« Le soleil est pour toi » de Jandy Nelson

Une nouvelle lecture, une nouvelle bonne surprise. (De manière générale j’aime beaucoup scripto. Il y a des maisons d’éditions  comme ça, qui ne me déçoivent pas… (je n’ai pas de conflits d’intérêts, ce billet est totalement libre !))

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source : priceminister

Encore une fois, je préfère vous faire mon propre résumé :

Il s’agit d’une famille : un père, une mère, un garçon et une fille – des jumeaux. Le récit se fait alternativement par les yeux du garçon, Noah, 13 ans et demi, et par les yeux de la fille, Jude, presque 3 ans plus tard (à 16 ans donc, si vous suivez bien).

Les deux jumeaux ont des caractères très différents et sont pourtant très proches. Ils ont deux visions différentes, deux manières de s’exprimer différentes et pourtant se comprennent très bien. Un lien très fort les unit : ils sont jumeaux. (Je me répète un peu…)

Au fil du récit, on s’installe dans les pensées de Jude et de Noah, ceux-ci nous apprennent chacun à leur manière les évènements qui bouleversent ou ont bouleversé leur vie. Noah parle du présent, Jude entremêle son présent avec le passé qui la hante, ainsi s’entremêlent leurs vies, leurs récits, leurs vécus, leurs visions … différents mais parallèles.

Au fil du récit on découvre ce qui les sépare / ce qui les a séparé peu à peu.

Pour finir, ça a peut-être de l’importance pour certains, ça se passe aux États-Unis, sur la côte (Est ou Ouest je ne sais plus…), tout proche de l’océan.

Ce que j’en ai pensé :

J’ai beaucoup aimé cette écriture alternante. J’ai beaucoup aimé me plonger dans la peau des personnages. Il m’a fallu cependant un certain temps d’adaptation, je n’ai pas accroché tout de suite. J’ai bien aimé la vision poétique du monde qu’ils ont chacun (je me suis sentie plus rapidement proche du monde de Noah). J’aime beaucoup leur manière d’analyser / d’exprimer leurs sentiments.  J’ai beaucoup aimé la folie des personnages, leur passé torturé.

Bon et puis, soyons honnêtes, c’est entre autres l’histoire d’un drame familial et j’aime bien lire des histoires de drame familial. (Pourquoi ? Je ne sais…)

C’est aussi des histoires d’amour, ça ce n’est pas trop mon truc mais ça parle de  l’apprivoisement des sentiments, et ça me parle déjà plus. Mais aussi l’acceptation et le choix (ou non choix) de sa vie, ça aussi ça me parle. C’est aussi l’histoire de personnages qui se cherchent et se découvrent, qui mentent – aux autres mais aussi à eux-mêmes – qui n’osent pas parler, n’osent pas se montrer tels qu’ils sont…. ça encore ça me parle. (Le dernier épisode est tout récent… c’est ici)

Pourtant, malgré tous ces ingrédients que j’aime, j’ai failli abandonner.

Parce que les chapitres sont trop longs pour moi. Je préfère m’arrêter à la fin d’un chapitre, or là si j’attends la fin du chapitre… Je lis trop longtemps ! C’est dû au souhait de l’écrivaine de faire alterner les voix de Jude et de Noah, et forcément pour que ça ait un sens et qu’on ne s’y perde pas, il faut raconter tout un évènement… et donc c’est long. Je pense que le livre aurait gagné à être découpé en parties puis chapitres, ou chapitres et sous-chapitres…

Parce qu’ il m’a fallu un certain temps pour entrer dans le monde de Jude mais aussi pour « accepter » l’écriture attachée à Noah. (Question de traduction ou du style de l’écrivaine ?) Il m’a fallu aussi un certain temps pour me détacher de ce que j’avais lu en quatrième de couverture. (Ne lisez donc pas la quatrième de couverture 🙂 ) J’attendais quelque chose qui ne venait pas. Il y a eu mésentente entre la quatrième de couverture et moi. Ou alors l’éditeur et moi n’avons pas la même vision de l’histoire. Ou alors la quatrième de couverture va beaucoup trop loin dans l’histoire…

Cependant, j’ai bien fait de m’accrocher, j’ai finalement été happée par l’histoire, par les personnages, par leurs sentiments. J’en ai beaucoup retiré à propos de la vérité et du mensonge, du cours de la vie, du choix et non-choix, du rapport aux autres.

