Lecture coup de cœur de l’été

Dans le tag lecture, je disais que je voulais lire le prochain livre avant la rentrée. Eh bien c’est chose faite, mes cours débutent lundi et j’ai fini aujourd’hui À la grâce des hommes, premier roman de Hannah Kent. Ce fut une belle découverte. Tellement belle que j’ai envie d’en parler tout de suite avant que les mots à mettre sur mes impressions ne m’échappent !

9782258104501J’ai découvert ce livre grâce à une bibliothèque municipale parisienne (c’est tellement bien les bibliothèques !), il est assez récent (mai 2014) et était donc présenté dans les nouveautés. Je l’ai pris parce que la 4ème de couverture le présentait comme une sorte de polar et que pour moi les histoires policières font partie des lectures les plus reposantes. (Pourquoi ? Je ne sais…) et puis ça semblait être assez noir, et j’avais envie de lire des trucs noirs. Donc voilà.

Bon finalement, ça ne ressemblait pas du tout à ce que j’imaginais derrière le mot polar. J’ai donc été surprise. Mais j’ai adoré.

Pour vous le présenter brièvement sans dévoiler toute l’histoire :

ça se passe en Islande en 1828 – 1829. Agnes Magnúsdóttir est accusée de complicité pour le double meurtre de Natan Ketilsson et de Pétur Jonsson. En attendant la confirmation de sa condamnation à mort et son exécution elle est placée dans une famille de fermiers.

L’histoire tourne donc effectivement autour d’un meurtre. Mais il n’y a pas d’enquête policière. C’est l’histoire d’un meurtre, ou l’histoire d’une criminelle, question de point de vue. L’enquête c’est l’écrivaine qui l’a menée (l’histoire est basée sur des faits réels et elle a visiblement fait d’importantes recherches) et le lecteur la mène presque à son tour au cours de la lecture. Je dis « presque » parce que je n’ai pas eu l’impression de mener l’enquête. Pourtant malgré moi j’ai glané des indices, des clés de compréhension. Ce n’est pas une enquête au sens policier du terme mais plutôt une quête. Au fur et à mesure du livre on découvre ce qu’il s’est passé. On découvre les lieux, on découvre l’époque, on découvre la culture, on découvre les personnages. Et plus on découvre plus on se pose de questions (ce fut en tout cas mon impression), plus on découvre plus ça se complexifie. Tout le roman (environ 430 pages) est dédié à cette quête, quête de la vérité, quête de l’humain. C’est passionnant.

Bien dissimulé derrière les découvertes et derrière de nombreuses descriptions (pas du tout inutiles ni ennuyeuses) se cache un véritable suspense qui dure jusqu’au bout : est-elle vraiment coupable ? Que s’est-il vraiment passé ? Comment a -t- elle pu en arriver là ? Sera -t-elle vraiment condamnée à mort ? Ces questions tournent en boucle dans la tête des personnages mais aussi dans celle du lecteur. L’enquête n’est pas faite par un policier ou un détective, elle est tissée de mots. Les mots (vrais ou faux ou même parfois les silences) des uns et des autres.

Meurtre, (en)quête et suspens. Il s’agit donc finalement bien d’un polar.

Sauf qu’il y a tellement plus. Il y a cette description par petites touches de l’Islande, de ses modes de vie et coutumes, de son climat. Il y a cette profondeur humaine de chacun des personnages (au moins les plus importants.) Et il y a le style, incroyable. J’ai été complètement embarquée, j’ai partagé la pensée de certains personnages qui sont pourtant à des années-lumière de ce que je vis.

L’écriture est à la fois très dynamique (je ne me suis jamais ennuyée) et très tranquille : l’histoire est ponctuée de « pauses » (la description d’un paysage ou d’une action quotidienne par exemple). Je crois que c’est ce qui m’a le plus étonné et plu, cette capacité à mêler dynamisme et tranquillité. C’est tellement tranquille que j’ai été surprise de ressentir une sorte de suspense sur la fin. Ce n’est pas un suspense haletant mais plutôt quelque chose qui accroche, qui donne envie de poursuivre le chemin (mais pas forcément à toute allure.) C’est assez étonnant pour un polar, je trouve.

Bref vous aurez compris que j’ai adoré… J’ai beau chercher je ne trouve pas de défaut, c’est un véritable coup de cœur. Je vous le recommande donc très fortement et serais très heureuse d’avoir votre propre critique si vous l’avez lu / le lisez un jour…

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« Le Passeur » de Lois Lowry

ATTENTION : Je ne donnerai pas la quatrième de couverture, elle dit beaucoup trop à mon goût, il ne faut pas la lire avant d’avoir lu l’histoire (heureusement pour moi ce livre était dans la bibliothèque de ma soeur et je connaissais l’auteur, je me suis donc contentée des premières lignes pour décider de me plonger dedans.)

