Première expérience chez l’ostéopathe

Ça fait un certain temps que j’en entendais parler dans mon entourage, un certain temps que j’en entendais les bienfaits et que je voulais tenter l’expérience tout en hésitant.

Il faut bien l’avouer j’avais un peu peur.

D’abord parce que je ne vais pas tant que ça chez le médecin et que je ne suis jamais à l’aise lors des premiers contacts pour expliquer mon handicap (même dans le milieu médical certains ne connaissent pas l’IMC ou alors quand ils le connaissent ils peuvent réagir en disant « ah oui mais ça aurait pu être bien plus grave… Vous avez de la chance ». NB : Je le sais, pas besoin de ton avis, pas venue pour ça. ) Je peux dire l’origine sans problème mais cela n’explique pas par le menu toutes les conséquences que cela comporte, or je ne peux pas les donner vu que je ne suis pas médecin ! Je connais certaines choses, des trucs conseillés ou au contraire contre indiqués, mais certainement pas tout ! C’est donc important que celui qui me prenne en charge connaisse la pathologie.

J’avais aussi peur que l’ostéopathe modifie quelque chose qui « empire » la situation. Je m’explique : je sais que l’IMC a pour conséquence de me faire favoriser certaines postures qui peuvent être considérées à première vue comme mauvaises mais parfois c’est le seul moyen que mon corps a trouvé pour fonctionner. Parfois cela a même pu entrainer des déformations osseuses (mes pieds plats par exemple.) Je craignais donc que l’ostéopathe modifie quelque chose qui était pour moi primordial pour fonctionner. C’est peut-être irraisonné et impossible, aucune idée. (Mais ce n’est pas en demandant à un médecin ou kiné conventionnels que je vais avoir la réponse ^^)

Bref, avec toutes ces craintes, j’ai fini par me décider pour aller chez l’ostéopathe familial réputé très doux et à l’écoute. Ma mère m’a un peu poussé, elle ne semblait pas partager ces craintes et en plus, j’ai lu plusieurs témoignages de personnes IMC allant régulièrement chez l’ostéo et ça n’avait pas l’air de leur poser problème.

Bilan des courses : c’était très bien !

1° bon point, il connaissait l’IMC et n’a fait aucun jugement. 2° bon point, il était effectivement très doux et à l’écoute. Il ne cherchait absolument pas à forcer.

Ça m’a procuré un moment de détente assez similaire à la kiné. Pour les suites par contre c’est différent : après le kiné je suis détendue, alors qu’après l’ostéo j’ai bien senti les points qui avaient été travaillés. Et rien n’a été détraqué ! (logique puisqu’il n’a rien forcé.)

J’ai bien apprécié aussi qu’il m’explique TOUT  ce qu’il observait et faisait et dans quel but, c’est rassurant. Il était aussi très clair sur ce qu’il voulait que je fasse moi (inspirer profondément et tout relâcher au moment de l’expi. Où mettre mes bras, si je pouvais les bouger ou pas, etc.) ce qui me rassurait aussi et m’aidait bien à me détendre. Enfin, c’était très « satisfaisant » d’entendre tout ça parce que ça faisait écho à tout ce que me disaient mes kinés.

Sans surprise (parce que c’est toujours le cas) la jambe droite était plus raide. Il a d’ailleurs remarqué que du coup j’étais plus contractée sur le côté droit aussi en haut du corps (ça peut aussi être une conséquence du fait que je suis droitière : je mobilise beaucoup plus mon bras droit -> épaule plus tendue de ce côté là.) En revanche je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit si raide que ça. Je ne m’en été pas aperçue. L’année prochaine il faut vraiment que je retrouve un kiné.

Autre point sans surprise j’étais très contractée vers l’épaule/la nuque (plus du côté gauche), ça ne m’étonne pas parce que je sais que c’est le premier endroit que je crispe (avec la mâchoire.)

Par contre, lui (et moi) avons été surpris de la bonne mobilité de mon bassin. Apparemment il le trouvait assez souple (en tout cas en sachant que j’avais une IMC). j’étais assez contente qu’il me le dise parce que c’est un point qu’on avait beaucoup travaillé avec ma kiné et ma psychomotricienne au lycée. Et que j’essaie de maintenir tout ça par des étirements réguliers.

