la maladresse, les soucis d’orientation…)

Bon, par contre c’est nul, je n’avais pas prévu que le handicap prenne autant de place dans cet article, et comme je finis dessus, forcément vous n’allez retenir que ça ! Mais non, mais non ! (vision inclusive et dispersée du handicap on a dit !) Je cherche un autre paragraphe à ajouter ou à changer de place… Mais c’est pas possible, rien d’autre à dire et tout est à sa place… Bon. Alea jacta est.