La kiné – 4 : parlons « choix » et « détente »

[Cet article continue une série commencée ici.]

J’en suis à mon cinquième déménagement « conscient » (dont j’ai des souvenirs), j’ai ainsi pu observer la difficulté du changement de kiné.

Pour planter un peu le décor… Les changements en résumé :

  1. Village (kiné en libéral puis Sessad avec suivi spé dans GrandeVille)
    • déménagement
  2. Ville (3 essais de kiné en libéral et médecin spé puis suivi Sessad)
    • déménagement
  3. Paris logements 1&2 ( premier kiné puis remplacé puis s’en va, interruption, 1 essai kiné, interruption, 2° essai kiné, déménagement-interruption)
    • déménagement
  4. Paris logement 3 (actuel) : nouveau kiné

Bref, mon suivi a été assez stable pendant mes années maternelle et primaire mais s’est complexifié ensuite. J’ai bien galéré à trouver un kiné qui me satisfasse en Ville pendant mes années collège et lycée. En fait, je n’ai pas trouvé, heureusement que le Sessad a mis de l’ordre dans tout ça…

En arrivant à Paris j’ai eu une chance immense en trouvant le bon kiné du premier coup, à moins de 500m de chez moi… J’ai eu de la chance que sa remplaçante (trouvée en urgence) soit aussi « bien ». Je n’ai véritablement mesuré cette chance que quand celle-ci est partie et que j’ai de nouveau galéré à trouvé un kiné qui me convienne…  Bref, en fait j’ai arrêté (j’en parlais ici), longtemps (j’en parlais là) puis j’ai essayé de reprendre.

Cette reprise s’est terminée sur un bilan très mitigé, limite négatif. J’avais de nouveau arrêté par manque de temps et de motivation (non pour l’idée-même d’avoir des séances de kiné, mais plus pour la recherche du « bon kiné »). Puis j’avais repris avec un nouveau kiné, dont j’étais assez contente, sans oser vraiment me prononcer vraiment par peur d’être déçue ensuite. Maintenant, avec le recul, je me dis que j’ai agi ainsi comme j’avais fait en Ville. Je n’étais toujours pas véritablement satisfaite mais je restais par ras-le-bol de la recherche, c’était le « moins mauvais », il était « assez bien » en comparaison. J’avais l’impression de ne pas pouvoir trouver mieux. On sait ce qu’on quitte, pas ce qu’on trouve…

Le déménagement de cet été m’a offert une bonne occasion (obligation) de chercher de nouveau. Souhaitant éviter l’errance, j’ai demandé conseil (une recommandation) à une asso spécialisée de l’Infirmité Motrice Cérébrale présente sur Internet… et dans mon arrondissement. Honnêtement je n’y croyais pas vraiment mais qui ne tente rien n’a rien… et, miracle, ça a marché !

Même mieux que ça, j’ai trouvé LA bonne kiné. Il faut que je m’en souvienne pour la prochaine fois, quand on trouve LE bon soignant, le doute n’est plus possible. (Bon, ceci dit, ça n’empêchera pas de souffrir de l’errance avant de trouver LE bon ou de souffrir de l’incertitude de trouver LE bon.)


Qu’est-ce que le « bon » kiné ?

[Tout ce qui suit s’applique à tout soignant]

Il y a d’abord la compétence bien sûr. J’ai besoin d’un kiné qui connait ma pathologie pour pouvoir la prendre en charge comme il convient. Mais pas que. Le subjectif entre aussi en compte.

En Ville, avant même la compétence, ce qui ne convenait pas était la méthode. Les kinés prenaient plusieurs patients en même temps (ce qui est illégal, en passant) et me laissaient donc gérer mes étirements par moi-même, en passant de temps en temps superviser. Well, le kiné-superviseur ça convient peut-être à ceux qui viennent faire de la remise en forme ou réparer une cheville (quoique j’ai comme des doutes pour ces-derniers) mais moi ce n’est pas du tout ce que je recherche. S’il me suffisait de faire des auto-étirements pour aller bien, je le ferai toute seule chez moi, hein. Or, le problème c’est bien précisément que les auto-étirements ne suffisent pas, il y a des muscles que je ne PEUX PAS étirer toute seule. Parce qu’en étirant le muscle il faut aussi contrôler l’axe de la hanche, la position de la deuxième jambe et pour ça il vaut mieux que l’œil soit extérieur (surtout quand il y a des troubles de la proprioception, ahem). Bref. Tout un bazar. Et qu’en plus ce muscle est super puissant, donc difficile à étirer… Donc, je disais, le kiné-superviseur ne m’intéresse pas, au-delà de la compétence (que je n’ai pas pu évaluer chez eux, notez-bien), la méthode de travail compte.

Les kinés ne peuvent pas être spécialisés en toutes les pathologies. Donc le bon kiné ne sera pas forcément le même pour tous, même en étant compétent et respectueux. Par contre, je pense que le kiné-superviseur n’est un bon kiné pour personne ; il est plus proche du coach de sport que du kiné… Voilà, c’est dit. (Ouais parce que bon, les gens qui viennent chez le kiné faire de la muscu… Bon, sinon y a la salle de sport, hein. Certes, c’est payant. M’enfin, le kiné normalement c’est médical, hein.) (Oui, j’en ai vu en Ville des gens qui vont chez le kiné presque comme si c’était une salle de sport / des kinés qui ont une véritable salle de sport dans leur cabinet… ).


Le 3° critère est bien plus personnel, individuel, presque aléatoire. Il s’agit du contact.

