Se faire confiance : Jeux et orientation

Comme d’habitude, en écrivant hier j’ai réfléchi. Comme d’habitude, quand j’écrivais hier d’autres phrases sont arrivées sous mes doigts. Comme d’habitude, le résultat écrit hier était trop long. Comme d’habitude, donc, j’ai scindé. Voilà les réflexions dérivées de mon article d’hier. (pour ceux qui n’ont pas suivi, hier j’ai écrit un article… sur les Jeux Paralympiques.)

En fait, ce que j’admire surtout chez eux (à savoir les sportifs paralympiques, et en particulier les sportifs IMC desquels je me sens naturellement plus proche) c’est ce que ça (leur présence aux Jeux) révèle en creux : leur confiance. Ils se sont fait confiance/ils se font confiance, au point qu’ils n’ont pas baissé les bras devant les critiques, les remarques décourageantes ou devant les difficultés de l’entraînement. Bien sûr, c’est le genre de choses où l’entourage joue beaucoup. S’il te fait confiance, il te pousse. Mais justement, pour que l’entourage ait cette confiance, il faut que toi-même tu l’aies, au moins un peu, au moins au début. Confiance en tes capacités, confiance en ton choix, confiance en ce que tu veux, être sûr de ce que tu veux. Pour les convaincre.

Et ça, ça me fait penser à mes idées d’orientation au lycée.

J’ai beaucoup cherché, dans plein de directions. (Toutes du domaine « littéraire » c’est vrai, mais justement, j’ai l’impression d’avoir exploré toutes les pistes des métiers « littéraires ». ) Au bout du compte j’ai pensé à un premier truc, je suis allée voir la conseillère d’orientation parce que je voulais en savoir un peu plus sur comment y arriver et comment ça se passait… Et ben, en fait, elle a tout fait pour me décourager : trop difficile, trop sélectif… -Est-ce que je suis vraiment sûre ? Parce que dans ce cas là, il va falloir s’accrocher. – Non bien sûr que non je ne suis pas sûre… Grosse douche froide. Ça m’aurait bien plu pourtant…

J’ai donc recommencé à chercher. Puis j’ai eu une deuxième idée, validée par mes parents (effectivement, ça me correspondait bien, trouvaient-ils…) Oui, mais voilà. PPS en début de Terminale. Le médecin scolaire soulève une objection : c’était loin, à Paris, et puis c’était dur, beaucoup de boulot. Tout le monde opine, elle a raison. – Est-ce que j’étais sûre d’être prête ? -Non. Bien sûr que non, je n’étais pas sûre… Eux me conseillaient plutôt de faire une prépa et on verrait après, c’était plus sage… Je sors de là, deuxième douche froide. J’avais l’impression qu’on m’avait coupé les ailes. Mais sûrement avaient-ils raison.

Mais du coup, je ne savais de nouveau plus vers quoi je me dirigeais. J’allais opter pour le choix sage de la prépa (bien sûr ça m’aurait plus, passionné même, mais ça ne faisait que repousser le problème plus profond.) Puis finalement révélation. Finalement je suis partie à Paris. Finalement j’ai eu beaucoup de boulot et ça a été dur parfois. Finalement je m’en suis bien sortie. (Ok, je n’ai pas fini…)

Mais je suis presque sûre que si quelqu’un avait fait une remarque négative sur ce projet, j’aurais renoncé aussi, renoncé encore. Parce que pas assez de confiance. Confiance en mes capacités. Confiance en mes choix, mes volontés, mes goûts, mon identité. Mais justement, il s’en ait fallu d’un cheveu : une objection qui faisait douter mes parents et tout tombait par terre. Alors que j’y suis extrêmement bien.

Mais du coup je me dis que je m’étais pas trompée avec les deux autres premiers choix, c’étaient des trucs qui auraient pu coller, que j’aurais pu faire, ça m’aurait plus… Et je m’en serais sortie pareil. Il suffisait de me faire confiance. De me donner confiance.

Mes parents auraient bien voulu, mais encore eut-il fallu qu’il y ait derrière un signe minime d’encouragement, un signe qu’ils ne m’envoyaient pas au casse-pipes. Il y avait tout le contraire : des doutes, des préjugés, des remises en cause. Bref, pas de quoi inspirer confiance. Alors que ça venait de gens à qui on faisait confiance, justement.

Aujourd’hui, avec le recul, je me dis que ce qui a empêché les 2 premières idées de se développer, ce sont les préjugés mais surtout -pire- c’est aussi le manque d’adaptabilité de notre société. C’est ça qui effrayait mes parents et c’est ça qui a amené le médecin et l’infirmière à s’opposer au projet. Ils connaissaient mes capacités et avaient confiance en moi. C’est ce que j’allais trouver là-bas qui ne leur inspirait pas confiance. Aujourd’hui encore, en parlant de ces 2 désillusions j’ai le cœur serré. Pas parce que j’ai l’impression que j’ai raté ma vie ou que je regrette. Non, je ne regrette rien. Je suis extrêmement bien là où je suis et dans ce que je fais. Mais j’ai le cœur serré de savoir que tout le monde ne peut pas faire les études qu’il veut, que tout le monde ne peut pas mener à bien ses projets, à cause d’un simple manque de souplesse de notre société.

Combien de parents ont renoncé à scolariser leur enfant parce que pas adapté, ou parce que ils ne le pensaient pas prêt/capable, ou parce que les instituteurs ne le jugeaient pas prêt/capable ? En bref, parce qu’il ne rentre pas dans le moule scolaire ?

Combien de jeunes handicapés ont renoncé aux études qu’ils voulaient parce que ce n’étaient pas possible, pas faisable, pas adapté ? Ou simplement parce qu’on ne les jugeait pas capables ? Voire pire, parce qu’eux même ne se sentaient pas capables et que personne ne les y a poussé ?

Combien de jeunes handicapés ont renoncé à ce qu’il voulait (études ou autre…) pour autre chose qu’on leur montrait, et qu’on jugeait plus adapté ? Combien de jeunes handicapés se sont laissés influencer et convaincre que ce truc adapté c’était mieux pour eux que leur rêve ? Combien de jeunes handicapés ont laissé s’éteindre leur ambition sous la pression sociale (voire n’ont jamais eu d’ambition à cause de) ?

Et encore là je dis « jeunes handicapés » mais on peut y mettre plein d’autres gens (essayez pour voir « jeunes défavorisés » ça marche aussi) …

Bref, combien de gens ont renoncé à leurs projets, à leurs rêves, parce qu’ils n’avaient pas assez confiance et que la société leur a montré autre chose ?

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