Garder le contact, il faut.

Oui, je parle comme Yoda.

Avant de lire cet article il faut absolument lire le précédent et laisser reposer au moins une dizaine de minutes pour méditer (du genre : « et moi, il n’y aurait pas une personne que j’aime dont je n’ai plus de nouvelles, je tiens à elle et je pense souvent à elle mais je ne veux pas faire le premier pas, parce que [ce qui suit est probablement une fausse bonne raison]) S’il y en a une, vous lui écrivez. Une fois cela fait, vous pouvez venir lire la suite…

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Garder le contact…

J’en ai déjà parlé ici plusieurs fois. Pour moi l’amitié et surtout la durabilité de celle-ci dans le temps c’est compliqué. (Si vous ne voyez pas de quoi je parle je vous laisse cliquer sur le tag amitié, il y a pléthore de lectures…) (J’en ai profité pour en relire certains… Ouah, ça fait du bien…)

C’est encore plus compliqué quand il y a de la distance géographique qui s’ajoute au temps qui passe. Et encore plus compliqué quand de la souffrance se surajoute.

(Attention cet article est assez triste, à ne pas lire si vous avez le cafard… Le plus important c’est la conclusion que je résume ici : c’est important de donner / demander des nouvelles aux gens qu’on aime même s’ils ne répondent pas. Parce que ce n’est pas forcément volontaire et qu’ils sont potentiellement très seuls, dans ce cas votre message leur fera potentiellement du bien. Même s’ils ne répondent pas. « Pas de nouvelles bonnes nouvelles », c’est vrai parfois, mais c’est surtout le meilleur moyen de se donner conscience tranquille. )

J’ai inconsciemment beaucoup réfléchi à ça cet été. Parce que, avec ma grande amie d’enfance, C., ça fait plusieurs années que c’est compliqué. C’est ma première amie d’enfance, nous nous sommes connues à la maternelle et plus quittées ensuite jusqu’au collège. Nous étions très proches. Chacune donnait à l’autre ce qu’elle avait besoin (de la douceur / de l’attention / de l’écoute / de la bonne humeur), chacune comprenait ce que voulait dire et impliquait le mot handicap, chacune n’en avait rien à faire des apparences. Aucune n’avait peur de la différence. Bref, nous nous sommes bien trouvées, nous étions les meilleures amies du monde.

Mais là dessus nous avons grandi et le temps à passé. D’un côté, elle se faisait d’autres copains et copines alors que moi j’y peinais toujours autant.  De l’autre ses parents se sont séparés alors que les miens formaient toujours un couple soudé. En plus, en grandissant, nos expériences de ce handicap ont varié : elle le vivait en tant que proche, moi en tant que directement concernée, et par ailleurs, nous avons aussi pris conscience que le mot « handicap » qui nous avait soudé recouvrait différentes réalités : moi c’était destiné à aller vers le mieux, pour son frère c’était l’extrême inverse…. Puis un  de mes proches a été a malade, nouveau changement, une souffrance en plus, à prendre en compte de part et d’autre. Nous avions chacune de plus de mal à comprendre ce que vivait l’autre. Cependant, jusqu’au collège ça a tenu bon.

En 5° j’ai déménagé à plusieurs centaines de km de là, promesses d’amitié pour la vie (qui n’en a pas fait ?) promesses de visites. Là encore, ça a tenu bon, au moyen d’une correspondance épistolaire régulière (eh oui, internet n’était pas encore si développé !) et de visites chez elle. Il y a eu des déceptions C’était très difficile pour elle de quitter sa maison, j’ai mis du temps à comprendre et  accepter que son amitié pour moi ne pouvait pas égaler/dépasser son amour pour son frère au point de dépasser cette peur. Mais j’ai laissé ça de côté et ça a tenu, encore. Je suis allée la voir et le fait est que quand je lui envoyait de longs mails en 3° et 2nde parce que je n’allais pas bien et que je n’avais que ça à faire pour occupper ma solitude, elle a toujours répondu présente.

C’est pourtant là, je crois, que l’écart a commencé à se creuser. Et c’est juste après qu’il s’est matérialisé. Au lycée, j’allais moins souvent la voir et il y a la crise d’ado qu’elle a faite et pas moi. Il y a les nouvelles copines qui font aussi cette crise d’ado. Il y a toutes les expériences que nous n’avons pas pu vivre ensemble et qui changeaient notre vision du monde. Et il y a ce fossé de souffrance qui se creusait. Ma famille allait de nouveau bien, très bien, tandis que dans la sienne ça continuait à dégringoler. Forcément, elle s’est trouvé d’autres amies plus proches géographiquement qui pouvaient mieux la comprendre et la soutenir au quotidien. Mais moi j’avais du mal à m’en détacher. Et j’étais inquiète et elle ne répondait pas à cette inquiétude.