Dans ce qui suit je ne révèle absolument pas l’histoire, je donne juste le début et mon sentiment (très positif) pour donner envie de le lire !

C’est le deuxième livre de cet auteur que je lis, c’est le deuxième que j’apprécie grandement.

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source : Babelio

Le premier, L’Elue je l’ai lu il y a plusieurs années (au collège) j’en garde un bon souvenir. Un souvenir de réflexion, de réflexion philosophique, le souvenir d’une belle histoire, le souvenir d’une héroine à laquelle je me suis pas mal identifiée (une jeune fille handicapée à la jambe qui marche donc en boitant.)

 

Dans cette seconde histoire j’ai retrouvé un autre monde inventé, une autre belle histoire, une autre réflexion philosophique, un autre héros très intéressant (même si je ne m’y suis pas autant identifié, là n’est pas l’important…)

L’histoire

Cela se passe dans un village / une communauté appartenant au futur. Dans ce monde tout est réglé, codifié. Le matin on fait telle chose, le soir telle chose, en décembre il se passe tel évènement, à huit ans on fait tel truc et à neuf tel autre truc, quand une personne dit quelque chose on doit répondre une autre chose bien précise. Bref, tout est bien codifié pour le bien-être et la sécurité de tous. C’est tout poli / polissé / lisse / neutre / bienveillant.

Et donc, ce livre raconte l’histoire d’un garçon de onze ans dans ce monde.

Pourquoi j’ai aimé et pourquoi je le conseille ?

Pendant ma lecture j’ai pensé à Descartes et ses Méditations métaphysiques, à Platon aussi. J’ai pensé à tout plein de notion abordées en Terminale pendant mon cours de philosophie ( d’ailleurs j’ai regretté de ne pas l’avoir lu cette année-là ça aurait pu nourrir bon nombre de dissertations), je me suis posée énormément de questions, je me suis révoltée un peu aussi.

L’histoire est poétique, belle, juste (dans le sens de « bien-vue »), effrayante, triste… mais surtout très philosophique.

J’avais peur de la fin, peur d’être déçue, finalement je l’ai trouvée juste parfaite, bien à l’image de toute l’histoire. C’est assez admirable de la part de l’écrivaine d’avoir réussi à me contenter pour la fin. Parce que plus j’aime un contenu, plus il est facile de me décevoir 😉

Pour finir, je le conseille à toutes les personnes qui s’interrogent sur le futur, sur la perfection, sur le passé, sur le poids de l’histoire et sur le poids des mots, sur les émotions, sur l’importance des décisions et du choix, sur le hasard, sur les émotions… (à toutes les personnes qui se questionnent donc 😉 )

Je sais que comme L’Elue il est catégorisé littérature jeunesse mais il dépasse de loin ce cadre (j’ai envie de lire tous ses autres livres… Mais je vais me laisser le temps de digérer celui-là déjà !)

 

 

Ces parents qui s’expriment à la place de leurs enfants #2 : coup de gueule

(J’ai écrit un petit préambule par là.)

S’il y a bien une chose qui m’énerve, une manière d’écrire, une attitude, c’est bien ça.

Bien sûr il y a les parents qui calquent leurs envies et leurs frustrations sur leurs enfants :

Je n’ai pas pu faire de piano, tu seras le meilleur !

Bien sûr ça m’énerve beaucoup aussi… (Laissez-votre enfant affirmer SES goûts et SES envies !!!)

Mais moi, je pense plutôt à certains parents d’enfants différents qui ouvrent un blog et s’expriment à la première personne  comme si leur enfant de 1 an pensait et parlait déjà comme un adulte…

Aujourd’hui j’ai fait de la kiné, j’ai eu mal mais j’ai été très courageux !

NON NON ET NON !!!

Ça m’énerve parce que le parent pense à la place de l’enfant, il lui prête des sentiments qui ne sont peut-être pas les siens.

Ça m’énerve parce que en s’exprimant ainsi il fait comme si c’était la seule pensée possible, véritable… Ce qui est très différent d’un parent qui dit :

« Elle est allée chez le kiné aujourd’hui, elle a été très courageuse » (ou mieux « Elle est allée chez le kiné aujourd’hui et je l’ai trouvé /la trouve très  courageuse »)

Ça n’est pas forcément plus vrai (aller chez le kiné n’est pas forcément du courage…) mais on voit bien que c’est le parent qui voit son enfant comme courageux, ce qui est hautement plus compréhensible. Je vous jure que je ne me suis jamais sentie courageuse en allant chez le kiné, mais je comprends que les autres me voient ainsi...(Je dis ça parce que j’ai l’impression que les gens pensent souvent que quand on va chez le kiné c’est pour se battre contre son handicap. Or, non, je ne me bats pas contre mon handicap, j’apprends à vivre avec et je prends les mesures nécessaires pour le vivre le mieux possible, les séances de kiné est un de ces moyen.) (Pour enlever tout doute : ma vie n’est pas un combat ! )

Je m’écarte du sujet : revenons à nos moutons.

