Les aménagements scolaires : le revers de la médaille

J’ai écrit un préambule ici.

Donc le PPS est établit au cours d’une réunion avec l’instituteur / le professeur principal + le directeur/principal/proviseur de l’établissement + le médecin scolaire; l’infirmière + différents intervenants (le kiné, l’ergothérapeute, l’éducateur spécialisé) + l’élève et son ou ses parents.) Au cours de cette réunion sont proposés puis décidés tous les aménagements qui pourraient aider l’élève. Il y en a de toutes sortes. Des qui sont très courants, bien désignés par des mots, d’autres qui sont faits sur-mesure pour répondre aux besoins spécifiques de l’élève et correspondre aux possibilités de l’établissement.

Il faut savoir que c’est toujours l’élève qui a le dernier mot : l’aménagement est une proposition, « un bonus ». L’élève y a droit (donc droit de le réclamer si ce n’est pas respecté, en théorie). Mais il a aussi le droit de le refuser, de ne pas l’utiliser (en fonction de ses besoins du moment, de sa fatigue.)

Vous vous demandez sûrement pourquoi refuser alors que pourtant tout le monde en rêverait (d’avoir plus de temps, d’éviter la file d’attente…) sauf que quand le commun des mortels voit les aménagements il ne remarque que les points positifs mais pas du tout tous les inconvénients qui y sont inexorablement attachés. Et pourtant…

Voilà ceux que j’ai expérimenté ou vu de mes yeux (cette liste est donc forcément non exhaustive.) Je peux vous dire que chacun a son lot d’avantages et d’inconvénients.

L’ascenseur

  •  Principe : donner à l’élève la clé de l’ascenseur pour qu’il puisse accéder aux étages sans passer par les escaliers.
  • Avantages : l’élève se fatigue moins, ne se fait pas bousculer (évidemment s’il est en fauteuil : l’élève peut monter/descendre des étages !)
  • Inconvénients (oui il y en a) : isolement du reste de la classe, jalousie des autres élèves, rallongements des distances et temps de trajets, pannes.
  • Mon expérience : développée dans un autre article.

Aller à la cantine sans passer par la file d’attente

  • Principe : l’élève passe par une autre entrée pour éviter la file d’attente, accompagné d’un camarade.
  • Avantages : limite la fatigue due à la longue station debout et aux bousculades.
  • Inconvénients : isolement du reste de la classe, jalousie, entrée pas toujours pratique (souvent l’entrée se fait par la porte de sortie et donc il faut remonter la chaîne du service à contre-sens.)
  • Mon expérience : En 6° j’allais à la cantine tous les jours. J’avais désigné des copines par alternance (pour éviter les batailles.) N’empêche ça n’était pas pratique : on était obligées de manger en duo solitaire parce que pour manger avec les autres il aurait fallu les guetter debout, ce qui enlève une partie du bénéfice et je me suis faite engueulée par le CPE quelques fois à cause de ça. (Aujourd’hui avec le portable ça serait plus facile, il suffirait d’attendre à un endroit assise le temps que les copains arrivent. Mais à cette époque c’était pas assez répandu pour que des gamines de 6° en aient, eh oui 😉 ) Les autres années du collège je n’ai pas eu ce problème, j’étais externe (et vu mon intégration dans la classe heureusement). Au lycée cela a varié selon les années. En seconde, je n’aimais pas l’heure du repas, c’est l’heure où je me retrouvais le plus facilement seule : ceux avec qui j’aurais voulu manger étaient externes, les autres avec qui je pensais m’entendre bien et avec qui j’aurais voulu aller manger partaient sans m’attendre (parce qu’ils ne me considéraient pas dans la bande, j’ai mis longtemps à le comprendre, ou plutôt ils ont attendu longtemps pour me le dire.) Donc je me retrouvais seule, je passais donc par la sortie et remontais la queue à rebrousse-poil. Pas pratique et surtout pas agréable du tout : j’avais l’impression que tous les regards étaient braqués sur moi, tout le monde remarquait forcément encore plus que j’étais seule. Honte et solitude décuplées. En première et terminale, je me suis peu à peu fait des amis, qui, eux, préféraient manger à la cafét’ (moins de queue + on pouvait profiter du soleil -du sud- dans la cour. 😀 ) ça m’allait parfaitement, je suivais. On allait parfois à la cantine quand on avait des horaires décalés donc qu’il n’y avait pas ou peu de queue, j’allais alors directement avec eux. (Je suis même pas sûre que ces copains savaient que j’avais un aménagement qui m’autorisait à passer par la sortie…)

