Le temps passe, la fille reste.

J’ai eu longtemps (voire j’ai toujours mais ça fait assez longtemps que cela ne m’a pas dérangé) un problème avec le temps qui passe sur les relations. Je m’explique.

Quand moi je grandis je ne m’en rends pas compte, c’est juste mon évolution naturelle, c’est tellement naturel que de l’intérieur je ne le perçois pas ( c’est un glissement trop subtil.)
Je suppose qu’on a tous observé ça : on ne se voit pas grandir, on est trop dedans. C’est en s’arrêtant et en comparant 2 points que l’on peut s’en apercevoir (et encore…)

Là où ça devient compliqué c’est quand 2 personnes sont impliquées ensemble : tu as quitté ton ami en juillet à un point A et tu le retrouve  6 mois plus tard –ou l’année suivante ou 2 ans après– à un point B. Au fond, il a fait comme toi, il a suivi son chemin. Sauf que tu ne l’a pas vu… Du coup ça fait un choc.

Le deuxième choc c’est quand en plus il y a un décalage entre les attentes de chacun. Un décalage dans l’évolution de chacun par rapport à la relation en question.

20089538C’est un truc que l’on voit bien et beaucoup dans les films (ma dernière référence sur le sujet : Blanche-neige et le chasseur. Oui, c’est grâce à Blanche-Neige que cet article voit le jour.)

Les 2 amis sont séparés. L’un fait le « deuil » de la relation (ou simplement modifie la nature de cette relation, la prend comme elle vient) alors que l’autre reste bloqué sur le passé. Sur la vision passée de cette relation, sur la vision passée de cet ami.  (La nature du lien ET la personne, ce sont 2 choses différentes.)

 

Du coup, forcément, quand tu retrouves ton ami au point B, qui a fait le chemin, le deuil, tout ça et autre chose peut-être, ça fait un choc, et même ça fait mal. Parce qu’au delà de l’impression que tu n’as pas vécu tout ce que tu voulais avec lui, tu te retrouves face à une illusion (ou plutôt tu réalise le décalage entre la réalité et ton illusion.) Ça a changé sans ta permission ! Sans que tu en aies conscience, sans que tu le veuilles mais inéluctablement. Parce que c’est logique et naturel que la relation change quand de la distance se pose.. Et même sans ça d’ailleurs, juste avec le temps qui passe et les parcours différents.

Quand on voit ça dans les films on se dit :  »Ah mais quel idiot celui là il ne voit pas que ça a changé ? Qu’elle ne l’aime plus parce que l’eau a coulé sous les ponts et que la vie a continué sans lui ? » Sauf que dans la vie moi je ressemble / ressemblais (j’aimerais bien que ce soit au passé, parce que c’est vraiment pénible et douloureux cette prise de conscience et ce décalage) plutôt à celui-là, celui qui n’arrive pas à faire le deuil, celui qui reste fixé sur une image figée du passé érigée comme une vérité immuable. Alors que c’est tellement idiot, ça m’exaspère. (Donc, vous l’aurez compris, je m’exaspère…)

Il y a un livre qui me bouleverse aussi sur cette problématique (des gens qui changent en étant séparés, de ceux qui font le deuil et ceux qui gardent l’image figée) : Le chagrin du roi mort de Jean-Claude Mourlevat. (J’ai déjà parlé d’un livre de cet auteur ici.)

61ygh15ymal-_sy291_bo1204203200_ql40_Ce livre quand je le lis j’ai le cœur serré de tristesse et de bonheur mélangés (parce que ça dépend des moments. Et que parfois même si c’est triste c’est immensément beau.) Ça parle aussi des choses contre lesquelles tu ne peux rien faire, même en les voyant venir, des situations où tu es perdue entre le marteau et l’enclume… Tout ça c’est très très beau, très très bien raconté. Tellement que j’en pleure d’émotion quelque soient les conditions de lecture (et ça ce n’est pas facile : pleurer quand je suis seule dans mon lit oui, mais quand je lis dans le canapé en général ça ne vient pas. Là si. Seulement à la place de laisser couler des torrents je vais juste avoir des larmes dans les yeux.)

C’est un livre dit « de jeunesse » mais que les adultes peuvent tout autant lire à mon avis…

 

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4 réflexions au sujet de « Le temps passe, la fille reste. »

  1. Ce que je trouve beau, c’est la justesse et la subtilité de ton analyse, que je trouve très claire. La différence entre notre souvenir d’une personne et du lien que l’on a avec elle, le décalage entre nos perceptions et la réalité… C’est très bien expliqué! Tu donnes même une référence à ceux qui veulent en savoir plus 😉 Le chagrin du ‎roi mort, de Mourlevat. ‎Je vais voir si je peux trouver cela en bibliothèque 🙂

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