Je suis contente de m’être accrochée même si ça m’a fait aussi un peu peur et mal. C’est poétique et plein d’amour. Mais aussi plein (plein) de douleur, de haine et de tristesse. Je vais mettre un petit temps à m’en remettre je crois. (Bref, il faut avoir le cœur bien accroché quand on commence, je crois.)

« Le Passeur » de Lois Lowry

ATTENTION : Je ne donnerai pas la quatrième de couverture, elle dit beaucoup trop à mon goût, il ne faut pas la lire avant d’avoir lu l’histoire (heureusement pour moi ce livre était dans la bibliothèque de ma soeur et je connaissais l’auteur, je me suis donc contentée des premières lignes pour décider de me plonger dedans.)

Dans ce qui suit je ne révèle absolument pas l’histoire, je donne juste le début et mon sentiment (très positif) pour donner envie de le lire !

C’est le deuxième livre de cet auteur que je lis, c’est le deuxième que j’apprécie grandement.

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source : Babelio

Le premier, L’Elue je l’ai lu il y a plusieurs années (au collège) j’en garde un bon souvenir. Un souvenir de réflexion, de réflexion philosophique, le souvenir d’une belle histoire, le souvenir d’une héroine à laquelle je me suis pas mal identifiée (une jeune fille handicapée à la jambe qui marche donc en boitant.)

 

Dans cette seconde histoire j’ai retrouvé un autre monde inventé, une autre belle histoire, une autre réflexion philosophique, un autre héros très intéressant (même si je ne m’y suis pas autant identifié, là n’est pas l’important…)

L’histoire

Cela se passe dans un village / une communauté appartenant au futur. Dans ce monde tout est réglé, codifié. Le matin on fait telle chose, le soir telle chose, en décembre il se passe tel évènement, à huit ans on fait tel truc et à neuf tel autre truc, quand une personne dit quelque chose on doit répondre une autre chose bien précise. Bref, tout est bien codifié pour le bien-être et la sécurité de tous. C’est tout poli / polissé / lisse / neutre / bienveillant.

Et donc, ce livre raconte l’histoire d’un garçon de onze ans dans ce monde.

Pourquoi j’ai aimé et pourquoi je le conseille ?

Pendant ma lecture j’ai pensé à Descartes et ses Méditations métaphysiques, à Platon aussi. J’ai pensé à tout plein de notion abordées en Terminale pendant mon cours de philosophie ( d’ailleurs j’ai regretté de ne pas l’avoir lu cette année-là ça aurait pu nourrir bon nombre de dissertations), je me suis posée énormément de questions, je me suis révoltée un peu aussi.

L’histoire est poétique, belle, juste (dans le sens de « bien-vue »), effrayante, triste… mais surtout très philosophique.

J’avais peur de la fin, peur d’être déçue, finalement je l’ai trouvée juste parfaite, bien à l’image de toute l’histoire. C’est assez admirable de la part de l’écrivaine d’avoir réussi à me contenter pour la fin. Parce que plus j’aime un contenu, plus il est facile de me décevoir 😉

Pour finir, je le conseille à toutes les personnes qui s’interrogent sur le futur, sur la perfection, sur le passé, sur le poids de l’histoire et sur le poids des mots, sur les émotions, sur l’importance des décisions et du choix, sur le hasard, sur les émotions… (à toutes les personnes qui se questionnent donc 😉 )

Je sais que comme L’Elue il est catégorisé littérature jeunesse mais il dépasse de loin ce cadre (j’ai envie de lire tous ses autres livres… Mais je vais me laisser le temps de digérer celui-là déjà !)

 

 

Liebster Award

J’ai été nommée pour le Liebster Award.  Après avoir un peu hésité j’ai décidé de répondre parce que ça fait partie du jeu et parce que c’est un bon exercice… Merci Maman de Plume !