La dispense d’assiduité ou dispense de certains cours :

  • Le principe est dans le titre : avoir l’autorisation de ne pas aller à certains cours.
  • Très utilisé pour l’EPS bien sûr, mais ça peut aussi être pour d’autres cours pour permettre à l’élève de se reposer / d’avoir un emploi du temps plus léger (je l’ai vu faire pour certains de mes camarades malades) ou si on considère que l’élève serait trop pénalisé dans une matière (par exemple, pour moi, une année avait la médecin scolaire avait évoqué la possibilité d’une dispense de la technologie – idée rejetée par mes parents et moi.)
  • Le défaut : les autres te voient comme une privilégiée/planquée/chanceuse…
  • Autre défaut : chaque cours en moins est une rupture dans la vie de la classe, tu ne partages pas certains moments, certaines blagues,… Tu sors du cadre et de la bande puis tu y retournes mais entre les 2 il y a un trou. (Quand c’est un autre cours que le sport c’est aussi sensible au niveau du savoir : tu manques des infos et doit tout rattraper pour après !)

La majoration de temps :

  • Principe : donner à l’élève plus de temps que celui donné aux autres élèves pour réaliser un exercice, un contrôle, un examen.
  • C’est un des aménagements phares, qui est très fréquemment évoqué mais c’est pourtant le plus difficile à mettre en place – à respecter. Il est très souvent évoqué parce que très connu pour les examens sous la forme du tiers-temps (pour les aménagements des examens le tiers temps est la base.
  • Je développerais plus dans un post séparé. Il y a beaucoup à dire.

L’agrandissement des polycopiés.

  • Principe : que les photocopies soient agrandies du A4 au A3 (=le double d’une feuille A4) Là encore je développerais dans un post séparé.
  • Avantage : cela facilite la lecture à l’élève dyspraxique (ou autre, mais pour moi c’était pour ça.)
  • Inconvénients : difficulté de manipulation, de rangement, oublis, isolement du reste de la classe.
  • Mon expérience : développée dans un autre article.

Dans mon PPS, dès le collège, a aussi été mis en place un système de double jeu de livres

  • Principe : l’élève a chaque livre en double : un pour l’école / un pour la maison.
  • Avantage : ça permet d’alléger le poids du cartable.
  • Inconvénient : en théorie aucun… Mais pas en pratique.
  • Mon expérience : Au collège, le livre était conservé par le prof, dans sa salle, il me le sortait à chaque cours (quand il l’utilisait 🙂 ) Le problème c’est qu’au moment de rendre les livres j’avais parfois de mauvaises surprises : sans que je puisse savoir pourquoi ni comment ni quand, des livres avaient disparus… et alors c’est moi qui en était responsable.
    Au lycée c’était encore une autre affaire. Là les profs n’avaient pas forcément de salle attitrée et surtout pas d’armoire dans celle-ci. Du coup le 2° jeu de livres était chez les surveillants. J’allais chercher les livres dont j’avais besoin à chaque récré ou mi-journée.Le désavantage c’est que ça limitait moins le poids, que j’étais obligée d’y passer (des allers-retours en plus). L’avantage (gros) c’est que ça me servait presque de casier, je pouvais y laisser aussi des cahiers ou classeurs. Et pas de problèmes de pertes ! C’est finalement la solution que j’ai préférée. Parce que j’étais responsable de mes affaires, comme les autres, pas à demi.

