Mobilité et grain de sable – 2

Dans le premier épisode j’expliquais que j’avais depuis quelques temps une douleur assez complexe, énigmatique et aléatoire à la hanche-cuisse…

Avec mon kiné on est d’accord : la douleur est créée par des contractures musculaires. Et donc le mieux viendra avec étirements et détente.

L’élément déclencheur initial était très certainement l’immobilité mais en bon grain de sable qu’il est il a grippé tout l’engrenage et c’est devenu une boule de neige avec tous les nouveaux facteurs (le relief, l’activité physique plus fréquente…) Et on arrive ainsi à la douleur « actuelle » aléatoire et complexe.

Le kiné a dit : c’est normal, avec tout le dénivelé et l’activité physique ici les muscles du devant de la cuisse sont plus sollicités donc il faut leur laisser le temps de s’adapter (en accompagnant le passage du temps par de multiples étirements quotidiens). Donc on va faire comme il a dit. (Et scrognegneugneu il faut que j’arrête les pauses prolongées de kiné et que je sois plus assidue dans mes étirements pendant les pauses.)


Cette douleur est d’un côté similaire à toutes les autres mais de l’autre très inhabituelle et déroutante. C’est une bonne occasion pour reparler de mon rapport au corps, à la douleur et à mon schéma corporel.


Le yoga le dit bien, le corps est un tout. Chaque partie est connectée à une autre. Telle partie a besoin de telle autre pour fonctionner et fait fonctionner telle autre. Le corps est un engrenage, lorsque que une partie est bancale « tout le reste » (tout, c’est peut-être exagéré, mais…) en ressent les conséquences. C’est un principe qui régit toute ma vie mais dont j’ai bien mieux pris conscience avec les séances de psychomotricité et surtout la pratique du yoga au lycée.

En effet, je l’ai déjà expliqué ici : grâce à la plasticité (la souplesse) du cerveau des nouveaux-nés, je-mon cerveau s’est adapté pour fonctionner malgré les circuits détruits par le manque d’oxygène. Les circuits se sont construits autrement. Du coup, tel muscle n’est pas actionné mais « remplacé » par tel autre. Tel geste-action ne peut pas être fait et est donc exécuté d’une manière différente (sans pour autant que j’ai forcément conscience que la manière est différente. Initialement le geste est fait ainsi par mimétisme de ce que j’ai vu autour, la conscience de la différence vient après.) Mais donc avec ce fonctionnement différent j’ai des effets « imprévus ». Le corps normal-valide n’étant pas fait pour fonctionner ainsi, il y a des effets délétères. Bref, tout ça pour dire : mon corps est un engrenage, et mon corps « malvalide » (copyright Kae Browneyes) me le démontre assez souvent. Exemple très parlant, souvent quand je reste longtemps debout le premier à protester et surtout celui qui protestera le plus longtemps, c’est le dos. Pourtant, les muscles de mon dos fonctionnent parfaitement bien. Mais entrent les muscles des membres inférieurs qui tirent le bas du dos et la compensation de la faiblesse inférieure par les bras et épaules… Le dos prend beaucoup.

MAIS cette anecdote est surtout vraie en ville / en terrain plat. Quand je suis comme ici et maintenant en terrain accidenté voire montagnard, ce sont bien les jambes qui protestent en premières !

Mon corps est un engrenage, j’en ai pris conscience au lycée avec le yoga et je l’observe souvent depuis. Cette douleur à la hanche le met encore plus en évidence. En effet il n’y a pas UN muscle (trop) contracté mais plusieurs. Un ou deux muscles se sont surcontractés au début (potentiellement les muscles spastiques et dominants), à cause de l’immobilité ils en ont entrainé d’autres autour. Tout ça forme une sorte de sac de nœuds difficile à défaire. D’où la difficulté à détendre tout ça et sentir les effets de mes étirements.

Ce n’est pas la première fois, non plus, que je rencontre ce phénomène de sac de nœuds, j’ai alors l’impression qu’en faisant tel étirement je fais du bien à un muscle mais fait du mal à un autre. Et quand je fais tel autre… bis repetita. En revanche c’est la première fois que je n’arrive même pas à sentir un bienfait (même minime, même très très minime) de mon étirement. Actuellement quand je fais l’étirement soit ça me fait « mal » (alors étirement à faire mais sans tenir, juste deux secondes on relâche, autre côté et on recommence), soit je ne ressens pas d’étirement (alors que le kiné est catégorique, le muscle est étiré, donc je fais…)

Autre fait perturbant pour moi : l’effet yo-yo. D’un jour sur l’autre ou d’une heure sur l’autre la douleur augmente et diminue en montagnes russes. Là encore, ça n’est pas la première fois que j’expérimente ce phénomène mais c’est la première fois que c’est aussi aléatoire, sans que je réussisse à établir des liens de cause à effet.

En fait, j’ai tout de même identifié des facteurs déclencheurs ou aggravants : la position assise prolongée, le froid, la descente des escaliers (donc l’extension extrême). Ces facteurs favorisent l’apparition ou l’augmentation de la douleur MAIS ça n’est pas non plus systématique. Parfois, je n’ai pas mal en descendant les escaliers (alors que je descends toujours pareil), parfois je n’ai pas mal quand il fait froid, parfois je n’ai pas aussi mal que d’autre quand je me relève… De mê me parfois j’ai plus mal d’un coup, comme ça alors qu’il n’y aucun facteur aggravant en vue. Mais – j’ai compris ça en écrivant mon premier épisode – en fait, c’est peut-être simplement la première fois que je ressens autant l’aléatoire de la spasticité. La spasticité est favorisée par le froid (et le stress et la fatigue et…) mais peut aussi se manifester à n’importe quel moment, comme ça, pouf.

