« Le soleil est pour toi » de Jandy Nelson

Une nouvelle lecture, une nouvelle bonne surprise. (De manière générale j’aime beaucoup scripto. Il y a des maisons d’éditions  comme ça, qui ne me déçoivent pas… (je n’ai pas de conflits d’intérêts, ce billet est totalement libre !))

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source : priceminister

Encore une fois, je préfère vous faire mon propre résumé :

Il s’agit d’une famille : un père, une mère, un garçon et une fille – des jumeaux. Le récit se fait alternativement par les yeux du garçon, Noah, 13 ans et demi, et par les yeux de la fille, Jude, presque 3 ans plus tard (à 16 ans donc, si vous suivez bien).

Les deux jumeaux ont des caractères très différents et sont pourtant très proches. Ils ont deux visions différentes, deux manières de s’exprimer différentes et pourtant se comprennent très bien. Un lien très fort les unit : ils sont jumeaux. (Je me répète un peu…)

Au fil du récit, on s’installe dans les pensées de Jude et de Noah, ceux-ci nous apprennent chacun à leur manière les évènements qui bouleversent ou ont bouleversé leur vie. Noah parle du présent, Jude entremêle son présent avec le passé qui la hante, ainsi s’entremêlent leurs vies, leurs récits, leurs vécus, leurs visions … différents mais parallèles.

Au fil du récit on découvre ce qui les sépare / ce qui les a séparé peu à peu.

Pour finir, ça a peut-être de l’importance pour certains, ça se passe aux États-Unis, sur la côte (Est ou Ouest je ne sais plus…), tout proche de l’océan.

Ce que j’en ai pensé :

J’ai beaucoup aimé cette écriture alternante. J’ai beaucoup aimé me plonger dans la peau des personnages. Il m’a fallu cependant un certain temps d’adaptation, je n’ai pas accroché tout de suite. J’ai bien aimé la vision poétique du monde qu’ils ont chacun (je me suis sentie plus rapidement proche du monde de Noah). J’aime beaucoup leur manière d’analyser / d’exprimer leurs sentiments.  J’ai beaucoup aimé la folie des personnages, leur passé torturé.

Bon et puis, soyons honnêtes, c’est entre autres l’histoire d’un drame familial et j’aime bien lire des histoires de drame familial. (Pourquoi ? Je ne sais…)

C’est aussi des histoires d’amour, ça ce n’est pas trop mon truc mais ça parle de  l’apprivoisement des sentiments, et ça me parle déjà plus. Mais aussi l’acceptation et le choix (ou non choix) de sa vie, ça aussi ça me parle. C’est aussi l’histoire de personnages qui se cherchent et se découvrent, qui mentent – aux autres mais aussi à eux-mêmes – qui n’osent pas parler, n’osent pas se montrer tels qu’ils sont…. ça encore ça me parle. (Le dernier épisode est tout récent… c’est ici)

Pourtant, malgré tous ces ingrédients que j’aime, j’ai failli abandonner.

Parce que les chapitres sont trop longs pour moi. Je préfère m’arrêter à la fin d’un chapitre, or là si j’attends la fin du chapitre… Je lis trop longtemps ! C’est dû au souhait de l’écrivaine de faire alterner les voix de Jude et de Noah, et forcément pour que ça ait un sens et qu’on ne s’y perde pas, il faut raconter tout un évènement… et donc c’est long. Je pense que le livre aurait gagné à être découpé en parties puis chapitres, ou chapitres et sous-chapitres…

Parce qu’ il m’a fallu un certain temps pour entrer dans le monde de Jude mais aussi pour « accepter » l’écriture attachée à Noah. (Question de traduction ou du style de l’écrivaine ?) Il m’a fallu aussi un certain temps pour me détacher de ce que j’avais lu en quatrième de couverture. (Ne lisez donc pas la quatrième de couverture 🙂 ) J’attendais quelque chose qui ne venait pas. Il y a eu mésentente entre la quatrième de couverture et moi. Ou alors l’éditeur et moi n’avons pas la même vision de l’histoire. Ou alors la quatrième de couverture va beaucoup trop loin dans l’histoire…

Cependant, j’ai bien fait de m’accrocher, j’ai finalement été happée par l’histoire, par les personnages, par leurs sentiments. J’en ai beaucoup retiré à propos de la vérité et du mensonge, du cours de la vie, du choix et non-choix, du rapport aux autres.