Il m’a aussi fait remarquer que mon diaphragme était très contracté, comme s’il restait toujours en position haute, je ne le relâche jamais entièrement. Pour moi c’était une découverte. Il m’a donné un exercice de respi pour essayer d’y remédier. J’ai pu constater à l’occasion que je ne savais toujours pas dissocier la respiration du ventre et celle du thorax. Avec toutes les expériences en chorale et en yoga que j’ai, ça me désespère pas mal.

Là où j’ai pu apprécier qu’il connaissait vraiment l’IMC c’est quand la spasticité s’est manifestée. Il n’a pas marqué de surprise particulière. Une première fois alors qu’il était en train de tester ma jambe droite, il a remarqué qu’elle s’est crispée d’un coup, il a compris que ce n’était pas le moment, est passé à autre chose et est revenu dessus quelques minutes plus tard. Ensuite alors qu’on était en train de s’occuper du haut (l’épaule je crois), il y a eu une réaction spastique relativement forte pour moi. Les deux jambes se sont entièrement crispées en même temps. Ce n’est pas extrêmement étonnant, c’est fréquent que la spasticité se manifeste quand je suis concentrée sur autre chose, mais là la réaction était tellement forte que j’ai été surprise, il me semble qu’il l’a forcément senti, ça a quasiment fait un sursaut. Pourtant il n’a rien dit et pas bougé d’un iota. En fait la réaction n’était pas forcément plus forte que certaines fois où je suis assise à mon bureau à travailler mais je l’ai ressentie particulièrement forte car j’étais très connectée à mon corps à ce moment-là. (D’ailleurs ça me perturbe pas mal, j’ai l’impression que je sens plus ma spasticité qu’avant. Je ne sais pas si elle est effectivement plus présente (parce que je vieillis ou parce que je n’ai plus de séances de kiné depuis un bout de temps) ou si c’est simplement parce que je comprends mieux ce que veut dire ce mot et que donc je ressens plus le phénomène… Peut-être un combo des deux.)

Je ne pense pas qu’aller chez l’ostéo aussi régulièrement que chez le kiné ou quasi (certains parents d’enfants IMC le font) soit réellement bénéfique.
Certes ça m’a donné la même sensation de relaxation mais ce n’est pas la même chose ! Le « désordre squelettique » que « règle » l’ostéo n’est qu’une conséquence des problèmes musculaires (d’ailleurs cet ostéo ne faisait pas craquer, il travailler indirectement par le relâchement des muscles). C’est donc assez inutile de faire une séance ostéo régulière si le kiné ne suit pas derrière. Et en une semaine, deux semaines ou même un mois, je doute qu’un changement notable apparaisse au point de devoir être traité immédiatement. Tous les six mois ou même une seule fois tous les ans ça me semble suffire largement. (Surtout que vu que mon bras m’a « tiré » pendant une semaine après la séance je ne me verrais pas avoir une séance hebdomadaire, ni même mensuelle.)

Mais oui, j’y retournerais certainement.
Le problème c’est que celui-ci est dans le sud, donc je ne peux pas me dire que j’irais le voir la prochaine fois que j’ai un mal de dos persistant (ça fait assez longtemps que je suis tranquille de ce point de vue là, youpi !) Et je n’ai pas envie de piocher un ostéo dans un annuaire…

Je suis ouverte à toute remarque ou question 🙂

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Confiance et diplomatie

Aujourd’hui j’ai décidé d’ouvrir une nouvelle série (comme toutes les séries que j’ouvre, je ne sais pas s’il y aura une suite et encore moins où est la fin… 😀 )

Pour prendre confiance en soi, il faut commencer par voir ses points forts et ses qualités au lieu de se dénigrer tout le temps. Je vais donc noter chaque point fort que l’on me fait remarquer. (ça m’aidera à trouver quelles qualités je peux mettre en avant lors d’un entretien… Oui, j’ai de la suite dans les idées…)

Aujourd’hui je parlerais de la diplomatie.

(en écrivant les premières j’ai eu 5 compliments de qualités qui me sont venus en tête… 5 ! C’est beaucoup d’un coup… C’est grave docteur ?)