Ça m’énerve parce qu’en s’exprimant ainsi à la place de l’enfant c’est comme si le parent niait à son enfant cette possibilité. Comme s’il considérait que comme il parle avec des phrases plus construites, plus précises, avec des mots plus savants, avec des idées plus ordonnées, sa pensée vaut plus. Si tu es le parent d’un enfant trisomique (ou autre, c’est l’exemple le plus parlant qui me vient), il peut parler, il a le droit de s’exprimer à sa manière, même si ça n’est pas d’aussi beaux discours aussi bien léchés. Alors laisse-lui son expression et exprime toi sur tes ressentis à toi, tu auras autant à dire. Oui c’est vrai, à un an, deux ans et parfois plus, un enfant ne parle pas. Et alors ? Est-ce une raison pour parler à sa place ? Quand il sera plus grand tu feras comment ? Tu lui montreras tes écrits en disant : « Regarde je parlais à ta place ? » ou alors tu diras « Regardes je parlais de toi ? » (Ben non, raté, tu parlais à sa place.)

Ça m’énerve parce que c’est tellement dommage. Si les écrits retraçaient la pensée du parent, plus grand l’enfant pourrait les lire pour apprendre son histoire et peut-être en rediscuter avec son parent. (Un enfant est toujours, il me semble, à la recherche de son histoire, de son passé, peut-être encore plus quand il est handicapé. Chez tous ceux que j’ai croisé -moi la première- il y a un immense besoin de savoir comment se sont passés les premiers jours/mois/ années, de connaitre l’évolution, ce qui a été dit, pensé, proposé… Pas pour juger mais pour savoir, pour se construire.) Mais si c’est écrit à la place de l’enfant ? Comment il va retracer son histoire ? En se collant dessus l’image forcément tronquée et en partie fausse que le parent avait de lui ? (Parce que même mes parents ne connaissent et ne comprennent pas tout chez moi …Heureusement.)

Ça m’énerve tellement parce que c’est déjà tellement naturellement compliqué de se démarquer du parent, de s’affirmer, de trouver sa place. C’est déjà tellement naturellement compliqué d’exprimer ses ressentis. et d’oser dire au parent que son ressenti n’est pas le même que le sien. (D’après mon expérience en tout cas, mais il ne me semble pas être la seule…) Comment faire si, en plus, celui-ci s’exprime à notre place ? Si avant même qu’on est ouvert la bouche il fait semblant de deviner ce que l’on pense ?

Ça m’énerve parce que c’est comme si le parent considérait qu’il connait tellement son enfant par cœur qu’il connait aussi toutes ses pensées, tout ce qui lui passe par la tête. Parfois il semble même avoir compris des choses que l’enfant lui même ne réussit pas encore à savoir (du genre, le métier qui sera bien pour lui plus tard.) Il pense qu’il sait tout alors qu’il y a tellement de choses qu’il ne vit pas. Tellement de choses vécues intérieurement difficilement dicibles. Tellement de choses qui sont difficilement compréhensibles quand on ne les vit pas soi-même.

Donc en plus d’être oppressant, castrateur (l’enfant ne peut pas s’exprimer) c’est aussi très réducteur.

Ça m’énerve parce que ça enlève tout filtre. Je veux dire que les personnes qui lisent ce blog à la première personne elles aussi se mettent à penser que l’enfant pense comme ça, elle n’ont pas les moyens de remettre ça en question : déjà quand c’est le parent qui l’exprime ça imprime une certaine image dans la tête des gens mais quand en plus c’est fait au nom de l’enfant ça rajoute dans le pathos… et donc dans l’absence d’esprit critique (« oh oui qu’est-qu’il est courageux ce petit ! ») Je vous rassure la famille et les amis n’ont pas besoin d’un blog qui raconte les aventures de l’enfant à la première personne pour le trouver courageux ! Beaucoup de personnes autour de moi sont visiblement admiratifs. Je ne dis pas que c’est mal, ça fait beaucoup de bien à l’estime de soi mais ça met aussi pas mal de pression parfois… Mais au moins, je sais que l’image qu’ils ont, ils l’ont par ce qu’ils ont vu, vécu à mes côtés, ce que je leur ai raconté moi, parfois par ce qu’ont raconté mes parents aussi certainement mais pas à ma place ! Ils ont raconté (toujours je crois, j’espère…) ce qu’il vivaient eux à mes côtés, pas ce que moi je vivais. Ce qui fait une grande différence, selon moi. (et j’espère qu’à travers ce long article vous le comprenez, au moins un peu…)