Je suis contente de m’être accrochée même si ça m’a fait aussi un peu peur et mal. C’est poétique et plein d’amour. Mais aussi plein (plein) de douleur, de haine et de tristesse. Je vais mettre un petit temps à m’en remettre je crois. (Bref, il faut avoir le cœur bien accroché quand on commence, je crois.)

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Questionnaire de Flow : 56 à 72

(Aujourd’hui c’est un gros morceau, je l’ai écrit petit à petit avant de me décider à finaliser la mise en forme pour le publier.)

56) Pourquoi avez-vous choisi le travail que vous faites actuellement ?
Je transforme la question : Pourquoi j’ai choisi les études que je fais actuellement ?
J’en ai déjà parlé plusieurs fois ici : l’enseignement proposé par cette école m’attirait beaucoup, il était à la croisée de plusieurs domaines qui m’intéressaient. Et j’ai continué dans cette école après le premier cycle (équivalent de la licence) parce que en y étudiant j’y ai découvert des métiers qui me plaisaient et le deuxième cycle était la suite logique pour y arriver.

57) Quels films préférez-vous regarder à la maison plutôt qu’au cinéma ?
Au premier abord j’ai eu envie de répondre aucun, le cinéma c’est trop bien. Mais en fait, il y a quand même des films que je ne paierais pas pour aller les voir au cinéma mais que je regarde avec plaisir quand ils passent à la télé : j’appellerais ça les films « divertissants » (certains films d’action, certains films à l’eau de rose : les acteurs / le scénario / le tournage ne sont pas forcément excellents mais ça fait passer un bon moment) et aussi les films très très commerciaux que je n’ai pas envie d’enrichir davantage  en allant au ciné.

58) À quel point vos jugements sont-ils indulgents ?
Je suis généralement très (parfois sûrement trop) indulgente. Je pense toujours qu’il peut y avoir derrière ce que je juge une raison que je ne connais pas (un handicap, un travail difficile, un quotidien compliqué, une journée pourrie…) et que le moment X que je vois n’est forcément représentatif. Mais il y a quand même certains domaines où je le suis beaucoup moins : l’orthographe par exemple, la curiosité gustative aussi (ne pas manger que pâtes-jambon.) Et les jugements sur moi-même ne sont pas du tout indulgents, au contraire.

59) Dormez-vous bien ?
Oui, j’ai cette grande chance, même quand je suis stressée je dors bien (dans ce cas le plus difficile est de s’endormir mais ça arrive toujours et après tout marche comme sur des roulettes.)

60) Quelle est votre dernière découverte ?
Question difficile : découverte à quel niveau ? Niveau gustatif j’ai découvert le poulet cuit à la vapeur froid c’est super bon ! (par contre chaud j’aime moins.) Niveau pro j’ai découvert le métier d’iconographe (enfin j’en avais déjà entendu parler avant mais là j’ai eu une présentation beaucoup plus complète qui m’a fait vraiment découvrir le métier.) Niveau études j’ai découvert des cursus très intéressants pour ce métier…. à Lyon (et quelques uns à Paris aussi).

61) Croyez-vous à la vie après la mort ?
Hmmm encore une question difficile. Oui j’y crois fermement. Une vie physique je ne sais pas (j’ai du mal à apréhender le concept de « résurrection de la chair » … je suis une mécréante 😉 ) mais spirituelle clairement oui.

62) Êtes-vous en colère contre quelqu’un ? Si oui, qui ?
Il y a quelques jours j’aurais dit « contre moi-même » mais ça va mieux. Et du coup, actuellement : non.

63) Prenez-vous souvent les transports en commun ?
Oui, minimum deux fois par jour en semaine (il est fréquent que je ne sorte pas le dimanche ou alors juste pour marcher.)

64) Qu’est–ce qui vous a causé le plus de chagrin ?
Et encore. Je ne sais pas. La mort de N. peut-être. Ou le divorce des parents de C. Ou le constat que je ne partageais plus rien avec C. qui était pourtant ma meilleure amie d’enfance (cette-même C.)