L’ordinateur :

  • Principe : l’élève dispose d’un ordinateur pour la prise de notes. Il tape ses cours à l’ordi, fait ses exercices à l’ordi, fait ses contrôles à l’ordi.
  • Avantage : permet à tout élève ayant des problèmes d’écriture qu’elle qu’en soit l’origine (physique -> mobilité réduite des mains ; cognitive -> troubles dys ; ou sensorielle -> malvoyant) de prendre ses cours en autonomie et d’avoir ses propres cours (pas les cours d’un copain, qui sont toujours impersonnels et donc plus difficiles à apprendre.)
  • Inconvénient : l’élève est à la merci de tout problème technique, cela nécessite d’adapter tous les exercices pour qu’ils lui soient accessibles. Si l’élève fait tout à l’ordi, il est devant un écran toute la journée. Moi ça me donnerait des migraines…
  • Ceci les inconvénients sont de moins en moins forts avec le développement des technologies : les ordinateurs sont mieux connus de tous donc chaque problème est plus vite résolu et réaliser des exercices accessibles devient plus facile, une imprimante n’est plus forcément nécessaire (le rendu peut se faire par clé usb.) (mais restent les migraines !) (et il faut se méfier des trucs à faire par les enseignants aussi, ça dépend de la bonne volonté de celui-ci…)
  • Mon expérience : cet aménagement peut prendre diverses formes en fonction du besoin et des capacités de l’élève. Me concernant, je ne maniais pas assez bien le clavier pour que cela me soit profitable (frappe au clavier pas plus rapide ni facile que l’écriture manuscrite) mais j’avais quand même un aménagement qui me permettait d’utiliser l’ordinateur pour réaliser les exercices de géométrie (et certains exos de SVT.) ça m’évitait la galère du papier millimétré, de la manipulation des outils et me permettait de rendre un travail propre. Mais cela a demandé un apprentissage (pour savoir se servir du logiciel) et posé parfois quelques problèmes (la manipulation du logiciel n’est pas toujours évidente.)

Vous allez me dire : non mais là tu exagères tu es en train de dire qu’en fait rien ne marche. Non ça n’est pas mon but.

J’ai voulu montrer ici que les aménagements sont rarement des solutions idyliques qui résolvent d’un coup tous les problèmes. Il y a les contraintes techniques de l’établissement, la bonne volonté des enseignants, l’acceptation des autres élèves de la classe… qui entrent en comptent et c’est loin d’être négligeable.

Je vous explique simplement pourquoi je n’ai pas fais la chasse quand mes droits inscrits dans le PPS n’étaient pas respectés, quand on doit se battre, tous les jours avec 5 profs différents, d’un coup les défauts vont prendre le dessus, on va se convaincre que finalement on se débrouille bien sans, qu’ils ont sûrement raison finalement on en a pas si besoin. C’est un énorme frein…

C’est aussi pour répondre à tous ceux qui pensent « Han la chance qu’il/elle a ! » NON s’il y a un aménagement c’est qu’il y a un problème à la base et la solution n’est jamais idyllique, extérieurement on voit l’avantage mais pas l’inconvénient qu’il y a derrière. Parce que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin. Ceux qui jalousent réfléchissent à leur propre vécu, leur propre capacité, ils voient l’aménagement comme une chance, un super-bonus alors que pour l’élève concerné c’est juste un besoin, pour combler une défaillance.

Oui j’ai du temps en plus mais ce n’est pas juste pour 5 minutes pour bâcler ma conclusion c’est juste pour avoir la possibilité de rendre un travail de qualité équivalente. (Pouvoir écrire une troisième partie.)
Oui c’est vrai j’ai de meilleurs notes quand j’ai le tiers-temps mais c’est justement parce qu’il m’ait nécessaire pour pouvoir révéler toutes mes capacités, pas parce que j’ai écrit plus que toi. (La quantité ne fait pas la qualité.)

NB : Maintenant que j’ai monté un niveau et que j’ai expérimenté le rôle du cancre, je peux le dire : Quand on ne sait pas, on ne sait pas quel que soit le temps dont on dispose pour y réfléchir (ça ne donne que le temps d’imaginer des ristournes pour noyer le poisson…), en revanche quand on sait, il faut le temps nécessaire pour pouvoir exprimer ce savoir de la bonne manière. C’est ce temps de réflexion qu’il me manquait quand je n’avais pas plus de temps. Soit je compensais en écrivant plus vite mais donc pas joli. Soit, j’écrivais que la moitié de ce que je savais, ou de manière désorganisée. Soit carrément les  deux.