Au bout d’un moment qu’elle me renvoyait l’image d’aller si bien, alors que moi j’avais l’impression inverse, je l’ai crue. J’ai cru que cette impression venait du fait que moi-même je n’allais pas si bien et que je faisais une sorte de transfert, comme si j’avais envie qu’elle aille mal parce que j’allais mal. Ou que j’avais envie qu’elle aille mal parce que j’avais gardé l’image d’une fille qui allait mal. Et puis j’avais aussi l’impression d’un déséquilibre : forcément dans mes longs mails de solitude je lui faisais beaucoup de confidences, je m’ouvrais beaucoup à elle, elle en face me rassurait, me consolait, mais ne faisait pas autant de confidences sur elle. C’était donc difficile pour moi de savoir comment elle allait vraiment. Parfois j’étais plus insistante, plus explicite dans mes inquiétudes, elle n’y répondait pas. Elle répondait « à côté de la plaque », au reste du mail mais pas celle-là, comme si elle n’avait jamais existé. Elle me disait je vais bien. Elle me parlait de ses voyages, de ses sorties, de ses loisirs. J’ai donc tu mes inquiétudes et décidé de lui faire confiance : elle va bien, c’est super, je me réjouis pour elle.

Et ayant de nouvelles amies moi aussi, j’ai pris de la distance, j’ai suivi son attitude, je me suis détachée. J’ai décidé que je lui donnerai autant que ce qu’elle me donnerait, pas plus, pas moins. Un mail = un mail. En fait, j’ai surtout calqué le fonctionnement de mes autres amitiés sur celle-ci. C’est une époque où je réfléchissais aux amitiés toxiques, je me rappelais cette « copine » qui m’avait vampirisée sans donner de contre-partie et j’avais l’impression que c’était la même chose quand j’écrivais de longs mails auxquels elle ne répondait qu’à moitié, voire auxquels elle ne répondait pas du tout, quand j’étais sans cesse à faire le premier pas, j’ai pensé que finalement elle ne tenait plus à moi, qu’elle avait d’autres amies et donc n’avait plus/pas besoin de moi. Dire un mail = un mail était tellement plus facile.

Je ne saurais  jamais si certaines de mes inquiétudes étaient fondées (a-t-elle eu, comme je le pense, un trouble du comportement alimentaire qui a été stoppé avant que ça ne soit trop alarmant/trop tard ?) Je ne saurais jamais si il y a vraiment une époque où elle allait bien et que je m’inquiétais dans le vide. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que ce n’est plus le cas. Elle donne toujours cette impression dans ses (très rares) messages mais tous les autres signaux que je reçois me disent le contraire. Elle ne sait pas où elle est, elle ne sait pas où elle va.

J’en ai parlé avec ma sœur aussi, cet été. Elle est amie avec son frère, ils se voient et s’écrivent encore de temps en temps. Mais elle aussi a du mal à savoir où placer le curseur : je m’inquiète trop / je ne donne pas assez de nouvelles. Elle aussi a du mal à redonner encore des nouvelles même si elle n’en reçoit pas. Mais parfois elle en a. Et ces rares fois lui renvoient l’image de quelqu’un et d’une famille qui ne va pas bien. De quelqu’un et d’une famille qui est isolée. Elle a l’impression que nous sommes parmi leurs rares amis. Alors elle a conclu que même si c’est dur c’est important. Important d’envoyer des nouvelles et d’en demander. Pour garder le contact, juste garder le contact. Pour dire qu’on pense à eux, parce que oui, on pense à eux. Pour qu’ils se sentent moins seuls. Pour creuser un peu moins le fossé, au moins un tout petit peu moins.

Toutefois, nous savons que la mère va très mal, elle a vu le père et le fils, qui semblent donc isolés et n’aller pas si bien, elle ne l’a pas vue elle. Peut-on généraliser ? Mais comment pourrait-elle aller bien alors que tout va mal autour ? Même si elle s’est maintenant éloignée géographiquement ça me semble difficile. Ce toutefois est une sorte de déni, en fait…

Alors maintenant que je me sens beaucoup plus stable en amitié, j’ai refait un premier pas. J’ai renvoyé un mail, j’espère recevoir un mail de réponse, mais peut-être que ça ne sera pas le cas. Tant pis, dans quelques mois, quand je penserais de nouveau fort à elle, je lui en reverrait un. Parce que de toute façon je ne pourrai pas m’empêcher de penser fort à elle et parce que ce n’est pas parce qu’elle ne répond pas que ça ne lui est pas important. Si ça se trouve elle ne sait juste pas quoi répondre, parce que le fossé s’est creusé et qu’il lui semble insurmontable et parce que quand ça va mal, parfois on a pas grand chose à dire (et tout semble plus insurmontable encore). Surtout quand on veut faire semblant. Je vais continuer de lui envoyer des mails de temps en temps et peut-être un jour j’aurais une réponse. Peut-être qu’un jour j’aurais la preuve que ça aura servi à quelque chose.