65) Êtes-vous devenu ce que vous vouliez être quand vous étiez enfant ?
Quand j’étais petite enfant (vers 4/5 ans je pense) je voulais être dresseuse de dauphin ou boulangère. Bon, c’est pas le cas. Mais quelques années plus tard j’avais dans l’idée d’être jardinier (pas le cas non plus mais je n’abandonne pas l’idée de remplir mon chez moi de plantes) ou archéologue ou bibliothécaire. Je m’en approche je crois ! Et puis si je sors du domaine des études, enfant je voulais devenir autonome, ça j’ai réussi !

66) Quelle chanson vous donne envie de danser toute la nuit ?
Je suis pas très danse… Du coup rien ne me vient…

67) Quel trait de caractère appréciez-vous vraiment chez un proche ?
La tolérance / l’ouverture d’esprit.

68) Quel a été votre plus gros achat ?
Mon ordinateur, acheté grâce à un gros chèque reçu pour mes dix-huit ans.

69) Donnez-vous une seconde chance aux gens ?
Oui beaucoup (l’indulgence tout ça…) parfois même une troisième, mais alors ce n’est généralement pas une bonne idée….

70) Avez-vous beaucoup d’amis ?
Non. Enfin, si je compte mes amis actuels – par « amis j’entends personne à qui je suis prête à me confier et que je sais qu’ils me répondront si je demande de l’aide – j’arrive à 13. Ce qui est plutôt pas mal. Mais, pour une raison que je ne comprends pas mes relations amicales ne durent jamais dans le temps. Je ne parle plus à mes amis du lycée ni à mes rares amis du collège, encore moins à ceux de primaire… Sur les 13 : j’en ai connu une au lycée, 10 depuis mon bac (à l’école ou au foyer étudiant), et deux cette année (à l’école.) J’ai l’espoir que mes amis post-bac résistent au potentiel déménagement… On verra.

71) Quel mot vous fait grincer des dents ?
L’expression « si j’aurais » pour la grammaire et tous les mots insultants utilisés contre une personne (dans le but d’insulter) pour le sens…

72) Avez-vous déjà eu le coup de foudre ?
Non.

Un jour-un livre #30

Mon livre préféré de ces 12 derniers mois sans aucune hésitation :
36 chandelles de Marie-Sabine Roger.

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C’est un roman de la même écrivaine que
La tête en friche
(que je n’ai pas lu, mais vu au cinéma, excellentissime !)
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36-chandelles

Ce livre est drôle, très drôle.
Je me suis plusieurs fois marrée toute seule (discrètement quand même, n’abusons pas…)
en le lisant dans le bus et je me suis plusieurs fois franchement marrée dans mon lit !

Ce livre est plein de pépites. Pépites de rire (je me répète un peu je sais, mais ça ne fait pas de mal…), pépites de vie, pépites d’amour, pépites d’émotions,…

Ce livre a une histoire complétement loufoque (même style que Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, pour ceux qui connaissent. Mais en plus court.) mais une très belle histoire. C’est très imaginatif, inventif. L’écriture est fluide et vivante, très agréable à lire.

Ce livre est beau, ce livre fait du bien, ce livre fait rire énormément, ce livre est à lire !!! (oui quand j’aime le faire savoir et j’aime que le partage porte ses fruits… alors je le fais à fond.)

 

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NB : à force de faire des articles avec une présentation inventive, j’ai peur que cela ne devienne illisible (petite pensée particulière aux lecteurs dyspraxiques…) Le problème c’est que, même en étant directement concernée, je ne peux pas m’en rendre compte toute seule (je connais ce que j’écris, ça fausse le jugement, l’appréciation.) Si c’est le cas, ici ou ailleurs, n’hésitez surtout pas à le signaler par un petit (ou un long) commentaire !

Un jour-un livre #24

Ahem … Nous sommes le 24, veillée de Noël, et je vais vous parler du livre dont j’aimerais qu’on lise un extrait à mon enterrement ! Bien bien bien.

Ça tombe bien (heureusement pour vous, quoi…) j’ai plutôt envie qu’on lise qu’elle chose de « joyeux », quelque chose qui accompagne mes proches, pas un truc mélodramatique qui m’est destiné. Moi je serais alors partie, plus là, ça ne sert à rien de me lire un truc, si ce n’est pour apaiser leur propre peine de la séparation.