Définition de la spasticité selon le Vidal : La spasticité est définie par une augmentation du réflexe tonique d’étirement, c’est à dire une contraction musculaire réflexe exagérée, déclenchée par l’étirement vif. Elle induit une hypertonie. Elle peut être à l’origine de douleurs et de spasmes et provoquer une impotence fonctionnelle des membres. Le terme de spasticité est cependant souvent employé de façon plus large pour décrire les différentes formes d’activité musculaire secondaires à une lésion du système nerveux central. (et donc, quand je parle de spasticité c’est avec cette définition large, donc une contraction musculaire exagérée déclenchée par des facteurs plus divers.)

La spasticité… ça colle assez bien avec la douleur que je ressens parfois sans prévenir et qui me fait perdre l’équilibre d’un coup parce qu’en même temps que la douleur, j’ai une grosse contracture soudaine. « Comme si » (certainement pas que comme si mais c’est trop soudain et éphémère pour que je sache précisément à quel point) ma jambe se pliait toute seule… (Et honnêtement, ça ne me gêne pas de perdre soudainement l’équilibre mais s’ils pouvaient -ces sagouins de muscles spastiques- éviter de raviver la douleur à chaque fois…)


Autre élément perturbant pour moi : l’effet paralysant du grain de sable dans l’engrenage. (Oui, on arrive à ce qui a motivé l’écriture de cet article, parler de fameux effet grain de sable sur ma mobilité, mais j’en ai profité pour démêler un peu le sac de nœuds de mes ressentis et c’est pas plus mal…)

Encore une fois, ça n’est pas la première fois que je le remarque mais actuellement c’est plus intense, plus flagrant. Il suffit d’un élément inhabituel, un élément supplémentaire, pour que je perde les repères de mon corps et de la manière dont je dois/il doit bouger. Cet élément perturbateur peut être un sac à porter / une position inhabituelle (dans le bus par exemple, une position que je n’aurais pas prise par moi-même mais que le contexte m’a forcée à prendre et que du coup je ne sais plus comment en sortir, je bafouille gestuellement.) ou une douleur. (Attention, c’est assez aléatoire là-aussi, parfois ça me perturbe mais parfois non, ce n’est pas systématique ! Heureusement pour moi je ne perds pas les repères de mon corps à chaque fois que je porte un lourd bagage ni pendant toute la durée du trajet !)

Donc, en ce moment, cet effet grain de sable se fait particulièrement sentir. Quand je descend les trois marches de mon perron je suis obligée de me tenir au mur parce que je ne sais pas comment descendre sinon. Vraiment c’est de la sphère du « savoir », on n’est même pas à la peur de perdre l’équilibre. Je ne sais pas, parce que à ce moment-là je n’ai pas d’équilibre, à ce moment-là je ne sais pas comment descendre ma jambe autrement qu’en décomposant le mouvement et en appuyant exagérément sur l’autre.

Et en ce moment il y en a plusieurs de gestes que je sais faire habituellement et que temporairement et soudainement je n’arrive plus à faire, à cause de cette douleur. Pourtant je sais bien comment on fait. Mais je ne peux pas / sais pas faire.

Chose très perturbante d’ailleurs : l’incapacité peut disparaitre d’un bout de mouvement à l’autre, je boite en trainant la jambe sur 3 pas et d’un coup les 3 pas suivants j’arrive à les faire normalement. Du coup je suis incapable de savoir si je ne sais pas faire le mouvement parce que psychologiquement inconsciemment je bloque à cause de la douleur (« je ne veux pas faire je vais avoir mal ») ou si physiquement je suis bloquée et que ça se débloque d’un coup. Ou si, à chaque fois, j’ai besoin de quelques pas pour faire « comme il faut ». A chaque fois que le déblocage se produit j’ai l’impression que « ah mais oui, il suffisait de faire comme ça, ça fonctionne mieux » alors que la seconde d’avant je ne voyais strictement pas d’autre solution que de trainer le pied en laissant glisser par terre (je n’imagine pas non plus pouvoir sauter à cloche-pied à ce moment-là, alors que sur le pied gauche je pourrais largement).

De même quand je descends un escalier, les premières marches sont souvent très laborieuses à descendre un pied puis l’autre sur la même marche puis d’un coup je peux le descendre normalement en alternant (là pour le coup, je pense qu’il y a une histoire de détente, je me détends peu à peu que je descends l’escalier en mobilisant différents muscles ; par contre pour le premier cas de figure je ne comprends pas…)

Lorsque j’ai commencé à écrire ces articles (« le grain de sable » 1 puis 2) la situation n°1 me perturbait beaucoup. Je me répète je sais, mais bien que ce ne soit pas la première fois qu’une douleur « locale » peut me gêner dans mon aisance corporelle globale, c’est la première fois que c’est aussi fort. C’est la première fois qu’une douleur me paralyse ainsi au sens propre (d’autant que je me souvienne en tout cas) et clairement ça m’a fait tout bizarre, un peu peur, même. Parce que incompréhensible et inexplicable. Pourtant j’ai tout de suite su que ce n’était que mécanique, purement lié à la douleur et/ou la contracture et que le règlement de ces-dernières réglerait le problème mécanique. Mais je ne suis pas habituée à cet écart soudain entre mobilité et paralysie, d’habitude j’ai le temps de voir venir et j’ai une cause, une vraie…

En écrivant j’ai un peu mieux cerné ce qu’il se passe et donc je tolère mieux. Je trouve ça même « rassurant » : ça prouve que ça peut revenir, que c’est vraiment qu’un mécanisme grippé. En plus, c’est aussi plus pratique, je ne pourrais pas passer ma journée à travailler en trainant le pied…

Publicités

2 réflexions sur “Mobilité et grain de sable – 2

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s