Parce que ma grande peur c’est d’apprendre qu’elle va très mal et que je n’ai pas été là, que personne n’a été là. Parce que je ne sais pas actuellement qui elle a autour d’elle. Maintenant qu’elle aussi a déménagé pour ses études, maintenant qu’elle aussi est partie de chez ses parents, qui reste-t-il de ses anciens amis ? Parle-t-elle aux nouveaux de sa famille ? Et qui peut comprendre tout ce qu’elle a vécu, ce qu’elle vit ? Peut-être qu’il y en a, mais je ne le sais pas. Je n’ai aucun signe ni dans un sens ni dans l’autre et aucun moyen de le savoir.

Ce dont ma sœur a le plus peur, c’est de ne pas  être mise au courant quand finalement ça arrivera. Parce que oui, un jour, dans pas si longtemps sûrement, quelques années tout au plus, il mourra. Il n’est pas si vieux, mais pourtant il l’est. Quand elle m’a dit ça je me suis écriée qu’il n’y avait pas de raison, que bien sûr que si. Elle le connait, je la connais, ses parents connaissent mes parents et ils ont toutes nos coordonnées. Mais au fond, moi aussi j’ai peur. Parce que si nous ne gardons pas contact, pourquoi le feraient-ils ? Parce qu’ils connaissent tous les membres de la famille et que nous avons été amis plus de 10 ans ? Parce que nous avons été parmi leurs premiers et plus fidèles amis pendant longtemps ? C’est tentant de penser comme ça. Mais tellement facile. Pourquoi ce serait à eux de faire l’effort dans un moment si difficile ? Ils auront autre chose à faire que de rechercher les coordonnées de tous leurs anciens amis ce jour-là. Alors, oui, moi aussi ça me fait peur, moi aussi j’y avais déjà pensé.

Alors certes, envoyer ces mails sans recevoir de réponse, c’est un peu coûteux, et ça fait un peu mal à chaque fois. Parce que ça renvoie en arrière ; parce que ça signifie que le fossé est toujours là, toujours aussi grand ; parce que ça veut dire que potentiellement elle va toujours aussi mal en faisant semblant ; parce que je ne sais pas l’effet que ça lui fait ; parce que je ne sais pas quoi dire vraiment. Mais au moins quand ça arrivera et qu’ils nous le diront j’aurais un peu moins mal, un peu moins de regrets. C’est un peu égoïste, c’est un peu se donner la conscience tranquille tous les 3 mois, mais au moins ça aura servi à quelque chose.  Et je continue d’espérer que ça lui fait du bien, au moins un tout petit peu.

C’est aussi tout ce que j’ai pu lire par ici qui m’a fait y réfléchir… Tous ces gens qui racontent que la maladie / la différence les a isolés. Que d’un coup il y a des tas de gens qui ne leur ont plus donné de nouvelles. Je n’ai pas envie qu’eux vivent ça, et pourtant, manifestement ils le vivent  déjà. Je n’ai pas envie de faire partie de ces gens-là. Malheureusement je ne peux pas réduire la distance géographique. Mais je peux dire que je suis là.

Alors oui, je vais continuer à envoyer ces mails, même si elle ne répond pas. Parce que c’est important de dire que je suis toujours là et pense à elle, à eux. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, c’est juste le plus grand mensonge de l’univers. Pas de nouvelles c’est juste pas nouvelles.

De l’audace et du génie en citation

« Écartons tout ce qui peut déconcerter les audaces et casser les ailes (…) Oui, et nous revenons souvent, et nous reviendrons encore, sur cet encouragement nécessaire ; stimulation, c’est presque création ; oui, ces génies qu’on ne dépasse point on peut les égaler.

Comment ?

En étant autre.« 

C’est une citation de Victor Hugo trouvée dans un livre lu cette année (pour mes études, aucun rapport avec la poésie, ni la littérature à l’origine.)

