Dyspraxie et repérage

Je continue la série des articles explicatifs…

Dans mon article sur la lenteur j’ai déjà beaucoup parlé de la difficulté du repérage. J’ai envie d’en parler encore un peu plus. Cette difficulté est entièrement due à ma dyspraxie qui est, rappelons-le, visuo-spatiale. Pour en savoir plus je vous renvoie  ici, c’est certes assez long mais plutôt clair… En résumé : la dyspraxie, de manière générale, est un problème de l’automatisation des gestes (du grec = dys : dysfonctionnement + praxis : geste). La dyspraxie visuo-spatiale concerne, comme son nom l’indique, les yeux : le mouvement des yeux n’est pas bien contrôlé cela a des répercussions multiples : sur la lecture et l’écriture mais aussi sur le dénombrement et sur l’appréhension et la structuration de l’espace 2D ou 3D. (J’en ai aussi déjà un peu parlé ici et )

J’ai donc, notamment (c’est ce sur quoi je vais me concentrer aujourd’hui), des grandes difficultés à me repérer dans l’espace.

Il n’est pas rare que je sous-évalue ou sur-évalue une distance (je suis toujours très méfiante pour traverser à cause de cela et je préfère de loin les passages piétons équipés d’un feu !). Je peux aussi me cogner à un meuble ou a quelqu’un ou marcher sur les pieds à cause de ça. Cela complique énormément mes déplacements dans une foule (parce qu’en plus d’avoir un mauvais repérage dans l’espace, j’ai une mauvaise perception de mon corps…) quand je croise 2 individus « en sandwich » j’ai toujours l’impression que je prends trop de place et j’essaie toujours de me ratatiner alors que ça n’est pas forcément nécessaire (et parfois si, mais je suis incapable de faire la distinction à l’avance !)

Ce problème de repérage s’observe aussi énormément dans les déplacements.

Si c’est un itinéraire simple (par exemple pour aller prendre le bus à coté de chez moi c’est simple car c’est court et que j’ai des repères visuels faciles : en sortant je tourne à gauche, je suis ma rue jusqu’au bout et je tourne à droite) je peux le mémoriser et l’automatiser au bout de quelques trajets (2-3) seulement. En revanche quand l’itinéraire est compliqué (avec des carrefours à choix multiples ou des bifurcations répétées ou des rues qui se ressemblent ou des correspondances à prendre ou plusieurs facteurs ensemble….) je ne le mémoriserais pas en une ou deux fois seulement et surtout je ne pourrais jamais l’automatiser complétement même si je le fais très souvent. C’est un peu comme si je le redécouvrais à chaque fois que je l’effectue. 

Le métro est l’incarnation de ce problème. Un itinéraire en métro est toujours complexe. Même au bout de plusieurs fois, je serais obligée de vérifier si pour aller au lieu B je me dirige vers les escaliers de droite ou de gauche. Même au bout de plusieurs fois, je marquerais un arrêt pour vérifier que ma sortie est bien à droite en sortant de la rame. Même au bout de plusieurs fois je me demanderais si le couloir pour la correspondance c’est le premier ou le deuxième… Tandis que les travailleurs parisiens tracent la tête dans le guidon…

Pour un long itinéraire complexe qui m’est totalement inconnu et qui est occasionnel, le métro peut être intéressant car, si j’y mets le temps, je finirais de toute façon par trouver les informations qu’il me faut, je ne risque pas de me perdre. Par contre, si c’est pour un itinéraire que je vais répéter, le bus est préférable, parce qu’il me sera beaucoup plus facile de me construire des repères visuels fiables et rapidement reconnaissables. Et plus j’ai des repères visuels fiables autres que l’écriture (pour laquelle je suis obligée de ralentir fortement ou de m’arrêter) plus je pourrais aller vite et moins je me fatiguerais. Par contre, si je ne pratique pas le trajet assez régulièrement « l’automatisme » (relatif) se perd et je suis à nouveau plus lente car je redécouvre (mais c’est tout de même moins fatigant qu’un lieu totalement inconnu.)

Même s’il m’est connu, je dois toujours vérifier l’itinéraire avant de le prendre, s’il n’est pas quotidien ou hebdomadaire : par exemple le trajet que je fais en bus, avec une correspondance, pour aller à la gare environ tous les 3 mois, je vérifie toujours quels sont les n° de bus, les directions, l’endroit de la correspondance… Le cinéma où je vais régulièrement (tous les 1 ou 2 mois) je vérifie le trajet entre la sortie du bus et le cinéma. Vérifier ne veut pas dire jeter un coup d’œil re-mémoriser (les noms des arrêts, la direction, le nombre d’arrêt et le temps, le chemin à pied, les noms de rue…)