Plusieurs personnes m’ont en effet déjà fait remarquer ma diplomatie, c’est-à-dire ma capacité à dire les choses de manière subtile pour ne pas blesser (ou au moins ne pas braquer) le concerné mais en le disant quand même. Cette diplomatie vient de ma capacité à m’adapter à l’interlocuteur, à l’observer pour le comprendre (observation et écoute : 2 qualités également sur ma liste…)

Ma capacité à capter le moment approprié ou pas pour dire quelque chose et à manier les mots pour trouver la bonne formulation, à se taire pour dire plus tard ou autrement, à dire la chose avec humour, à placer une pique qui n’en a pas l’air (mais qui en ai quand même une, et en général, ça fait mouche…)

(Bon en fait ce genre d’articles vantards, il vaut mieux que je l’écrive en un éclair et le publie tout aussitôt parce que sinon je laisse la prise au doute. Par exemple, l’idée de départ était de faire un article par qualité, pour distiller un peu de confiance en moi à chaque fois. Sauf que toutes les qualités se rejoignent alors est-ce vraiment pertinent ? Je vais me répéter et finalement j’observerais qu’il n’y pas 5 mais une ou deux qualités seulement qui se déclinent selon les situations … Rahlala, c’est pas gagné !)

 

Expression et pudeur

Aujourd’hui j’ai envie de parler de comment je parle… (C’est pas clair, je sais, attendez, je m’explique.) Comment je m’exprime à l’écrit, comment je m’exprime à l’oral, qu’est-ce que j’exprime à l’écrit, qu’est qu’est ce que j’exprime à l’oral, comment je choisis ce que je dis et ce que je tais et pourquoi. Au delà de l’opposition écrit-oral, il y aussi « dans ma vie quotidienne/sur le blog ».

Il y a des choses que j’exprime assez facilement (de plus en plus facilement en fait) ici, mais que j’aurais dû mal à aborder avec mes amis proches, même à l’écrit. Parce que le lieu et l’espace ne me semblent pas appropriés.

Parenthèse : C’est un peu comme la nudité : à la piscine je suis en maillot, ça ne pose (presque) pas problème (il y a des jours où la pudeur et les complexes reviennent comme des bouffées de caleur sans qu’on sache trop pourquoi, mais globalement c’est de plus en plus facile avec la pratique régulière…) Mais personne de sensé n’aurait l’idée de se balader en maillot dans la rue ! (En France, hors contexte touristique des villes côtières en été.) Tout simplement parce que la piscine est le lieu où il est normal d’être en maillot, pas la rue…

De la même manière que j’accepte très bien de me déshabiller devant un médecin dans son cabinet ou dans un hôpital, mais j’aurai plus de mal à me déshabiller devant des inconnus dans un autre contexte. (Même si la personne me dit qu’elle est médecin : ça ne passe pas si le contexte n’est pas médical -soit dans le lieu soit dans le temps [imaginons que nous sommmes dans un maison mais que j’ai un pépin de santé qui nécessite que je me déshabille là devant le médecin, ça passerait.]) Fin de la parenthèse.

Bref, pour en revenir au propos de départ, de manière générale et systématique je suis beaucoup plus à l’aise pour m’exprimer à l’écrit qu’à l’oral (et c’est loin d’être la première fois que je le clame ici !) Parce que c’est posé, parce qu’il n’y pas le regard de l’autre en face, parce que j’ai le temps de relire et de modifier ce que bon me semble, le temps d’organiser et de ré-organiser. Le temps de réfléchir aux mots parfaitement adéquats.

Mais même à l’écrit (par mail par exemple) il y a des choses dont je ne parle pas : mes sentiments et mes émotions (mes émois divers et variés) typiquement. Je me sens toujours niaise ou pleurnicharde (c’est selon) quand je partage ce genre de choses.

Vous lecteurs de mon blog, vous êtes donc des grands privilégiés. Tout simplement grâce à l’anonymat que permet Internet. Je suis une personne en chair et en os, les personnes qui me lisent et me répondent sont en chair et en os, mais nous ne nous voyions pas : pas de regard, de jugement, ni aujourd’hui où n’écrit ce message ni demain, ni après-demain. Parce que nous ne nous verrons jamais. Et même lorsque vous écrivez un commentaire, éventuellement une critique / remise en question, c’est beaucoup plus facile à digérer grâce à une sorte de distanciation. Car vous ne voyez de moi que des morceaux choisis, et pas 24h/24h 7j/7, ni même 3 jours par semaine pendant 3 heures.(Même avec une très bonne façade on ne maitrise tout ce que l’on montre aux autres, parce que parfois ça déborde sans qu’on le veuille ou même simplement parce qu’on est pas conscient de tout !)