J’ai découvert son blog très récemment, j’aime beaucoup, c’est très varié et elle a une belle écriture (oserais-je dire « une belle plume »…)

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C’est parti. Je commence par 11 choses sur moi que vous ne savez pas…

  1. J’ai toujours un sentiment ambivalent face à ces nominations, ça me touche et me flatte qu’on pense à moi mais ça me gêne d’avoir à me révéler…
  2. C’est comme les photos : je me trouve toujours moche en photos et sur le moment je dis « nooon », mais si je n’apparais pas dans un dossier photos (après un voyage, un mariage…) ça va me vexer. (Bizarre et compliquée, moi ? Noooon !)
  3. J’ai une passion pour les sacs, j’en ai plein de différents et je pourrais en acheter encore. (Puis, en plus, il y a même des gens qui ont l’idée de m’en offrir ! On se demande pourquoi…)
  4. Idem pour les pulls et gilets, ma première cible d’achats lors des soldes.
  5. Idem pour les écharpes et foulards, j’aime en avoir des plus ou moins chauds de différentes couleurs pour que ça se marie bien avec ma tenue.
  6. En revanche, je n’ai pas beaucoup de paires de chaussures (une paire qui sert quotidiennement avec mes attelles + pour les 30 % de temps restant : une autre paire de chaussures fermées pour l’hiver, une paire de ballerines (mais avec un élastique ou une sangle sinon mon pied sort), une paire de sandales pour l’été et enfin une (deux actuellement) paires de chaussures plus chics pour les fêtes et grandes occasions.) (Ce qui fait quand même 4/5 paires pour un temps réduit…)
  7. Je suis en train de développer une passion pour les couvre-chefs aussi : bonnets, chapeaux, casquette gavroche… (mais c’est encore à l’état d’embryon et de réflexion pour l’instant. Je me retiens beaucoup dans les magasins parce que c’est dur à porter un chapeau je trouve. Je veux dire : ça attire beaucoup l’attention…)
  8. Au collège je vous aurais dit « je ne suis pas très bijoux » depuis  ça a un peu évolué : je me suis d’abord mise aux bracelets (à accorder à la tenue) puis j’ai eu des boucles d’oreilles. Maintenant j’ai de plus en plus de colliers (que je ne mets pas souvent mais quand même), je porte moins de bracelets mais toujours une paire de boucles d’oreilles.
  9. Avant même de me mettre aux bijoux, je portais toujours une montre, c’est toujours le cas aujourd’hui et je trouve que déjà la montre c’est une très belle « décoration » pour le poignet. C’est le bijou de base. (En 2° position : les boucles d’oreilles.)
  10. J’ai eu un bracelet brésilien qui a duré très très longtemps, il a peu à perdu toute ses couleurs mais je l’ai laissé jusqu’à ce qu’il devienne trop petit…
  11. J’aime beaucoup cuisiner mais il me manque un four (pas le droit dans ma résidence) je découvre en ce moment l’étendue des possibilités au cuit-vapeur, un jour peut-être je ferais un gâteau !

Passons aux questions de Maman Plume maintenant.

  1. Qu’est ce qui t’a décidé à écrire un blog ? Je lisais de plus en plus de blogs, à la fois mi-attirée par l’idée d’écrire et d’être lue (contrairement à mon journal de bord… qui est intime :-D) mi-inquiète sur l’intérêt réél de ce que je pourrais écrire. Un jour j’ai lu plusieurs articles (sur des blogs différents) qui ont fait écho et m’ont donné envie de réagir plus longuement que par un commentaire. J’ai décidé de sauter le pas et d’essayer. Car qui  ne tentes rien, n’as rien…. On voit où ça m’a menée… 😀
  2. A choisir, préfères-tu le tutoiement ou le vouvoiement ? Sur la blogosphère clairement je préfère le tutoiement, ça me vient beaucoup plus naturellement. Au quotidien en revanche, je ne sais pas trop. J’ai été éduquée avec l’idée qu’on vouvoyait par politesse, l’habitude est restée.
  3. Qu’est ce que tu aimes chez toi ? Sans hésitation, mes cheveux, ils sont parfaits. Ils sont beaux naturellement (si un matin j’ai la flemme, un coup de brosse rapide suffit), ils sont dociles face aux coiffures variées que je souhaite leur imposer, ils répondent favorablement à tous les soins que je leur prodigue et me déçoivent rarement. Parfaits, je vous dis.
  4. Bonbons ou chocolat ? Chocolat. Définitivement.
  5. Quel est ton métier rêvé ? Quand j’étais petite je voulais faire jardinière ou boulangère ou archéologue. Puis je suis passée par à peu près tous les métiers littéraires existants. Mon grand fantasme (mais qui ne se réalisera jamais) reste relieuse ou restauratrice de livres anciens.
  6. Et ton métier réel ? Pour l’instant aucun, je suis étudiante en M1 à l’École du Louvre.
  7. Quel est ton plat préféré ? Question difficile… En dessert la mousse au chocolat, ça c’est sûr (même si…la tarte tatin, les îles flottantes, la charlotte de fruits rouges, la reine de Saba et sa crème anglaise, le gâteau à l’orange…) Mais en plat salé … Les tagliatelles faites maison aux champignons ? Le boudin aux pommes ? La soupe de potimarron ? Les ravioles ? Les quenelles ? (je m’arrête là mais je suis sûre qu’en creusant un peu…)
  8. Jupe ou pantalon ? Je porte un pantalon 97 % du temps. Je porte une jupe : lors des fêtes, parfois pendant le week-end quand je ne sors pas de chez moi, parfois l’été quand il fait vraiment chaud. (Je suis très difficile en jupes. En soit, j’aime bien les jupes dans les catalogues… mais sur moi ça n’est jamais pareil, ça ne me va pas…)
  9. Le livre qui a changé ta vie ? Le Comte de Monte-Cristo. (oui, je le ressors un peu partout au cas où vous ne le sauriez pas encore…)
  10. Ta prochaine destination de vacances ? Je n’y ai pas encore réfléchi… ça me paraît loin. Peut-être bien le sud-ouest de l’Hexagone.
  11. Au camping est-ce que tu prends le rouleau complet pour aller aux toilettes ou quelques feuilles dans la poche au risque qu’il t’en manque au moment fatidique ? Tout dépend si c’est pour la petite commission (quelques feuilles) ou la grosse (le rouleau.) Quelle élégance … (en même temps la question…)