Ce jour-là j’aimerais donc qu’on lise quelque chose de ce genre : 

harold-et-maude-livreHarold et Maude de Colin Higgins qui est, par ailleurs, un magnifique  et très émouvant hymne à la vie (je le conseille donc aussi à toute personne triste ou en colère ou qui a besoin de rire…) (il est très court et facile à lire !)

« La mort n’est qu’un passage. Tout n’est que passage. »
« La mort n’a rien d’extraordinaire. Ni de surprenant. Elle fait partie de la vie. Et ce n’est jamais qu’un départ. »
Mais je ne peux pas finir cet article sur ces quelques phrases, car depuis que j’ai lu la liste j’y pense (même avant d’ailleurs, ça fait bien longtemps que je me dis « j’aimerais tellement qu’on lise -chante !- ce texte le jour de mon enterrement !)

Supplique Pour être Enterré Sur Une Plage De Sète, Georges Brassens.

La Camarde qui ne m’a jamais pardonné,
D’avoir semé des fleurs dans les trous de son nez,
Me poursuit d’un zèle imbécile.

Alors cerné de près par les enterrements,
J’ai cru bon de remettre à jour mon testament,
De me payer un codicille.

Trempe dans l’encre bleue du Golfe du Lion,
Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion,
Et de ta plus belle écriture,
Note ce qu’il faudra qu’il advint de mon corps,
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d’accord,
Que sur un seul point : la rupture.

Quand mon âme aura pris son vol à l’horizon,
Vers celle de Gavroche et de Mimi Pinson,
Celles des titis, des grisettes.
Que vers le sol natal mon corps soit ramené,
Dans un sleeping du Paris-Méditerranée,
Terminus en gare de Sète.

Mon caveau de famille, hélas ! n’est pas tout neuf,
Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf,
Et d’ici que quelqu’un n’en sorte,
Il risque de se faire tard et je ne peux,
Dire à ces braves gens : poussez-vous donc un peu,
Place aux jeunes en quelque sorte.

Juste au bord de la mer à deux pas des flots bleus,
Creusez si c’est possible un petit trou moelleux,
Une bonne petite niche.
Auprès de mes amis d’enfance, les dauphins,
Le long de cette grève où le sable est si fin,
Sur la plage de la corniche.

C’est une plage où même à ses moments furieux,
Neptune ne se prend jamais trop au sérieux,
Où quand un bateau fait naufrage,
Le capitaine crie : « Je suis le maître à bord !
Sauve qui peut, le vin et le pastis d’abord,
Chacun sa bonbonne et courage ».

Et c’est là que jadis à quinze ans révolus,
A l’âge où s’amuser tout seul ne suffit plus,
Je connu la prime amourette.
Auprès d’une sirène, une femme-poisson,
Je reçu de l’amour la première leçon,
Avalai la première arête.

Déférence gardée envers Paul Valéry,
Moi l’humble troubadour sur lui je renchéris,
Le bon maître me le pardonne.
Et qu’au moins si ses vers valent mieux que les miens,
Mon cimetière soit plus marin que le sien,
Et n’en déplaise aux autochtones.

Cette tombe en sandwich entre le ciel et l’eau,
Ne donnera pas une ombre triste au tableau,
Mais un charme indéfinissable.
Les baigneuses s’en serviront de paravent,
Pour changer de tenue et les petits enfants,
Diront : chouette, un château de sable !

Est-ce trop demander : sur mon petit lopin,
Planter, je vous en prie une espèce de pin,
Pin parasol de préférence.
Qui saura prémunir contre l’insolation,
Les bons amis venus faire sur ma concession,
D’affectueuses révérences.

Tantôt venant d’Espagne et tantôt d’Italie,
Tous chargés de parfums, de musiques jolies,
Le Mistral et la Tramontane,
Sur mon dernier sommeil verseront les échos,
De villanelle, un jour, un jour de fandango,
De tarentelle, de sardane.

Et quand prenant ma butte en guise d’oreiller,
Une ondine viendra gentiment sommeiller,
Avec rien que moins de costume,
J’en demande pardon par avance à Jésus,
Si l’ombre de sa croix s’y couche un peu dessus,
Pour un petit bonheur posthume.

Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon,
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon,
Pauvres cendres de conséquence,
Vous envierez un peu l’éternel estivant,
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,
Qui passe sa mort en vacances.