Le contact est très important, c’est ce qui permet d’être pleinement en confiance et donc de tirer le meilleur du soin.

  • Lorsque le contact est bon et que la confiance est installée, la détente nécessaire aux étirements est plus facile.
  • Lorsque le contact est bon et que la confiance est installée on peut plus facilement dialoguer à propos de nos attentes, de ce qui va ou pas.
  • Lorsque le contact est bon et la confiance installée la séance de kiné perd son aspect de corvée/obligation et devient un moment de plaisir/bien-être. Un moment de soin, dans toutes ses dimensions. (Or on sait bien que le plaisir est important dans l’observance d’un traitement…)

Relation de soin et détente

La relation avec le/la kiné est primordiale. Ce n’est qu’avec le recul que je comprends tout ce qui s’est vraiment passé avec cette kiné. Ce n’est qu’avec le recul que je comprends pourquoi ça n’a pas marché (et ça ne pouvait pas marcher…)

Plusieurs fois par séance elle disait « détendez-vous », « laissez-vous faire ». Ces phrases je ne les entendais pas pour la première fois. Parce que pour étirer, il faut effectivement que je laisse faire. Parce que ça fait partie de ce que l’on apprend plus ou moins tacitement dans son enfance remplie de séances de kiné.

Pourtant lorsque je l’entendais, ça m’énervait sans que je réussisse vraiment à comprendre. ça m’énervait parce que « mais oui mais là je suis détendue ! » « tu te répètes tu vois bien que ça ne marche pas » [in peto].
Mais je ne disais rien, parce que, justement, ce n’était pas la première fois, et il était bien possible que je ne sois pas suffisamment détendue… mais… je ne voyais pas comment faire mieux.

Ce n’est qu’avec le recul que je vois pourquoi c’est un problème. Cette phrase on me l’a déjà dite, oui. Mais pas répétée et répétée. Mes autres kinés parisiens n’avaient pas besoin de me le dire et de le répéter. Une fois ou deux en début de séance, sûrement oui, le temps de se mettre dans le bain. Mais pas de manière répétée, pour chaque muscle/étirement (ou presque). Et pas sans que j’ai l’impression de ne rien pouvoir y faire.

Bref, chez cette kiné je n’étais pas détendue. Chez cette kiné, visiblement j’avais du mal à me laisser faire (alors que pourtant sur le moment j’en avais l’impression). Le contact ne passait assez bien, elle n’a pas réussit à me mettre en confiance (et ça c’est son boulot, pas le mien).

La manière de dire et l’ambiance jouent sans doute aussi. Avec ma kiné actuelle et avec le précédent, tout se faisait dans la bonne humeur, la détente. Il y a une sorte de camaraderie qui s’établit. (« Une sorte de » parce que je fais et dis avec eux des choses que je ne ferais pas /dirais pas avec des amis et inversement. C’est une relation de soin avant d’être une amitié.)
Avec cette kiné, il n’y avait pas cette bonne ambiance. C’était sérieux, froid et distant. J’ai toujours considéré et dit que c’était son caractère et pas grave, le plus important c’est le soin je ne suis pas là pour me faire une amie. Alors, certes je ne suis pas là pour me faire une amie. Mais en fait j’ai besoin de cette camaraderie pour être détendue. Dans le froid et le silence je ne peux pas. (Peut-être que ça convient à d’autres ou peut-être que le courant passait mieux avec d’autres. Ce qui est sûre c’est qu’elle n’était pas la bonne kiné pour moi, tant pour la compétence sur ma pathologie que sur le contact).


On a parlé « détente » avec ma nouvelle kiné. (C’est un sujet que j’avais abordé là) (ici aussi). Elle trouve que j’ai du mal à me détendre, à laisser faire. C’est vrai que je suis très crispée comme fille. On avait vu ça lors des séances de psychomotricité, je me crispe beaucoup (surtout au niveau des épaules et de la mâchoire… mais bon, un peu partout). Je suis une fille très calme justement parce que je sais très bien tout intérioriser, mais du coup j’exprime mon stress par des crispations.

Pourtant j’étais étonnée quand elle me l’a dit, j’étais assurée de savoir-faire, me détendre pour laisser faire le kiné. J’ai l’habitude des kinés et des étirements, j’ai l’habitude qu’il me manipule, j’ai l’habitude et même je suis là pour ça, volontairement ! En y réfléchissant, pourtant, ce n’est pas si étonnant. D’une part, j’ai certainement un peu oublié depuis que la remplaçante parisienne est partie. Oublié comment faire pour se détendre vraiment. Oublié aussi comment c’était pendant mes débuts avec le kiné parisien. Peut-être, certainement, que je n’étais pas détendue les premières séances non plus, le temps de faire connaissance.

C’est logique de ne pas se laisser-faire tout de suite, d’avoir besoin de faire connaissance, d’avoir besoin d’avoir un lien de confiance. C’est logique d’avoir besoin de temps pour se mettre dans le bain en début de séance. Quand je marche je porte moi-même mon corps, je n’arrive pas directement à un corps détendu qui se laisse porter ! Avec ma kiné, en en discutant, on est tombées d’accord, les gens qui y parviennent en une seconde doivent être rares, voire très rares. Bref, je suis normale, quoi. Normale et un peu crispée ^^.


(Toutes ces réflexions sur la détente me font repenser à la spasticité que j’ai tant de mal à définir. J’ai recommencé à faire des recherches et trouvé des trucs intéressants (et je comprends mieux ce que je lis que la dernière fois que j’avais cherché ^^) Donc, je devrais écrire sur le sujet un jour ou l’autre…)

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