hqdefaultEt pourtant, même ici, « il y a des mots que je ne dirais pas » parce que quand même c’est public. Et parce que pour l’écrire et le publier (-> public !) il faut tout de même l’assumer un minimum. Que la honte laisse une petite place à l’acceptation. Ou que l’intimité laisse une petite place à la distanciation. Parfois c’est trop honteux (de mon point de vue), parfois c’est trop intime.

 

Il y a aussi des choses que je ne publie pas ici mais dont je parle à mes proches en chair et en os car cela ne concerne pas que moi, pas que ma vie, mon histoire et mon intimité.

D’ailleurs, réflexion faite, il y a des choses dont je parle à l’oral mais pas à l’écrit, à cause du temps de réflexion de l’écrit mais aussi encore à cause de cette idée de temps et d’espace approprié. Il y a des sujets lourds et sensibles que l’on évoque pas dans un mail, comme ça, entre les autres nouvelles, mais dont on peut parler au détour d’une conversation entre amis, parce que le sujet arrive sur la table et que spontanément ça sort.Ça dépend du moment, du besoin d’en parler, des amis. (Je pense aux sujets que typiquement je n’évoquerais jamais ici, mais aussi à mon handicap par exemple…)

Le handicap fait partie de ces sujets étrange : à l’écrit il apparait beaucoup sur ce blog, c’est LE lieu et espace approprié pour en parler (en plus, ça permet de sensibiliser en même temps, ça rajoute une motivation au simple effet thérapeutique.) Mais il n’apparait pas dans mes messages écrits- car cela tomberait comme un cheveu sur la soupe– à moins qu’une question ne soit posée….

À l’oral, j’en parle –maladroitement– quand on me pose une (ou plusieurs) question(s) directe(s). Ou alors j’en parle en pointillés dans ma vie quotidienne avec mes amis. Quand le moment s’y prête. Mais la plupart des choses que ces-derniers savent de mon handicap c’est ce qu’ils ont observé en me côtoyant. Ils le savent donc plus ou moins intuitivement et précisément. Ils savent : que je préfère éviter autant que possible les escaliers mais que je peux (suffisamment pour les prendre souvent malgré tout.) ; que je ne cours que rarement et avec une motivation à la clé ; que j’ai un équilibre farceur ; qu’il faut m’aider à m’arrêter dans les situations soudaines ; que je marche plus lentement ; que parfois je tombe sur les fesses sans prévenir ; que j’ai l’œil qui part parfois en promenade sans me demander mon avis ; que je ne suis pas faite pour les nuits blanches. (J’ai testé : les nuits blanches je ne connais pas, moins de 5h ça ne fonctionne pas, je me rendors après avoir éteint mon réveil. Moins de 6h je pique du nez dans la journée.) ; que je porte des attelles pour tous les grands trajets ; que j’ai une séance de kiné une fois par semaine ; que je suis sujette aux maux de dos ; que j’ai un sens de l’orientation ridicule ; que je suis assez maladroite. D’ailleurs tous ces symptômes ils les connaissent mais ils ne pensent pas forcément que c’est dû un handicap global. Probablement qu’ils ne voient pas tous, tous ces symptômes comme des éléments de mon handicap, mais simplement comme des caractéristiques de ma personnalité. Et même si parfois cette vision des choses me complique un peu la vie, c’est très bien comme ça. C’est très bien que chaque ami découvre à son rythme au fur et à mesure de l’avancement de la relation. C’est très bien qu’ils voient mon handicap de manière parcellaire et dispersée et non pas comme un gros bloc qui fait peur. C’est très bien, que certains de ces symptômes soient fondus dans ma personnalité (la maladresse, les soucis d’orientation…)

Bon, par contre c’est nul, je n’avais pas prévu que le handicap prenne autant de place dans cet article, et comme je finis dessus, forcément vous n’allez retenir que ça ! Mais non, mais non ! (vision inclusive et dispersée du handicap on a dit !) Je cherche un autre paragraphe à ajouter ou à changer de place… Mais c’est pas possible, rien d’autre à dire et tout est à sa place… Bon. Alea jacta est.

