Garder le contact, encore

Pour le rappel, s’il y a des gens que vous appréciez -voire que vous aimez beaucoup- à qui vous n’écrivez/parlez plus depuis des mois/années mais que ça vous trotte dans la tête…  Écrivez-leur, parlez-leur. Encore plus si vous les savez dans une situation de vulnérabilité, dans une passe difficile. Oui, c’est dur de trouver les mots quand un fossé d’absence, de douleur, de distance, s’est creusé. Mais c’est vital. Et même juste un petit mot pour l’anniversaire ça compte – « J’espère que tu vas bien, je ne t’écris pas souvent mais je pense à toi, je te souhaite un bon anniversaire » – ça compte. ça peut même être un très bon compromis si vous n’osez pas plus, si vous avez peur d’être déplacé, si vous n’avez pas l’énergie ou les moyens de vous investir plus, etc. Parce qu’un petit mot comme ça c’est une pensée,  et quand en plus ce petit mot est répété tout les ans,  c’est comme un signe de pensée sincère  pour celui qui se sent oublié ou illégitime, c’est de la stabilité, c’est le meilleur moyen de contrer le petit démon qui lui dit que « tu es nul, tu ne comptes pour personne, personne ne veut de toi pour ami/amie. » C’est une personne vers qui on peut se tourner le jour où on a besoin. Peut-être que pour l’instant la personne ne répond pas, parce qu’elle ne veut pas ou ne peut pas, ne s’en sent pas capable, pas digne, peut-être que pour elle c’est encore plus dur de sauter le fossé du temps, de l’espace, de l’isolement, de la souffrance. Mais peut-être qu’un jour elle osera enfin, encouragée par votre ténacité, votre stabilité, votre fidélité. (Et ce jour-là, croyez-moi, est extrêmement précieux.)

J’en avais déjà parlé ici et . Hé bien, après quelques heures passées ensemble je persiste et je signe. J’ai passé quelques heures avec C. C’était bien, triste et joyeux, surtout bien (après avoir cherché pendant des heures le mot juste, le meilleur reste « bien » ou « précieux » aussi.)

Je les appréhendais ces quelques heures. Beaucoup.

Parce que ça faisait tellement longtemps que nous ne nous étions pas vues en chair et en os. Parce que c’est tellement plus facile de se parler par écrit avec écran interposé. Parce que les dernières fois où nous nous étions vues je l’avais plutôt mal vécu… Pas grand chose à se raconter, ou peut-être aussi une difficulté à échanger sans êtres seules toutes les deux.

J’avais peur du décalage. (Le décalage entre réalité et illusion dont je parlais là) Je me suis beaucoup répétée avant d’arriver qu’elle n’était pas forcément comme ci ou comme ça. Que ça c’était mon imagination, ci ce qu’elle écrit, et ça ce que j’avais vu la dernière fois. Et donc, que je pouvais trouver encore autre chose que tout ceci.

Et effectivement c’est ce que j’ai trouvé, un savant mélange de choses connues/attendues et de choses auxquelles je ne m’attendais pas, positives comme négatives. Des choses pour lesquelles je pensais me faire des films et en fait non, des évolutions que je n’avais pas imaginées – mais c’est normal, c’est juste la vie qui passe et l’écrit ne suffit pas à tout raconter.

Finalement, dans mes mails il y a au moins quelque chose sur lequel je ne me suis absolument pas trompée : nous avons encore beaucoup, beaucoup à nous dire.

J’avais peur qu’il y ait des blancs partout, j’avais peur que cela ne dure qu’une heure alors que je rêvais de tellement plus…. Ça a duré 4 heures et si ça n’avait tenu qu’à nous on aurait pu discuter encore longtemps.

Nous avons beaucoup parlé, de choses anodines et d’autres moins. Nous avons pris des nouvelles basiques et plus encore. Nous avons discuté de certains sujets sensibles, ce que je n’aurais pas cru possible, et il y a eu des confidences que je ne croyais plus possibles.

Ces quelques heures ont aussi été hélas l’occasion de refaire surgir la peur du jour où tout explose, du jour où tout s’effondre. Ça fait partie des choses qui étaient attendues, parce que non il n’y a pas de miracle, le temps continue à passer. Ça a juste était beaucoup plus direct et explicite que ce que je pensais. Parce que la peur de ce jour, ce n’est pas chez moi qu’elle est la plus présente, cette peur ce n’est pas pour moi qu’elle est la plus dure.

Surtout, ces quelques heures ont tellement importantes pour moi pour savoir que oui, mes messages lui sont importants, si j’avais encore besoin d’une confirmation; elle a été dite – à peine voilée – plusieurs fois.

Ça a aussi été l’occasion de vérifier que oui, ce n’est vraiment pas une relation à sens unique. En effet, j’écris plus souvent. En effet, en ce moment notre amitié lui est très importante parce que je suis un des derniers contacts extérieurs qui lui reste. Mais pour moi aussi elle est très importante ne serait-ce que parce que c’est la première qui a bien voulu être mon amie, ne serait-ce que parce que c’est une amitié ancienne, avec tout ce que cela porte de symbolique. Elle m’apporte aussi beaucoup, elle m’a apporté beaucoup pendant ces quelques heures. Je ne pense pas seulement aux compliments (qui font plaisir…et qui me montrent mes qualités à moi qui ait tant de mal à les voir) mais aussi aux réflexions qu’elle m’oblige à avoir, à sa vision différente et tout ce qui est indicible mais bien là. Ce n’est pas une amitié exclusive donc, il y a bien échange. En revanche, je suis bien un des derniers contacts qui lui reste et j’ai bien l’intention de continuer à m’accrocher, d’autant plus que je sais qu’elle redoute l’inverse. D’autant plus qu’elle a reconnu son tort, son défaut,  son silence et sa difficulté à garder contact. D’autant plus qu’elle m’a dit combien il était difficile pour elle de tendre la main ou même d’accepter une invitation.

Ces quelques heures ont été très belles, c’est l’après qui est dur, avec toutes les émotions réveillées, mais le moment lui était juste beau et important et heureux. C’est dur à écrire maintenant mais j’étais vraiment heureuse à la fin de la journée, très heureuse même. Je ne m’attendais pas à un tel retour de bâton d’émotions. (J’espère qu’en lisant cet article vous ne pleurerez pas autant que moi en l’écrivant…)

Je suis triste de la savoir dans cet état, triste que la vie ne soit pas un conte où tout finit par s’arranger.

Mais je suis heureuse de l’avoir vue (enfin), heureuse que l’amitié perdure malgré tout, heureuse qu’elle ose enfin tendre un peu la main, heureuse qu’elle ait enfin dit ce que j’attendais depuis tellement longtemps.  Tout ce qui peut être positif dans cette situation l’est. Voilà, on va dire ça comme ça.

Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez !

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2 réflexions sur “Garder le contact, encore

  1. Ping : Petits bonheurs janvier, février et mars – Crevette de Mars

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