Évidement Hugo parle ici d’art, de création et de génie artistique, mais finalement c’est pour tout pareil. On peut ne pas paraître (ou ne pas se sentir) aussi brillant(e) que ceux que l’on admire / qui sont des génies aux yeux de tous, pourtant peut-être est-on aussi bon en étant « autre », en étant finalement « nous-mêmes ».

(Bon… reste plus qu’à se l’appliquer… Facile…)

Citation pour se connaitre

(Pas besoin que je vous le dise, vous savez que c’est Lilo…)
Les relations sont sûrement le miroir dans lequel on se découvre soi-même.
Jiddu Krishnamurti

 

J’aime beaucoup, beaucoup (beaucoup), cette citation…

Je pense effectivement que nos relations nous permettent de mieux nous connaitre.

D’une part parce que nos amis nous offrent un regard extérieur et objectif. Ils voient des qualités que nous ne voyons pas et détrompent des défauts que nous pensons.

D’autre part, en fonction de notre personnalité mais aussi de notre attitude les relations que nous nouons sont différentes. Chaque personne a un cercle d’amis différent, chaque personne entretient ses relations d’une manière différente aussi. Je pense donc que chaque ami reflète une facette de nous-mêmes (nous sommes amis parce qu’il y a un point commun) et la manière dont le lien est entretenu nous révèle aussi, si on y fait attention, une part de notre état d’esprit/ psychologie.

« Le Passeur » de Lois Lowry

ATTENTION : Je ne donnerai pas la quatrième de couverture, elle dit beaucoup trop à mon goût, il ne faut pas la lire avant d’avoir lu l’histoire (heureusement pour moi ce livre était dans la bibliothèque de ma soeur et je connaissais l’auteur, je me suis donc contentée des premières lignes pour décider de me plonger dedans.)

Dans ce qui suit je ne révèle absolument pas l’histoire, je donne juste le début et mon sentiment (très positif) pour donner envie de le lire !

C’est le deuxième livre de cet auteur que je lis, c’est le deuxième que j’apprécie grandement.

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source : Babelio

Le premier, L’Elue je l’ai lu il y a plusieurs années (au collège) j’en garde un bon souvenir. Un souvenir de réflexion, de réflexion philosophique, le souvenir d’une belle histoire, le souvenir d’une héroine à laquelle je me suis pas mal identifiée (une jeune fille handicapée à la jambe qui marche donc en boitant.)

 

Dans cette seconde histoire j’ai retrouvé un autre monde inventé, une autre belle histoire, une autre réflexion philosophique, un autre héros très intéressant (même si je ne m’y suis pas autant identifié, là n’est pas l’important…)

L’histoire

Cela se passe dans un village / une communauté appartenant au futur. Dans ce monde tout est réglé, codifié. Le matin on fait telle chose, le soir telle chose, en décembre il se passe tel évènement, à huit ans on fait tel truc et à neuf tel autre truc, quand une personne dit quelque chose on doit répondre une autre chose bien précise. Bref, tout est bien codifié pour le bien-être et la sécurité de tous. C’est tout poli / polissé / lisse / neutre / bienveillant.

Et donc, ce livre raconte l’histoire d’un garçon de onze ans dans ce monde.

Pourquoi j’ai aimé et pourquoi je le conseille ?

Pendant ma lecture j’ai pensé à Descartes et ses Méditations métaphysiques, à Platon aussi. J’ai pensé à tout plein de notion abordées en Terminale pendant mon cours de philosophie ( d’ailleurs j’ai regretté de ne pas l’avoir lu cette année-là ça aurait pu nourrir bon nombre de dissertations), je me suis posée énormément de questions, je me suis révoltée un peu aussi.

L’histoire est poétique, belle, juste (dans le sens de « bien-vue »), effrayante, triste… mais surtout très philosophique.

J’avais peur de la fin, peur d’être déçue, finalement je l’ai trouvée juste parfaite, bien à l’image de toute l’histoire. C’est assez admirable de la part de l’écrivaine d’avoir réussi à me contenter pour la fin. Parce que plus j’aime un contenu, plus il est facile de me décevoir 😉

Pour finir, je le conseille à toutes les personnes qui s’interrogent sur le futur, sur la perfection, sur le passé, sur le poids de l’histoire et sur le poids des mots, sur les émotions, sur l’importance des décisions et du choix, sur le hasard, sur les émotions… (à toutes les personnes qui se questionnent donc 😉 )

Je sais que comme L’Elue il est catégorisé littérature jeunesse mais il dépasse de loin ce cadre (j’ai envie de lire tous ses autres livres… Mais je vais me laisser le temps de digérer celui-là déjà !)