 

Mon corps et moi on est bizarres mais on s’entend bien (1)

Il y a beaucoup à dire sur mon rapport au corps et c’est un peu fouillis, tout se mêle, j’espère réussir à en faire quelque chose de clair et d’intéressant.

J’ai eu très tôt l’habitude que l’on m’examine, plus ou moins habillée, que l’on me manipule et que je doive me laisser faire. En effet jusqu’à la fin de mon lycée (jusqu’à la fin de ma croissance plus précisément) l’évolution de mon handicap était particulièrement suivie. (La croissance des os va plus vite que la croissance des muscles. Les muscles rétractés et les mauvaises positions -prises pour compenser le non-fonctionnement de certains muscles- peuvent entrainer des déformations qui s’aggravent si on ne les enraye pas.) J’avais donc un grand nombre de rendez-vous médicaux et para-médicaux qui nécessitaient que je me sois examinée plus ou moins déshabillée (rarement moins qu’en sous-vêtement cependant) par des personnes plus ou moins inconnues.

J’étais une fille très pudique, qui avait du mal à se montrer à la piscine par exemple, comme beaucoup. (Maintenant beaucoup moins, mais je reste assez pudique quand même, faut pas pousser mémé dans les orties.) Ma pudeur était en fait presque de la honte, je n’aimais pas me voir dans un miroir, je ne voyais que mon handicap et les défauts qu’il engendrait (les genoux fléchis, les jambes en X et les pieds en dedans notamment.) je n’étais pas aidée par mes camarades de primaire et du collège, qui, bien sûr, le soulignaient. (Ils le soulignaient évidemment d’autant plus que j’étais complexée, bonjour le cercle vicieux.) Depuis le lycée, entre le fait qu’avec la rééducation ça se voit moins, que je suis moins complexée, que les gens sont moins focalisés sur l’apparence, il n’y a plus que moi qui le remarque (je ne compte plus les gens qui me disent « je n’avais pas vu que tu étais handicapée avant que tu me le dise / avant de voir tes attelles. »

Pourtant moi, même si ça ne me complexe plus, je continue à le remarquer à chaque fois que je me vois dans un miroir et je continue à penser que ces jambes en X et les pieds en varus (=pointe en dedans) c’est moche et les genoux fléchis vus de profil encore plus.) Je continue à remarquer le petit détail qui tue sur chaque photo, alors que tout le monde s’en fout. C’est assez compliqué d’expliquer ce paradoxe : je le remarque tout le temps, je ne trouve pas ça joli et j’aimerais que cela disparaisse au moins sur certaines photos pour paraître normale, mais je ne suis pas particulièrement complexée et je suis consciente qu’il n’y a que moi qui le remarque.

Comme je l’ai déjà dit plus haut, je suis une fille très pudique qui a été longtemps complexée et pourtant je n’ai jamais eu aucun problème à me déshabiller devant les nombreux inconnus (et connus) que j’ai croisé pendant mes rendez-vous médicaux et paramédicaux : médecins spécialisés dans la rééducation de la marche, kinés, orthopédistes, appareilleurs (ceux qui font les orthèses, prothèses, semelles et chaussures adaptées), radiologues, etc.

En effet je savais / je sais qu’ils portaient sur mon corps un regard purement professionnel, un regard scientifique dénué de tout jugement ou sentiment. D’ailleurs je n’ai jamais senti, vu, ou entendu le moindre jugement, regard, ou dire déplacé de leur part. (Depuis, des amis m’ont raconté des trucs qui me font dresser les cheveux sur la tête : ai-je eu de la chance ou eux de la malchance ? Un peu des deux sûrement.)

Parmi ces examens médicaux, il y a les AQM qui démontrent parfaitement mon rapport ambigu au corps (l’accepter et le trouver moche en même temps.)  AQM signifie Analyse quantifiée de la Marche. En gros je fais un défilé, sur un tapis gris bourré de capteurs, avec également des capteurs en forme de petits oignons gris placés sur des points stratégiques du corps (stratégiques = savamment calculés et choisis par les personnes compétentes), des caméras me filment et retransmettent les infos à un ordinateur qui calcule la vitesse de la marche, la dimension des pas, l’angle des articulations et tout un tas d’autres choses qui intéressent visiblement les médecins…

Après le défilé (avec attelles, sans attelles, poses sous différents angles au centre et tout le tralala) tu peux admirer le squelette de tes jambes marcher tout seul, c’est très drôle – c’est un peu moins drôle quand tu vois la vraie image filmée en revanche : je n’aime pas voir ma démarche, je trouve ça moche…

C’est assez étrange aussi de remarquer que j’ai en même temps une grande connaissance et une grande méconnaissance de mon corps, de sa forme et de son fonctionnement.