Alors, là j’arrive à la partie du tag que je n’aime pas : nommer des gens. Or sur le blog j’aime pas = je fais pas. Donc, je ne fais pas. MAIS si certains de mes lecteurs sont motivés, j’ai quelques questions en tête quand même 😉 NB : normalement je devrais nommer des blogs de moins de 200 abonnés (le but du liebster award étant de faire connaitre des blogs peu connus.) Je ne pense pas que j’ai beaucoup de lectures qui dépassent cet audimat…

Mes questions :

  1. Une question égocentrique pour commencer : comment as-tu découvert mon blog ? (si c’est un tag, te rappelles-tu lequel ? )
  2. Si tu gagnes au loto que fais-tu de l’argent ?
  3. Si tu pouvais (tu as le temps et l’argent) visiter un pays / une ville l’été prochain, lequel ce serait ?
  4. Est-ce que tu as déménagé ? Combien de fois ?
  5. Est-ce que tu as déjà changé de travail ? Combien de fois ? (en dehors des simples mutations, plutôt dans le sens « réorientation professionnelle »)
  6. Est-ce que ton travail correspond peu ou prou aux débouchés des études que tu as faites, du projet que tu avais alors ?
  7. Je sors des questions sur le travail (ça sent la réflexion intense, non ? 😉 ) mais pour une question pas moins sérieuse : Comment te comportes face aux élections (françaises) qui arrivent ? (Tu votes par conviction, tu n’es pas convaincue mais votes pour échapper au désastre, tu veux voter pour échapper au désastre mais tu ne sais pas qui, tu ne votes pas… Tu n’y réfléchis pas ça te déprime, tu poses ton joker ton vote est personnel et ne regarde que toi -une des premières choses que mes parents ont dû m’apprendre sur le vote-… J’en oublie certainement ! )
  8. Quelle valeur est primordiale aujourd’hui dans ta vie ? (La valeur qui prime sur tout le reste, qui influe tes décisions, ex : l’argent, la famille, etc)
  9. Que voudrais-tu apprendre de nouveau en 2017 ? (tricot, couture, une langue, cuisiner, etc.)
  10. Y a -t-il un musée que tu affectionnes particulièrement ?
  11. Quel site historique / patrimonial recommanderais-tu ?

Voilà voilà 🙂 (Si tu n’as pas de blog, tu peux toujours répondre en commentaire !) J’ai essayé de relever le niveau d’optimisme et de joie des dernières questions, j’espère que tu as apprécié !

Théorie des cuillères et vide sidéral identitaire

Au premier épisode je vous ai expliqué que grâce aux vidéos de Margot je sais aujourd’hui que je ne peux pas me « revendiquer » Spoonie

Non, je ne suis pas une Spoonie, et alors ?

Alors… De nouveau, je me retrouve avec mon vide sidéral identitaire :
qui je suis, où je suis ?

