Retour dans le bazar

Je ne sais pas trop par quoi commencer. C’est comme tous les articles que j’ai  » raté » pendant l’été. Je sais pertinemment que je ne rattraperai pas tout et pourtant j’aimerais tellement ! Mais je vais être obligée de faire une sélection… Pareil pour les choses à dire : il y  en aurait tellement, ça se bouscule au portillon, mais je vais naturellement faire une sélection. Comme annoncé dans le titre il va falloir vous accrocher un peu pour suivre, c’est un peu le bazar…

Je suis partie en été avec une grande résolution, quasiment une injonction : ne pas penser à la rentrée, ne pas se prendre la tête avec… Bien évidement, comme toute injonction, ça n’a pas fonctionné. Je le savais, bien sûr, que ça ne fonctionnerait pas tout à fait, mais j’avais espoir qu’au moins un petit peu… Bilan : il y a eu quelques jours de vrais lâcher-prise et bonheur éparpillés pendant l’été mais une majorité de jours entâchés de mélancolie, renâclement, stress prématuré. (À quoi ça sert de stresser deux mois à l’avance, je me demande bien !)

Je savais bien que je penserais forcément à l’année passée et l’année qui vient à cause des félicitations des gens et de leurs questions. Savoir où on en est dans les études c’est un rituel obligatoire lorsque l’on retrouve des gens pas vues depuis un bout de temps (par exemple, un an). Déjà rien que pour ça, la première semaine de mon départ c’était foutu pour la tranquillité d’esprit. Mais bon à la limite, à ce moment-là j’étais encore occupée à digérer, donc bon.

Sauf qu’après nous avons encore pas mal bougé. Donc à chaque fois (tous les 7 jours environ) il fallait de nouveau expliquer, écouter les félicitations.

(Parenthèse –

Ces félicitations, je n’ai toujours pas l’impression de les mériter. Je suis contente de ce que je vais faire cette année mais je ne me sens pas à ma place, pas légitime, complétement catapultée.

fin de la parenthèse.)

Et puis à chaque fois entendre la version de mes parents (qui n’est évidemment pas tout à fait la mienne. Cela aussi m’a pas mal affectée. Malgré mes tentatives d’explications de ma vision ils restent complètement bornés sur la leur. J’avais l’impression qu’ils écoutaient / entendaient que la première partie de ma phrase / de mon discours. La deuxième (qui ne colle pas avec ce qu’ils ont envie d’entendre) était éclipsée voire oubliée. Je ne suis pas sûre qu’ils aient compris pourquoi je voulais partir de l’Ecole, qu’ils aient compris à quel point cette année m’avaient fatiguée. Pourtant je pensais que certains de mes coups de téléphone (vers la fin de l’année, le rendu du mémoire) avaient été suffisamment explicites. Ils se sont d’ailleurs bien inquiétés alors et je n’ai rien fait (il me semble) pour les rassurer. Alors que pourtant ça ne me plaisait pas qu’ils s’inquiètent ainsi, qu’ils s’inquiètent autant.

Peut-être que j’ai tort, peut-être qu’ils se rappellent, qu’ils ont compris. Mais alors pourquoi se comportent-ils comme si tout allait s’arranger d’un coup ? Comme si cette année à venir ce serait forcément différent ? Je crois qu’ils sont convaincus que le coup de baguette qui va tout changer ce sont les aménagements. Or, je ne suis pas d’accord, pour moi, c’est bancal. Ça aussi je croyais leur avoir expliqué, ne l’ont-ils pas retenu ? Ne l’ai-je pas assez dit ? Ou est-ce parce que leur vision des aménagements diverge trop de la mienne (il ne me semblait pas pourtant. Je croyais que ma mère avait compris le problème du revers de la médaille) ?
Ou alors c’est à cause de la distance : ils ont cru que ces quelques coups de téléphone n’était le reflet que d’une fatigue intense certes, mais passagère, dont on se remet facilement et vite. (Cela ne me réconcilie pas avec le téléphone…) Ou alors c’est parce que je les ai habitué à me relever toujours. Ou alors, je me trompe, ils n’ont pas oublié, mais cherchent seulement à me pousser vers ce qui leur semble le mieux en m’encourageant  ? (Dans ce cas, c’est maladroit, j’ai l’impression de ne pas âtre entendue.)