En effet, je suis en même temps pleinement consciente de sa raideur et pourtant à chaque fois surprise par le décalage entre ce que je peux ressentir dans la rue et ce qui ressort pendant la séance de kiné : je peux arriver chez le kiné en disant « je suis comme d’habitude » alors qu’en fait je suis plus raide, tandis qu’à d’autres moments le sentiment de raideur est parfaitement ressenti et se vérifie.

Je suis en même temps pleinement consciente que mes pieds entrent en dedans et que mes genoux sont fléchis… et pourtant je suis surprise à chaque fois que je me regarde dans un miroir.

Par ailleurs, je n’ai pas encore compris que je suis encore plus mince que telle amie qui me paraît pourtant bien mince (pourtant tout le monde est formel), je n’ai pas non plus encore compris comment je peux me sentir constamment avachie alors qu’il semblerait que je me tiens hyper-droite.

Pour finir, je sais parfaitement si le kiné peut aller plus loin pour étirer ou pas mais je suis incapable de lui quantifier ma douleur sur une échelle. Cela est compliqué par le fait que je n’appellerais pas ça « douleur » en fait. Comment définir cette sensation ressentie lors d’un étirement ? Il ne faut pas aller plus loin, c’est physiquement pas possible parfois (l’os ne permet pas d’aller plus loin), mais parfois c’est le muscle qui résiste, je sens que l’étirer plus ne serait pas supportable, comme s’il aller claquer, et pourtant, je ne dirais pas que c’est une douleur, je suis capable de tenir la position très longtemps. Alors que je lui ai dit stop, plus loin c’est pas possible et que vraiment ça tire beaucoup. C’est une sensation très présente, que je ne pourrais pas occulter mais pas une « douleur ».

Pour comprendre mon corps, j’ai toujours beaucoup apprécié que le médecin / le kiné me parle pendant qu’il m’examine / me manipule. Comme pour partager ses observations à voix haute (par exemple : « ah, là c’est un peu moins souple que d’habitude » ou « ah, là on a gagné de l’amplitude, c’est bien. ») ça me permettait de préciser mes ressentis, de discuter si je ne l’avais pas ressenti pareil ou au contraire de confirmer certaines impressions ou encore de remarquer des choses que je n’avais pas noté et de mettre des mots sur des trucs que je ne comprenais pas.

J’ai toujours été écoutée et respectée par mes médecins /kinés/ soignants. C’est très appréciable de savoir que mon avis / mon expérience est pris en compte. Aussi très appréciable de savoir qu’ils vont me demander mon avis sur la présence de mes parents (autant j’ai toujours accepté de me déshabiller devant les médecins, autant me déshabiller devant mes parents … ça dépend des âges), m’annoncer chaque geste inhabituel ou invasif, me laisser maitresse de la situation. (Là aussi je crois que j’ai eu beaucoup de chance.)

Les kinés font des étirements sur lesquels je n’ai aucun pouvoir. Au contraire, plus je me relâche, plus je me laisse faire, mieux c’est. Pourtant, j’ai tout de même mon mot à dire (j’ai toujours eu mon mot à dire.) C’est moi qui dit « oui on peut aller plus loin » ou « stop là on a atteint la limite » ou « stop là j’aimerais bien qu’on relâche. »Tous les kinés que j’ai croisé ont toujours été à mon écoute sur ce sujet. C’est très appréciable de ne pas avoir à insister pour être écoutée, de sentir que son ressenti de la douleur est écouté et respecté C’est très important pour pouvoir établir un lien de confiance en fait. Sans ça je ne pourrais pas me relâcher comme c’est nécessaire pour les étirements.