S’il m’est inconnu j’ai tout intérêt à bien le préparer en amont (regarder l’itinéraire et la carte et noter les informations) et à prendre un plan ! Parce que même si j’ai bien tout préparé il y aura toujours un moment où la théorie de mes informations ne collera pas avec la réalité. Et si je n’ai pas le support de mes infos et du plan, ce que j’ai mémorisé se mélange alors. D’ailleurs, mais même si je fais tous les efforts du monde en regardant et tentant de mémoriser le chemin que je veux prendre, sur le plan du métro en bas des escaliers avant de sortir, je ne réussis jamais à faire coller mon idée d’en bas avec la réalité que je trouve en haut. Il y a comme un bug dans le passage entre la 2D du plan d’en bas et la 3D du monde d’en haut. Par contre quand je trouve un plan en haut (donc qui représente l’endroit où je suis) ça marche, généralement. (Les places sont une exception et un enfer : la place d’Italie ça va (il y a le centre commercial, la bibliothèque et la Mairie pour se repérer) mais la place Denfert-Rochereau et le carrefour Raspail-Montparnasse pas du tout, je peux faire 3 fois le tour sans comprendre (généralement je demande avant en connaissance de cause 😉 ) (Pour Denfert il suffirait que le Lion avec sa tête et sa queue soit indiqué sur le plan…mais ça n’est jamais le cas.)

 

Une chose est sûre vouloir prendre un raccourci n’est pas une bonne idée, je risque de me perdre dans le raccourci et alors ça n’en est plus du tout un 😀

 

Pour pallier à ce problème j’intellectualise un maximum : je mémorise tout ce que je peux et j’y insère le maximum de logique.

  • Par exemple que je prends le métro à côté de chez moi je sais que pour aller au lieu A j’ai tout intérêt à me mettre en queue alors que pour aller au lieu B j’ai plutôt intérêt à me mettre en tête. Pour retenir ça je joue sur les mots, les sons qui se ressemblent, les lettres que l’on retrouve entre tête et le lieu…  (parfois très biscornu :  » A est avant B dans l’alphabet > Q de queue est avant T de tête > donc A= Queue et B= Tête)
  • Je peux aussi retenir que pour prendre le bon chemin pour aller chez ma copine il faut que je tourne le dos à l’église en sortant du métro. Je peux me fier à ma mémoire sur des noms, sur le faire-face/tourner le dos, sur la couleur d’une enseigne ou la présence d’un magasin mais pas sur un nombre ou sur la gauche ou la droite. Par exemple je retiens mieux que je dois croiser la rue de la boulangerie et la rue X avant de tourner plutôt que je dois croiser 4 rues avant de tourner. Et je retiens que pour aller chez ma tante je dois revenir sur mes pas, à l’inverse du bus plutôt que je dois aller à droite.
  • Parfois, quand l’itinéraire est vraiment compliqué je couple deux éléments, le 2° confirme le 1° : par exemple « ah là j’aperçois le parking aux grilles blanches, il me semble que c’est la rue des Hongrois où je dois tourner. » (oui, mon repère ça peut-être un parking entouré de grilles blanches, ça peut aussi être un mur de vielles pierres…) 
  • Parfois, quand je ne connais pas encore assez bien le chemin ou que je ne le fais pas assez régulièrement, le cheminement assez laborieux : je sais que je suis sur la bonne route car je me rappelle bien des repères que je croise mais je suis incapable de me rappeler du repère suivant et j’ai donc toujours l’impression d’être arrivée alors que ça n’est pas le cas !
  • Parfois souvent quand je me suis trompée sur l’itinéraire la première fois , je vais reproduire la même erreur la deuxième fois et la troisième et … jusqu’à ce que j’ai pu mémoriser le bon chemin à la place du mauvais.

Ça serait peut-être bien que j’arrête ma logorrhée ici…

En résumé : j’ai de gros problèmes pour me repérer donc je pallie en mémorisant et usant de logique (qui m’est parfois très personnelle) ce qui me demande beaucoup d’énergie et de concentration et explique ma lenteur et quelque soit la régularité du trajet je n’arrive jamais à l’automatiser complètement (sauf si simple et quotidien)  Je dois donc aussi prendre ce paramètre en compte quand je choisis mon moyen de transport…

C’est un peu comme dans un labyrinthe : il faut y entrer de nombreuses fois pour connaitre le chemin de la sortie par cœur et c’est un cheminement difficile à automatiser. (D’ailleurs j’ai une peur panique des labyrinthes. Mais c’est aussi à cause de ma peur de ne pas être aimée et de l’abandon… Sur le sujet ce magnifique livre -Ernest et Célestine c’est génial !- m’a énormément marquée…)

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5 réflexions au sujet de « Dyspraxie et repérage »

  1. Ping : (Re)mise en page et dyspraxie | Crevette de Mars

  2. Je découvre ton blog après avoir vu que tu étais passée par le mien 🙂 Merci pour ton article, et pour tous les autres, j’aime beaucoup ta façon de raconter les choses et notamment la dyspraxie, visuo-spaciale dans ton cas 🙂 C’est un handicap dont j’entends souvent parler dans mon quotidien mais il est parfois difficile à concevoir, et là j’ai tout compris! Et moi aussi j’ai adoré Ernest & Célestine haha. A très vite!

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