Je suis amoureuse des paroles de cette chanson, le ton léger et joyeux pour aborder la mort, j’aimerais que ce soit comme ça… Bien sûr pas forcément sur la plage de Sète, et d’ailleurs je n’ai pas de caveau familial, donc bien sûr il ne faudrait pas le prendre à la lettre. (Je n’ai malheureusement pas le talent de Brassens pour écrire mon testament !) Mais cette chanson donne plus que tout le ton que j’aimerais qu’il y ait à mon enterrement et après, quand mes proches penseront à moi. Parce que je suis convaincue qu’effectivement quand je mourrais (quelque soit le moment, la cause, la manière, c’est que « mon âme et lui [mon corps] ne seront plus d’accord,
Que sur un seul point : la rupture. »
La première fois que j’ai entendu cette chanson, ça m’a émue aux larmes et la question a immédiatement surgit dans mon esprit : « est-il enterré sur la plage de la corniche à Sète ? » à mon grand chagrin et à ma grande indignation, la réponse est non… Il avait pourtant écrit un si beau chant pour le demander, ne pouvait-on pas lui accorder ça, lui qui a tant apporté à la chanson française ? Certes je comprends bien que ça n’était probablement pas raisonnablement possible, pour des questions d’hygiène et je-ne-sais-quoi encore… mais tout de même, j’ai eu le cœur peiné…
(si ça vous intéresse allez voir par ici et par : un pin parasol a apparemment été planté, c’est un moindre mal…)

Cocktail d’émotions

Hier et avant-hier, j’étais seule dans mon petit studio d’étudiante.

Seule, avec mon ordinateur pour regarder, lire et écrire. Seule, avec ma radio pour écouter. Seule, avec mon téléphone pour appeler. Seule, avec les réseaux sociaux pour échanger.  J’étais entourée de pensées, d’amour, de discussions virtuelles et d’actualités, mais seule.
Seule avec mes émotions, ma peur, ma colère, ma tristesse, mon incompréhension, mon amour, mon incompréhension (oui je sais je me répète, c’est fait exprès, ça s’appelle un effet de style et c’est parce que je suis vraiment pleine d’incompréhension), et mes questions (ça, c’est pour changer un peu)

Et dans ma solitude j’essayais de réfléchir, de ressentir autre chose que cet énorme vide, vide de sens, vide de logique, vide de mots, vide d’envie(s) (vous avez remarqué  »envie » c’est  »en vie » !)
Mais alors, je ressentais un trop-plein, trop plein d’émotions que je ne réussissais pas à distinguer.

Je ne réussissais pas à comprendre.

À les comprendre bien sûr. Pourquoi ils avaient fait / font / feraient (je n’arrive pas à le mettre au futur ) ça ?! Comment peut-on gratuitement enlever la vie ? J’arrêterais là les questions, car nous nous les posons tous et qu’elles font mal, mais il y en a bien d’autres…

À me comprendre, aussi non plus. Qu’est-ce que je ressentais au juste ? Pourquoi je ne voulais pas sortir ? Pourquoi je n’ai pas développé quand mon père m’a demandé au téléphone comment j’allais ? Pourquoi je n’ai pas appelé plus de gens pour parler alors que je n’avais envie que de ça ? Pourquoi je ne pleurais pas ? Est ce que je ne m’inventais pas ce malaise par ce que je m’y sentais obligée ? (oui, j’ai même pensé ça !) Comment faisaient tous ces gens partis travailler ? Pourquoi je ne bougeais pas, au moins pour prendre une douche ou manger (alors que j’avais faim…) au lieu de parcourir dans tous les sens mon fil d’actualité  Facebook, de lire tout ce que je pouvais et d’écouter les infos en continu ? Pourquoi je n’étais pas capable de continuer / recommencer à vivre (comme j’aurais tellement voulu) alors que d’habitude je croque la vie à pleine dents ? Pourquoi ça me touchait vraiment plus que pour Charlie ? Et j’en oublie…
Souvent ça tournait tristement et douloureusement en rond dans ma tête vide, quelquefois j’ai réussi à en tirer maladroitement quelque chose (et et le brouillon de ce que j’écris maintenant et de celui qui vient juste après…)

À force de faire tourner et d’attendre pour faire décanter (parce que quand ça veut pas, ça veut pas) (et puis 3 jours de deuil c’est aussi fait pour ça, non ?) et surtout à la lumière d’aujourd’hui, j’ai quelques éléments de réponse supplémentaires (et un peu plus satisfaisants et rassurants à mes yeux …)

Qu’est-ce que c’est que tout ce schmilblick d’émotions qui me travers(ai)ent et m’envahiss(ai)ent ?!