… Suite au prochain épisode (si je vous avais tout mis d’un coup vous n’auriez pas survécu)…

Billet d’humeur : cohabitation et imperfection

J’ai récemment accueilli ma mère chez moi pour quelques jours. Ce n’est pas la première fois qu’elle venait dans mon appartement mais c’est la première fois qu’elle y est restée si longtemps. Elle y a dormi et mangé alors que les fois précédentes c’était juste un passage. D’ailleurs c’est aussi la première fois que j’accueillais quelqu’un pour plus qu’un repas.

Je me faisais une grande fête de ces quelques jours, ça faisait longtemps que j’en avais envie et que j’avais semé la proposition, elle aussi je crois que ça lui faisait envie depuis assez longtemps, ça s’est décidé sur un coup de tête. J’en avais envie pour lui montrer des choses dans la capitale et avoir un temps de partage en tête à tête. Je crois aussi que c’était une manière plus ou moins inconsciente de lui montrer comment je me débrouillais bien en autonomie.

Je n’avais pas du tout anticipé tout ce qu’il s’est passé. Tout ce que cela impliquait.

Nous avons effectivement passé de très bons moments ensemble, partagé beaucoup. Je ne voudrais pas l’oublier. Mais il y a eu aussi des moments de tension dont je me serais bien passée (même si, avec le recul, ils étaient mineurs.)

D’abord, elle a scruté tous les petits détails. J’ai du coup eu l’impression qu’elle remarquait plus les défauts que les efforts faits. (Elle ne m’a pas spontanément félicitée pour le ménage mais a noté que le rideau de douche était « moisi » par exemple.)

Ensuite, quand on s’est balladées elle m’a fait remarquer ce que je ne savais pas et que je « devrais savoir ». C’était juste pour me taquiner. Mais je l’ai mal reçu, comme une mise en doute de mes capacités.

Ensuite elle m’a coupé dans mes repérages dans les transports, elle a fait des remarques qui me perturbaient / court-cicuitaient. Du coup je paniquais et je réfléchissais de travers. (J’en ai déjà parlé ici : soit elle me laisse faire jusqu’au bout et c’est ok, soit c’est elle qui guide, mais pas entre les deux ! Et en l’occurrence hors de question que ce soit elle qui guide puisque c’est moi qui accueille.)

Dans les transports j’avais aussi l’impression qu’elle vérifiait chacune de mes décisions, comme pour s’assurer que je ne faisais pas fausse route. Encore une remise en cause de mes capacités que j’ai mal vécue (et là, pour le coup aucune excuse, ça m’énerve encore.)

Et puis chez moi, elle a fait des vaisselles et des repas. Et là j’ai été paradoxale. Très clairement, elle faisait ça pour prendre soin de moi, m’aider, parce qu’on avait fait beaucoup de choses dans la journée et qu’elle me savait fatiguée. Mais moi je l’ai parfois mal pris car c’est comme si elle prenait ma place. Comme si elle soulignait que j’étais trop lente pour faire le repas dans les temps avec ma fatigue. Comme si elle soulignait que faire la vaisselle à chaque repas c’est quand même beaucoup plus facile que de la laisser s’accumuler… Alors que bien sûr j’étais fatiguée et bien sûr ça m’aidait qu’elle fasse la vaisselle / le repas. Mais c’était une ingérence dans mon quotidien, moi qui voulait montrer mon autonomie.

Ces moments de tension ont été favorisés par plusieurs facteurs, principalement venant de moi.