Ou alors peut-être que c’est moi qui me trompe (Mais peut-on se tromper sur son ressenti ? Annick ((et les autres aussi évidemment)), j’aimerais bien ton ((votre)) avis sur la question). Peut-être qu’ils se souviennent et ont compris. Peut-être que j’en fait tout un pataquès alors qu’effectivement c’est derrière et tout va mieux se passer ? Peut-être que j’ai généralisé la fatigue de la fin de l’année à l’entièreté de celle-ci mais qu’au fond ce n’était pas si terrible ? J’ai toujours très peur de ce type de réécriture de l’histoire a posteriori. Mais dans la plupart des cas j’ai justement tendance à oublier ce qui justement a été très douloureux / difficile. C’est souvent génial mais là ça ne m’aide pas, j’ai l’impression d’exagérer.

Bon, et puis de toute façon que la fatigue est été seulement concentrée en fin d’année ou générale, qu’est-ce que cela change vu l’état -psychologique- dans lequel ça m’a mis, dans lequel ça me met ?

Peut-être aussi que je me trompe, que rajouter de nouveaux aménagements va tout changer, tout arranger.

C’est peut-être là que le bât blesse. C’est peut-être là que je ne leur explique pas assez. Sauf que le manque de confiance en moi ils le connaissent ! … Mais le sentiment d’illégitimité moins. Je m’en suis aperçue cet été en parlant avec ma mère de tout autre chose me concernant (un autre domaine dans lequel eux et moi sommes en décalage.) Effectivement, ils n’ont certainement pas conscience de ça. Ou du moins, pas de son ampleur. Mais sur ça nous sommes tellement en décalage que je ne vois même pas comment leur expliquer. Je sais qu’ils me donneront une version opposée à la mienne, en bloc « bien sûr que si tu es légitime » mais sans m’écouter. En tout cas sans m’en donner l’impression. ça ne me donne pas du tout envie d’en parler…

M’ouvrir pour exprimer mon ressenti est un gros effort. Ici déjà, ailleurs -avec les gens que je connais en chair et en os- encore plus. Donc si c’est pour me faire rembarrer ou récolter du vent… Non merci.

La confiance, la légitimité, c’est pareil. Les gens voient un « manque », ils font comme si d’un coup, du jour au lendemain, ça allait s’arranger, on allait tout d’un coup avoir une confiance en béton. Pour ceux qu’ils l’ont déjà c’est facile à dire, ils ne semblent pas réaliser à quel point c’est long et fastidieux. C’est comme ma directrice de recherche qui me dit « il faut prendre confiance en soi » Ah bah oui, merci. Le problème c’est que la pression, les gueulantes pendant l’année ça n’aide pas à aller dans ce sens. Ce ne sont pas les quelques compliments de fin d’année (au milieu des évidentes critiques) qui vont arranger d’un coup les choses. (Ai-je finalement publié l’article dans lequel j’en parlais ? Non. Trop geignard. Et même pas fini…)

C’est un problème ça aussi. Je renâcle tellement de choses que parfois j’ai l’impression d’avoir dit alors que ce n’est pas le cas. Ou alors j’ai l’impression de l’avoir répété et répété alors que si ça se trouve je ne l’ai dit qu’une ou deux fois. Ou alors dix fois mais à des personnes différentes ! Et puis moi qui a une assez grande mémoire pour ce genre de choses, on me dit un truc une fois ou deux, ça y est c’est gravé. Sauf que tout le monde ne fonctionne pas comme ça, loin de là. Notamment mes parents.

Bref, voilà une partie de tout ce que j’ai ressassé cet été.

