Moi et mon corps on est bizarre mais on s’entend bien (2)

Comme je disais dans la première partie (là), j’ai à la fois une grande connaissance et une grande méconnaissance de mon corps.

La conscience de ma position dans l’espace  et de mes sensations se fait comme par à coups : « ah zut, j’ai les genoux très fléchis là », ou « ah ben dis donc le pied est méga rentré là » ou, « ah mince, je n’ai pas les pieds totalement à plat », ou encore « oups il faudrait peut-être que je me redresse là » (mais bon, pour ça il faudrait que j’ai un miroir, puisque apparemment je suis généralement plus droite que je ne le pense.)

Et encore cela ne concerne pas que les membres inférieurs mais aussi tout le reste : « oups je suis hyper crispée de la mâchoire / des épaules / du cou », « ah ouais j’ai mal à la main en fait » (là généralement je suis en pleine prise de notes et d’un coup j’ai du mal à suivre et alors je me rends compte que j’ai mal… ) Ceci dit pour tout ça les séances de yoga m’ont été d’un grand secours, j’ai pu me rendre compte que j’étais loin d’être la seule (à avoir des crispations ou des positions dont je n’étais pas consciente) … La rééducation m’avait au contraire donné plus de clés pour m’en apercevoir (mais contrairement aux autres qui corrigent assez rapidement après s’en être aperçus, moi des mois / des années après, je galère encore.)

Ces problèmes de proprioception (définition de l’Académie de médecine = Sensibilité de l’organisme à la position de chacun de ses membres et à son propre mouvement .) me causent quelques désagréments. Pas bien graves, ça me fait plus rire qu’autre chose : je me cogne contre les meubles (et en arrivant chez le kiné je m’aperçois que j’ai une collection de bleus dont je ne me rappelle même plus la provenance tellement c’est fréquent et banal… Eux ça les surprend toujours que je ne m’en souvienne pas quand ils voient la taille et la couleur de certains), je lâche des objets que j’ai dans la main quand je suis concentrée sur autre chose et que j’ai oublié que je les tiens (ce n’est jamais quelque chose de cassant, ça j’oublie pas…), je rentre dans les gens, je me ratatine pour passer alors qu’il n’y a pas besoin, je marche sur les pieds. J’en oublie certainement.

Par ailleurs, mon corps n’obéit pas toujours comme je le voudrais, mais c’est tellement mineur que je l’accepte très bien, et là encore ça me fait plus rire qu’autre chose. Parfois quand je veux me lever ça ne va pas jusqu’au bout, après m’être soulevée de quelques centimètres, les muscles se relâchent et je retombe sur le siège. C’est pas grave, je recommence et ça fonctionne, mais ça peut surprendre ceux qui m’entourent. Ça m’arrive aussi de manière assez drôle quand je suis accroupie (ce que je ne fais pas souvent, devant mon frigo en fait) : je suis accroupie et d’un coup je tombe sur les fesses. Pareil, ce n’est pas grave, je me relève, mais ça peut surprendre mon entourage.

Souvent quand je veux m’arrêter rapidement il y a un décalage entre ma pensée et le moment où ça se fait. Comme une inertie, le temps que je stoppe mon élan. Je crois que mes amis en ont pris l’habitude (ou pas, en fait) et pour éviter tout problème, ils me stoppent physiquement (quand on arrive à un passage piéton sur lequel on s’engage et qu’une voiture grille le feu par exemple.) C’est finalement d’autant plus appréciable que je ne sais pas faire marche arrière, cela me demande encore plus de réflexion, je n’ai aucun réflexe dans ce sens. C’est le seul truc réellement gênant, le seul truc qui ne me fait pas rire, parce que c’est dangereux : la surprise me tétanise, je stoppe mais je suis incapable de reculer, j’ai l’impression que si je recule je tombe, ce qui serait pire que tout…

Dans le domaine  »mon corps ne m’obéit pas », il y aussi la spasticité. (Je découvre la définition du dictionnaire médical de l’Académie de Médecine, c’est assez génial, je n’avais jamais eu de définition si précise et ça correspond tout à fait à ce que je vis -mais en jargon médical… !) Cette raideur des muscles affectionne en particulier les séances de kiné : en plein étirement, d’un coup, il y a une résistance. Le plus drôle, c’est que parfois je sens que ça me pend au nez, qu’il ne faut surtout pas que je parle car à la moindre parole ou au moindre geste (que ce soit « oui », « hum » ou même un hochement de tête) elle va s’exprimer. Ça donne des situations assez cocasses : l’étirement se passe bien, la kiné me le fait remarquer / me demande si ça va / me dit que j’ai une tête bizarre (parce que j’essaie de me concentrer pour que ça n’arrive pas), je réponds, bim une résistance !

La spasticité s’exprime aussi sans que je la commande (mais assez à propos) quand je descends ou monte des escaliers sans me tenir . En effet dans ces moments-là c’est comme un réflexe, les muscles se raidissent pour répondre à l’effort demandé, je suis comme montée sur ressorts. Du coup ce n’est pas vraiment moi qui commande ce qui se passe mais généralement ça se passe bien ! (il n’y a qu’une fois où ça a mal fini parce que c’était un grand escalier et qu’après avoir raté une marche, j’ai été incapable de m’arrêter, je me suis mal réceptionnée à l’arrivée et me suis cassée le pied.)

C’est aussi le cas quand je dois enjamber un obstacle ou quand je suis en équilibre (dans le bus en marche par exemple.) Dans ces moments-là il ne faut pas m’en demander trop : je ne maitrise pas forcément ma trajectoire, je marche sur des pieds, je suis lente, etc… (ça aussi je l’accepte très bien : tant pis pour les pieds, pour les gens derrière, de toute façon ça n’est pas possible autrement, inutile de me regarder avec des yeux assassins, vous allez pas mourir.) Plus je fais attention plus je suis lente (si je ne veux pas cogner quelqu’un qui a une attelle pour une entorse par exemple.) Soit je vais vite et je ne maitrise pas la trajectoire, soit je maitrise la trajectoire mais je pense alors à chaque décomposition de mon geste et ça prend des années… ^^

(J’ai dû relire ces deux articles une bonne dizaine de fois et à chaque fois je trouvais des fautes ou des tournures de phrase à modifier… J’espère que le résultat est satisfaisant…)

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4 réflexions au sujet de « Moi et mon corps on est bizarre mais on s’entend bien (2) »

    • Oui il est vrai que je suis facilement distraite 😉 Mais à part pour les objets que je lâche parfois, je ne pense pas que ce soit à cause de ça.
      Cependant, tout ce que j’ai raconté ici, je pense que c’est plutôt dû à mon IMC (= Infirmité Motrice Cérébrale, qui cause la dyspraxie mais aussi des problèmes moteurs.) qu’à la dyspraxie seule.

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    • Je remarque avec ton com’ que je parle peut-être beaucoup plus souvent (ou clairement) de la dyspraxie que de mes problèmes moteurs… (mes problèmes de mobilité réduite ne sont pas dûs à ma dyspraxie par exemple…) Il va falloir que je remédie à ça un jour 🙂

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