Je ne suis pas une Spoonie / je ne suis pas une valide. Je suis une personne handicapée, mais pas en fauteuil et qui marche beaucoup et monte les escaliers sans trop de difficulté, je suis une fille lente et maladroite, assez pour que ça puisse m’être reproché, pas assez pour que cela soit vu directement par le « commun des mortels »….

La fatigabilité et la douleur ne se quantifient pas (en plus -pour tout simplifier- je ne sais pas quantifier : je ne sais pas placer mes douleurs sur une échelle -tout comme je suis incapable d’évaluer la quantité de pâtes à faire cuire pour une personne.) et même la lenteur d’un geste, d’une action, c’est difficile à évaluer…

Le principal problème il est là : il me faudrait une théorie des cuillères à double entrée : qui prend en compte l’énergie mais aussi le temps. En soit prendre une douche ne me demande pas plus d’énergie que la normale, mais je mets plus de temps pour me laver et m’habiller. En soit cuisiner ne me demande pas beaucoup plus d’énergie que la normale, (il faut quand même que je fasse attention en manipulant un couteau à ne pas me couper) mais ça va me prendre plus de temps. En soit, découper ne me prends pas sensiblement beaucoup plus d’énergie que la normale, mais plus de temps. Et à chaque fois si je veux suivre le rythme des autres, pour aller plus vite je vais dépenser plus d’énergie (même si cela ne signifie pas pour autant  que la qualité sera égale, elle sera très certainement moins bonne, et cela ne signifie pas non plus que j’aurais forcément atteint la vitesse normale, j’aurais juste réduit l’écart…)

Le gros problème dans tout ça : moi-même je ne me rends pas forcément compte directement, instantanément que ça me prends plus d’énergie et/ou de temps (je ne suis même pas sûre de savoir tout ce qui me prend plus d’énergie/de temps que la normale, je suis même plutôt sûre de ne pas savoir … 😀 ) c’est très insidieux. C’est au bout du compte, en fin de journée, lorsque j’ai déjà fait beaucoup. Ou alors quand quelqu’un me demande un résultat (une vitesse, une qualité…) que je ne peux pas donner, alors que ça lui semble à portée de main. Ou bien quand je suis en période de révisions (toute ma concentration et mon énergie sont alors dedans) et que je fais des maladresses plus que d’habitude. Ou bien quand à la fin d’un examen (et que toute mon énergie est passée dedans) je trébuche sur un obstacle bénin (une plaque d’égout par exemple) mais que je n’arrive pas à reprendre mon équilibre et que je tombe. C’est dans ces moments-là que je me rappelle que ces actions sont loin d’être innées pour moi. Et que je ne suis pas normale. (je reviendrais sur le thème de la lenteur un autre jour, ça mérite un article entier.)

Parfois je me demande si je n’exagère pas ou si je  n’invente pas. Comment quantifier la fatigue ? Comment évaluer l’écart de temps et d’énergie que je mets dans les actions quotidiennes ? On ne peut pas. Le problème est bien là. Je ne peux me fier qu’à mon ressenti, qu’à mon impression subjective. Et souvent (trop souvent ?) ce ressenti, cette impression je ne le crois pas, je le condamne au silence parce que je ne le pense pas légitime. Je n’ai pas encore assez de confiance en moi pour affirmer « là ça me demande vraiment plus d’énergie et de temps que toi » sans culpabiliser derrière (en aurais-je assez un jour ? D’où viendrait-elle ?)  Parfois, j’ai l’impression que je mets trop de choses sur le compte de mon/mes handicaps, je n’aime pas ça

Sauf que ça continuera tant que je ne saurais pas qui et où je suis, tant que je n’aurais pas une/des personnes à qui je pourrais me comparer. Problème de mon handicap multiple : tout est d’origine neurologique, donc par essence unique. Chaque IMC est différente, chaque dyspraxie est différente aussi.

Le plus pesant pour moi c’est ça : n’avoir aucun point de comparaison, aucun reflet fidèle. Je ne pourrais jamais me dire « ah ben voilà pour moi c’est exactement pareil ! » Je suis toujours plus ou moins quelque chose quelque part.

C’était un peu fouillis, j’ai pas réussi à faire quelque chose de bien propre, lisse, logique et organisé… et je ne sais pas comment conclure tout ça. Si ce n’est que je sais que si je relis ça un jour je vais me trouver immensément niaise et idiote de l’avoir publié.

La théorie des cuillères … mise au point.