En plus évidemment d’autres trucs se sont rajoutés : ma mère s’est blessée (rien de grave mais long, douloureux, envahissant), ça m’a fait réfléchir à ma relation à elle mais aussi à ma  relation à la douleur, ça a attisé certaines tensions familiales. Et certaines de mes angoisses personnelles (« Mais qui va bien dans cette famille ? » Cet été manifestement personne. A moins que ce ne soit le filtre de mes émotions qui me joue des tours.) Et puis des nouvelles de tas de gens (famille, amis) qui ne vont pas bien.
La blessure de ma mère a eu aussi pour conséquence d’entraver nos projets, notre liberté de mouvement. Nous n’avons pas fait tout ce qui était prévu, nous n’avons pas eu les activités habituelles des vacances… Cette inaction forcée et le mal-être de ma mère ont bien évidemment accentué ma morosité. Moins tu bouges plus tu réfléchis et ressasse. Plus les autres autour vont mal, plus il est difficile d’aller bien. Les plus belles journées de ces vacances ont été les journées les plus actives…

Bien entendu, sinon ça ne serait pas moi, il faut rajouter là-dessus un ou deux soupçons de culpabilité. « J’aurais pu mieux profiter de ces vacances si je n’avais pas ressassé autant. »

Bref, ça n’a pas été mon meilleur été, il a été loin d’être aussi reposant et calmant que je l’aurais voulu. Heureusement il y a eu tout de même de belles choses et notamment ces quelques derniers jours (J’ai dit au moins 3 fois merci -j’ai compté- et remercié mille autres fois subliminalement par les mots, les gestes et tout. Pourtant j’aimerais encore le dire -même si je sais qu’ils ne me lisent pas- MERCI C. et E. pour cette semaine formidable.)

Et il me reste encore deux semaines ….

NB : Merci à ceux qui ont eu le courage de lire jusqu’au bout. Désolée pour la grammaire qui laisse à désirer. Je pense que j’ai dû m’emmêler plusieurs fois entre temps passés et présents, c’est parce que ce n’est pas toujours clair. Il y a certains trucs (des ressentis notamment) je ne sais pas encore bien s’ils sont derrière moi ou pas. Par exemple je redoute un peu un rendez-vous amical de demain parce que je ne sais pas encore bien ce que je veux y exprimer ou pas…

Bref, je suis revenue… Je vous parlerai bientôt de mes petits bonheurs estivaux (souvent gustatifs), de mes lectures. Je vais essayer de déterrer des brouillons d’avant l’été, il y avait des choses intéressantes je crois bien (mais je trouve toujours difficile de renouer avec les pensées anciennes…)

Vous m’avez manqué. Le début a été dur mais ça m’a fait énormément de bien d’écrire tout ça !

 

4 réflexions sur “Retour dans le bazar

  1. Je suis très contente de te retrouver, de te lire. Tu as ressassé mais regarde tu as écrit un article qui a posé tout ce ressassement, donc c’était nécessaire et maintenant dans les semaines à venir tu devrais pouvoir avancer. Quant à ce décalage de ta vision des choses et celles de tes parents, je crois que c’est souvent lié à l’éloignement physique. Effectivement, le téléphone ne montre pas tout.

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  2. Ah, pas facile de se faire entendre, surtout de ses parents… Ils ont tellement l’impression de nous connaître qu’ils ne nous voient pas tjrs comme nous sommes (enfin, c’est mon impression…) C’est drôle, j’écrivais justement un post sur mes parents, hier, que je viens tout juste de publier…

    Je peux te donner un conseil? Leur dire : j’aimerais vous dire quelque chose et que vous l’entendiez. Comme ça au moins tu auras été claire. Bon courage, tiens-nous au courant xxx

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  3.  » je ne me sens pas à ma place, pas légitime » : c’est le propre de tout le monde ou presque de ne pas se sentir légitime (parfois) (souvent). Mais il faut se poser la vraie question : pourquoi ne le serions-nous pas, légitime, en fait ? (pas moins qu’un autre, non, après tout ?)

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