Beaucoup de vide et d’incompréhension pour commencer, comme je viens de vous l’expliquer un tout petit peu plus haut. (Je ne sais pas si ce sont vraiment des émotions mais en tout cas je peux dire, après mûre réflexion, que si je les ressens, ce sont des sentiments !)

Il y a de la peur, bien sûr, peut-être un peu de peur de mourir comme ça moi-même, peut-être un petit peu au début… en tout cas aujourd’hui, c’est sûr que non : je n’ai tout simplement pas peur de mourir, c’est bête que la vie s’arrête, mais bon, de toute façon, après on a plus mal, voire il y a quelque chose de mieux, alors ….
Donc, je n’ai pas peur de mourir. Mais j’ai peur que des gens que j’aime meurent, ou que des gens que j’aime souffrent. J’ai peur de ces gens capables de retirer la vie, j’ai peur de voir ces gens, de les voir tuer, de voir tout simplement à quoi ils ressemblent en vrai (ce sont des gens faits comme nous… Alors, on voit quoi dans leurs yeux ? Ça ressemble à quoi la cruauté ? )
J’ai peur de voir des gens mourir (d’ailleurs je n’ai jamais vu de gens morts, même de mort paisible et naturelle… alors par balle… bein je suis un bisounours, hein, je veux pas…) ou souffrir. J’ai peur de voir ou d’entendre des armes à feu (oui, je vis dans un monde de bisounours, je n’ai jamais vu ou entendu d’armes à feu -oui bon j’ai vu les armes des soldats de vigipirate mais elles étaient passives… -oui bon j’en ai aussi vu dans les films mais je vous parle de la vie réelle moi…)
J’ai peur aussi de ce que nous allons faire de tout ça : de la haine, du repli, du rejet et des divisions qui en découlent (et que je ne comprends tellement pas non plus !), de l’oubli, du fatalisme.Donc beaucoup de peur(s) malgré tout

Beaucoup beaucoup beaucoup de tristesse. Pour tous ces gens morts, ces gens blessés, ces gens traumatisés, pour leurs familles et leurs amis. Tristesse aussi (et colère aussi sûrement même si c’est une émotion que j’ai -comme toujours- beaucoup de mal à percevoir) de savoir que de telles horreurs existent, que tous les gens ne sont pas des bisounours (parce que moi j’en suis une, vous savez ?) et qu’il y en a même des très cruels, des qui ne connaissent pas la valeur de la vie et qui sont capables de faire mourir plein plein de gens comme ça d’un claquement de doigt (que ce soient les personnes qui décident et organisent ou celles qui exécutent ils me semblent tous aussi horribles et cruels). Tristesse de savoir que, hélas, ça va se reproduire et que même (surtout ?), ça se produit toujours quelque part dans le monde, sans que l’on réalise. Plein de tristesse (et de colère peut-être) de choses que je ne sais même pas nommer… Plein de tristesse que je n’arrivais pas à évacuer par des larmes (d’ailleurs aujourd’hui je crois bien que c’est sorti mais pas par des larmes… alors par où ? Mystère !)

Ce qui m’a aidé pour faire avancer le schmilblick, c’est le temps d’abord, un temps de deuil (les deux jours du week-end n’étaient pas de trop, même si ça m’a semblé une éternité) puis de voir du monde, d’être entourée de chaleur humaine.

Ces deux éléments étaient nécessaires, je ne sais pas comment j’aurais réagi si je n’avais pas eu le week-end pour me poser (me  »pauser »), m’isoler et réfléchir. je ne sais pas si j’aurais compris tout ça et si je l’aurais digéré aussi bien. Mais je sais aussi que je me suis sentie très seule et qu’aujourd’hui voir du monde (que je connaissais) m’a fait un bien fou.

J‘espère que vous aussi vous prenez le temps de vous poser et d’y réfléchir (Anick-Anouck j’ai beaucoup pensé à toi tout au long de la rédaction de ce billet…), que vous aussi vous vous sentez entourés et que vous aussi petit à petit, à votre rythme, vous réussissez à vous en remettre et à retourner dans la vie…