  1. Je voulais l’accueillir chez moi, être la maitresse de maison mais la réalité m’a rattrapée je ne pouvais pas tout gérer à la perfection (le planing chargé + les obligations du quotidien). (Et je le découvre de plus en plus je ne supporte pas mes imperfections.) Il y a eu comme un décalage entre le week-end idéal et rêvé et la réalité que j’ai eu du mal à digérer.
  2. Fatiguée, je décuplais les moindres remarques lors qu’elles me semblaient négatives en oubliant-minimisant les remarques positives ou en occultant la volonté sous-tendue (prendre soin de moi.) Peut-être aussi que c’était fait ou dit maladroitement.
  3. Il y aussi une différence de mode de vie/philosophie qui joue. Ma mère est maladivement pointilleuse sur certains aspects (elle ne supporte pas l’odeur de cigarettte par exemple, entre beaucoup d’autres choses), c’est très envahissant et ça m’horripile. Pour reprendre l’exemple de la cigarette, comme elle ne la supporte pas elle pense tout de suite que c’est tout de suite aussi horrible pour moi et me dit tout de suite qu’il faut que je le signale à la résidence que je sens des odeurs de cigarette, il y certainement quelqu’un qui fume dans les environs. Alors que c’est autorisé de fumer chez soi. « Oui mais peut-être qu’il fume dans les parties communes et ça ça ne l’est pas » Sauf que non je ne vais pas faire tout un patacaisse pour une odeur, désagréable ok mais occasionnelle, juste parce qu’elle ne la supporte pas. Je sais qu’il y a une lourde histoire derrière, que c’est viscéral, que je ne peux pas changer ça. Mais j’aimerais juste qu’elle arrête d’identifier ses propres ressentis aux miens et qu’elle arrête de s’imiscicer dans ma vie à ce point. Pour ça il faudrait déjà qu’elle s’en rende compte, qu’elle réalise que c’est un problème, je ne suis pas sûre que ce soit le cas, il faudrait donc que je lui dise… Sans l’énerver (parce que c’est un point sensible) et sans m’énerver (parce que je me sentirais niée si elle n’accepte pas d’entendre mon avis différent que j’aurai fait l’énorme effort d’énoncer)… C’est pas gagné 😦

Au-delà de ces obsessions viscérales et envahissantes contre lesquelles je ne peux rien, il y aussi une manière de penser qui m’énerve (mais contre laquelle je ne peux rien non plus.) Elle laisse très facilement les points négatifs prendre le dessus et occulter le positif. S’il y a un truc qui s’est mal passé, elle va le répéter dix fois au cours de la journée. Alors que ça suffit, c’est passé et voilà. Après je sais qu’elle admire ma façon que j’ai de penser toujours au positif avant tout. Donc qu’elle est consciente de ce défaut (mais du coup dans ma tête, si elle admire, pourquoi elle ne le mets pas en pratique ? Oui, je sais, pas si simple…) J’ai remarqué qu’elle fait beaucoup d’efforts pour penser positif. Mais ça m’énerve quand même. (Dans le genre se pourrir la vie pour rien : il semblerait que je mange moins qu’à la maison. Peut-être, mais je mange à ma faim, et elle aussi. Alors où est le problème ? )

Le pire dans tout ça c’est que je me voyais être énervée pour des futilités ou des choses que je ne peux pas changer et ça m’énervait d’être énervée (alors que je rêvais de ces quelques jours depuis tellement longtemps.) En plus je vois bien que je lui reproche des choses que je fais moi-même (elle pense que je ressens forcément comme elle / je voudrais qu’elle fonctionne comme moi.) et ça aussi m’énerve beaucoup. Pour finir, ce qui m’énerve dans mon énervement; c’est que quand je suis dans cet état (énervement-fatigue-frustration) je suis incapable de l’expliquer. Du coup elle voit bien que je suis énervée mais ne sait pas exactement pourquoi, donc ça ne risque pas de changer... Bien sûr, je pourrais en reparler après coup. Mais il y a 2-3 freins. D’abord une difficulté à m’exprimer sur de tels ressentis et une peur que ce ressenti soit nié (elle excelle dans : « Mais non ce n’est pas ce que j’ai voulu faire/dire, tu m’as mal comprise ») et puis une contradiction de cette pratique (reparler de ce qui est mal passé calmement plus tard) avec ma manière de penser (laisser le négatif derrière.) S’il n’y avait que ce dernier point je pourrais passer outre, je le fais parfois avec des amis et ça passe très bien, parce que c’est constructif, que l’on s’écoute. Mais justement avec elle je « sais » que l’écoute ne sera pas la même, qu’elle ne va entendre que la moitié ou déformer mes propos. Je « sais » parce que j’ai déjà tenté parfois, mais c’était il y assez longtemps, je n’ai plus le courage de retenter, me confronter à un point de vue aussi radicalement opposé au mien.

(AnnickAnnouck j’ai essayé de faire comme toi car ça pourrait m’aider… Mais j’ai toujours autant de mal à exprimer de tels ressentis et à les publier… C’est terrible cette pudeur !) (Cette semaine j’ai écrit un autre article de ce type mais un  je-ne-sais-trop-quoi de honte/pudeur m’empêche de l’assumer et de le publier…)