La jalousie et l’isolement causés par les aménagements sont un énorme problème. (et ça les concerne quasiment tous…) ça ne fait que décupler la mésestime de soi, le syndrome de l’imposteur. Qui sont pourtant déjà bien installés. C’est un énorme frein psychologique. Il y a comme un fossé entre la réunion de début d’année (« ah oui ça ce serait bien pour toi ça, ça pourra t’aider ! Penses à le réclamer si les profs n’y pensent pas. ») et la pratique pendant l’année : certes il y a quelques profs étourdis mais il y a surtout des profs que cela en*quiquine, qui ne veulent pas se fouler ou qui sont juste indifférents, voire méprisants (« non mais elle se débrouille parfaitement, d’ailleurs elle n’est absolument pas handicapée. ») Un énorme frein psychologique.

Pour que les inconvénients se réduisent c’est très simple : il faut que les mentalités changent, que les professeurs et les élèves soient réellement sensibilisés (or les élèves sont en premier lieu sensibilisés… par les profs ! Par leur attitude, leurs paroles, leurs habitudes.)

Comme vous avez pu le constater pour plusieurs rubriques j’ai dit que j’en parlerai dans un article plus développé… Je déclare donc la série « Aménagements scolaires » ouverte 🙂 (même s’ils sont déjà tous bien avancés en rédaction, ils ne vont pas venir tous les uns à la suite des autres, mais plus au fil de l’eau, pour changer un peu et que vous ne fassiez pas une indigestion…)

Publicités

6 réflexions au sujet de « Les aménagements scolaires : le revers de la médaille »

  1. Ton article fait tellement écho en moi ! J’avais droit à des aménagements lorsque j’étais à l’école, ma mère ne me demandait pas mon avis, se démenait pour les obtenir et ne me laissait pas le choix, elle me hurlait dessus si elle apprenait que j’avais fait la queue à la cantine pour manger ou que le prof voulait que je participe un peu au cours d’EPS si ça ne mettait pas ma santé en danger.
    Par contre bon sang, qu’est-ce qu’on a pu me le faire payer à l’école ! J’étais taxée de chouchoute, de fayotte, les autres ne voyaient pas ça comme des aménagements pour ma santé, même quand les profs faisaient des discours devant toute la classe pour expliquer, ils voyaient ça uniquement comme des avantages et du coup me mettaient à l’écart.
    J’avais la pression des élèves qui n’étaient jamais contents (que je refuse l’aménagement ou non, le fait d’avoir pu l’avoir faisait de moi une fayotte, surtout si j’étais incapable de leur obtenir les mêmes avantages), la pression de ma mère pour profiter un maximum d’aménagements dont je n’avais pas forcément un besoin vital et qui me plombaient socialement, et la pression des profs pour « ignorer » les élèves qui m’embêtaient…. c’était sans fin ! Il ne fait pas bon être handicapé à l’école, les enfants sont tellement cons, intolérants et bornés dans leur connerie.

    Aimé par 2 people

  2. Super ton article! C’est vrai que les inconvénients, j’y pensais pas! Pour l’ordinateur, j’ai eu par la MDPH un ordinateur pour un de mes élèves, quand je l’ai ouvert, je n’y ai rien compris: des gommettes sur les touches et des logiciels inconnus pour moi…..et pour mon élève. Nous n’avons eu aucune formation.

    Aimé par 1 personne

    • Je pense que rares sont les gens qui y pensent…
      Les gommettes sont soit pour obliger l’élève à ne pas regarder ses doigts soit pour l’aider à se repérer sur le clavier… Dans tous les cas s’il n’a personne de formé pour l’aider dans l’apprentissage, c’est profondément idiot (en général c’est les ergothérapeutes qui peuvent aider à la prise en main.)

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s