Au fond si je poussais mon raisonnement au bout je devrais peut-être être tout aussi énervée par les films ou livres qui s’expriment à la place des gens concernés. Mais  en fait, je ne le suis pas autant. Parce qu’il y a pour moi une différence fondamentale. Derrière ces blogs il y a une personne en chair et en os, ce n’est pas le cas des films où au fond l’histoire raconte aussi plein d’autres choses. De plus, un film ou un livre (en tout cas ce genre là) c’est une création, c’est un exercice de style, c’est romancé. Et une personne qui va voir un film ou qui lit un livre doit être capable de se dire : c’est romancé, ce n’est pas la réalité. Du coup bien sûr ça m’énerve, parce que ça donne à voir à la société l’image qu’ils ont déjà, on aimerait bien que ça sorte plus souvent des sentiers battus, que ça soit mieux documenté, que ça soit raconté par une personne directement concernée. Parfois on aimerait être sûrs que la personne qui a inspiré l’œuvre est d’accord avec ce qui est dit d’elle, de son vécu. Mais ça ne me fait pas bouillir pareil. Parce que c’est un acte de création, d’imagination.

Ce qui n’est pas le cas de ces blogs-là ! Ces blogs sont destinés à raconter un vécu, une histoire, de personnes en chair et en os, réelles. Des personnes humaines qui ont donc des ressentis et des pensées. Des personnes humaines qui ont le droit de s’exprimer.

Et donc ça m’énerve (j’espère que là ça y est vous avez compris, sinon j’ai tout raté…)

Je peux au moins leur reconnaitre un mérite, ça m’a redonné la profonde envie de lire l’autobiographie d’Hellen Keller et celle d’Emanuelle Laborit.

Un jour-un livre #26

 Un livre que je peux raconter en détail.

Je l’ai déjà dit maintes fois, un livre je le retiens rarement en détails, c’est plus un sentiment, une sensation, des émotions et une impression générale qui restent (avec parfois quelques passages précis.) Mais il en existe  quand même un, hors Harry Potter et Charlie et la Chocolaterie, j’ai envie d’être un chouïa plus originale…

Il s’agit d’un livre que j’ai étudié pour mon bac de littérature (encore lui), qui est assez court et que j’ai relu plusieurs fois (comme Gargantua, probablement 5), précisément pour le connaitre en détails, puisque c’est légèrement-un-tout-petit-peu ce qui nous est demandé…

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Petite parenthèse pour ceux qui ne connaissent pas le principe : le programme fixe 4 œuvres à étudier, mon année, en 2012, c’était Gargantua de François Rabelais, L’Appel de Charles De Gaulle (tome 1 des Mémoires), À la lumière d’hiver de Philippe Jaccottet et celui-ci. À la fin de l’année nous avions 2 sujets au choix, chacun comprenant 2 mini-dissertations sur une œuvre. L’épreuve durant 2 heures -c’est court- nous devions y répondre en nous appuyant le plus possible sur l’œuvre -le top c’était des citations…

Je m’aperçois, en vérifiant que je ne dis pas de sottises, que l’épreuve a changé : il n’y a  plus 2 sujets mais un seul et ce sont apparent plus 2 questions que 2 dissertations.. (de mon temps c’était mieux ! 😉). mais je pense que le pré-requis, l’exigence, de connaitre l’ouvre a fond ne change pas !
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Donc, fin du suspens, il s’agit de Tous les matins du Monde de Pascal Quignard.

C’est en fait une ouvre double : le livre est le pendant du film d’Alain Corneau, les 2 œuvres donnent un éclairage, une approche différents et se complètent. J’ai beaucoup aimé les 2.

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À l’époque de mon bac, je connaissais plusieurs citations plus ou moins longues (comme pour Gargantua et L’Appel) mais depuis je les ai toutes oubliées. En revanche, je me rappelle encore fort bien de l’histoire (tout n’est pas perdu ! 😉) mais je ne vais pas vous la raconter… pour que vous puissiez en profiter.

Sachez seulement que ça se passe en région parisienne, au XVII°, qu’il s’agit d’une famille (un père obsédé par sa femme défunte et ses 2 filles) janséniste et musicienne (viole de gambe), bouleversée par l’arrivée du jeune Marin Marais.