En écrivant mon dernier article, je pensais que quand je reviendrais j’écrirais un truc joyeux, léger… (mes petits bonheurs mensuels ou un truc sur Dublin… au hasard ! ) Finalement non !
(encore une fois, je divise en deux parce que mon propos est très long…)

Je suis ne suis pas une grande fan des « vlogs » (blogs en vidéo) mais il y a tout de même une vidéaste que je suis de près : Margot. C’est une jeune fille qui souffre d’une maladie rare et orpheline appelée Syndrome d’Ehlers-Danlos et qui a décidé de partager son expérience de la maladie sur internet pour avancer elle-même et pour « faire avancer » les autres.

Je la suis 1/ parce qu’elle a commencé son parcours internet par un blog, un tout petit peu avant que je ne me lance moi-même (d’ailleurs, c’est en partie son blog qui m’a décidé.) 2/ Parce que ses vidéos apportent souvent une petite touche de bonne humeur dans la journée et enfin 3/ parce que ce qu’elle raconte est intéressant (ce ne sont pas des tutos beautés, ni des tests de cosmétiques ni de l’humour lourd et douteux.) Il y a de la réflexion et  je m’y retrouve souvent un peu, par-ci, par-là.

On en vient au sujet qui m’intéresse aujourd’hui. C’est avec Margot que j’ai découvert le Syndrome d’Ehlers-Danlos et c’est aussi avec elle que j’ai découvert la théorie des cuillères (le texte en français est ici) . Or elle est revenue récemment sur cette théorie dans ces vidéos : ici et.

Il se trouve que lorsque que j’ai découvert cette théorie je m’y suis pas mal identifiée. Disons plutôt, pour être plus juste, que j’avais la forte tentation de m’y identifier (me dire que moi aussi je fonctionne en suivant les principes de cette théorie.) J’étais très tentée donc, attirée mais toujours avec la petite voix qui me disait : « oui mais toi ça n’est pas aussi marqué, pas aussi omniprésent, ça n’est pas tout à fait ça. » et parfois j’ai pensé qu’encore une fois mon sentiment d’illégitimité constant me jouait encore des tours. Que si ça se trouve, la théorie me correspondait bien. Il suffisait d’adapter un peu : en considérant que j’avais plus de cuillères mais que j’en consommais plus pour certaines activités alors que pour d’autres je n’en consommais pas, ou je ne sais quoi encore. Mais toujours la petite voix : ça y ressemble mais ça n’est pas vraiment ça…

Les 2 vidéos récentes de Margot m’ont replongé dans cette problématique, j’y ai re-réfléchi, j’ai découvert le vécu de plusieurs « Spoonies » (personnes qui fonctionnent selon cette théorie : des personnes autistes, des personnes atteintes de SEP {Scélérose en plaques}, des personnes atteintes du SED {Syndrome d’Ehlers-Danlos}, et j’en suis maintenant convaincue (plus de petite voix à ce sujet) je ne suis pas une Spoonie !

Parce qu’une Spoonie perd de l’énergie avec des activités vraiment quotidiennes (manger, prendre une douche, se laver les cheveux, se les brosser…) ce qui n’est pas mon cas. Les activités qui me prennent beaucoup d’énergie sont très ciblées bien que variées : marcher, courir, sauter, monter et descendre des escaliers, rester debout, piétiner, garder mon équilibre dans un contexte instable, porter des objets lourds, me repérer, mémoriser un parcours, lire un texte en petits caractères, écrire (à la main.), gérer mon temps, m’organiser. Réaliser des actions qui nécessitent de la motricité fine (découper, faire un dessin propre, ouvrir une boite de conserve….)

Parce qu’une Spoonie a vraiment un nombre de cuillères très limitées et doit tout planifier, compter ses activités. Moi, même si j’ai une énergie limitée, j’en ai quand même pas mal, je peux avoir des journées bien remplies sans en payer le prix fort les jours suivant (si j’ai des nuits suffisantes, c’est à dire 6 heures minimum).

La théorie des cuillères m’arrangeait bien parce que : elle parle de fatigabilité, de handicap invisible, d’activités bénignes qui sont beaucoup plus énergivores chez moi que chez d’autres, de l’importance de connaitre ses limites…

Mais il y a vraiment beaucoup -trop- de différences.
Donc je ne suis pas une Spoonie.

Pour ne pas vous perdre je m’arrête là, au prochain épisode je vous expliquerais tout ce que cette affirmation a pour conséquences (c’est un joyeux bazar…)