La lenteur

En ce moment, je suis dans une vague explicative de mon handicap et de mon handicap. Les mots viennent assez bien (même si après c’est pas forcément très organisé Ahem) donc je saute sur l’occasion et je vous inonde d’articles 😀 !

Dans cet article sur la théorie des cuillères, j’avais déjà commencé d’évoquer le problème de la lenteur.

La lenteur est une des caractéristiques principales de l’IMC et de la dyspraxie (comme ça je suis servie), c’est une notion qui est omniprésente dans mon quotidien, ça me semble donc important d’y consacrer un article entier.

NB : j’ai utilisé un code couleur : thème écriture, thème marche, thème repérage, thème courses (exemple parfait d’activité multi-tâches stressante)

Ce n’est pas une lenteur sensible et flagrante, c’est une lenteur insidieuse qui se remarque à la longue. Le domaine où c’est le plus flagrant : l’écriture.  Au collège j’étais toujours à la traine pour recopier le tableau, en amphi je n’arrive à prendre en notes que la moitié (ou les 2/3 en écrivant comme un cochon sur une courte durée.)

Mais elle est aussi présente dans tout le reste de mon quotidien, de manière beaucoup plus insidieuse. ça me fait le même effet que quand vous êtes très fatigués ou grippés : vous avez l’impression de progresser à 2 à l’heure dans toutes vos actions, de ralentir tout le monde tout le temps. Moi je vis/ressens ça une grande partie du temps. Sauf que si « on » peut imaginer et comprendre qu’une vielle personne soit lente, « personne » ne comprend qu’une jeune personne puisse aussi être lente. Surtout que -je me répète- chez moi cette lenteur est légère, pas flagrante. Chez d’autres personnes IMC plus lourdement atteintes  (c’est-à-dire que la lésion cérébrale est plus importante) la lenteur est plus prononcée (et liée à un handicap plus visible) et, comme chez certaines vieilles personnes, on comprend rapidement que cette lenteur n’est pas volontaire, qu’elle est « pathologique. » Chez moi ce n’est pas le cas. Aux yeux des gens ça ressemble plus à de la paresse/de la mauvaise volonté/de la maladresse.

Quand je marche avec quelqu’un soit je marche à mon rythme et ça impose à l’autre de ralentir ou je me fais distancer, soit je m’efforce d’accélérer la cadence, mais alors je suis moins endurante.

Quand je fais mes courses, le passage à la caisse est toujours délicat et stressant : je m’emmêle les pinceaux entre les courses à mettre dans les sacs, l’argent à sortir, l’argent à récupérer… (utiliser la CB simplifie un peu les choses mais pas tout.) Et de toute façon je vais toujours plus lentement. Souvent le temps que j’ai fini, il y a déjà le client suivant qui est parti et celui d’après qui commence…  Et ça me stresse, j’essaie toujours d’aller le plus vite possible. Mais en fait je ferais mieux de travailler mon lâcher-prise et d’arrêter d’imaginer que je gêne les gens à ce moment-là (au fond, même si je les ralentis, tant pis y a pas le feu au lac !)

Je suis aussi lente à me repérer dans le métro, la ville, l’aéroport, la gare… Quand je suis toute seule aucun souci, je prends mon temps. C’est quand je suis avec d’autres que ça se gâte : les autres repèrent plus vite que moi le chemin à prendre, mais du coup leur pensée va aussi plus rapidement et quand ils ont un doute et me posent une question je ne saurais pas répondre : je n’ai pas suivi…

Quand je suis avec quelqu’un  que je connais bien et qui connais le chemin, généralement j’explique (« écoute, tu vas plus vite que moi, je te laisse gérer, je suis ») et ça ne pose pas de problème. Quand c’est moi qui dois guider des personnes, je vais à mon rythme et c’est là que ça se complique vraiment. Imaginons par exemple que je guide une personne dans le métro parisien. Je connais un peu plus l’environnement et l’itinéraire qu’elle, sauf que j’aurais quand même besoin de temps pour me repérer, suivre le fil. Si la personne repère le nécessaire avant moi peut interférer et inconsciemment gêner ma réflexion : elle me livre des infos détachées sans que j’ai le temps de les analyser ou de les raccrocher au fil de ma pensée. « Moi : alors, la ligne 5 -Elle: c’est là ! … se dirige vers la droite -> je n’ai pas eu le temps de voir si c’était la bonne direction, combien il y avait d’arrêts, si il y a un accès escalator possible à la place des escaliers… Souvent je n’ai même pas vu le panneau qui indique que « c’est là »

Si c’est ma sœur provinciale, pas de souci, elle est inconsciemment (je n’ai jamais explicité mais ça se passe naturellement comme ça) habituée à me laisser mener la danse à mon rythme, elle me laisse gérer d’un bout à l’autre (parfois en suggérant, mais sans accélérer pour autant) : je suis « celle-qui-sait », elle me laisse faire et suit. Quand c’est une personne que je ne connais pas c’est beaucoup plus compliqué et fatiguant. Je passe certainement parfois pour une empotée.

Cette lenteur je peux la réduire en utilisant plus d’attention et plus d’énergie mais selon les actions cela sera plus ou moins efficace . Je réussis à me calquer sur le rythme de marche normal de la plupart, tout en maintenant une conversation, en revanche si la marche est rapide, la conversation sera plus difficile à suivre (attention focalisée sur la marche puis, en plus, essoufflement) et cela ne sera de toute façon possible que sur une certaine distance. Pour ce qui est du repérage je ne peux pas la réduire à néant. Pour ce qui est de l’écriture je perds en esthétique et en énergie et je retiens moins (et cela n’est possible qu’un certain temps : un cours de 2h à la fin j’irais forcément plus lentement et j’écrirais forcément moins bien.)

Pour les courses je peux la réduire en utilisant plus d’énergie et avec quelques astuces (mettre ma CB dans la petite poche pour l’attraper rapidement mais sans la perdre, avoir un cabas plutôt qu’un sac, c’est plus facile à ouvrir.) mais je ne pourrais pas non plus la réduire à néant et quelque soit la vitesse, je donnerais toujours l’impression (au moins à  moi-même) d’une empotée maladroite et désorganisée.

Je peux la réduire mais elle peut aussi augmenter du fait de certaines circonstances indépendantes de ma volonté : ma fatigue, le nombre de choses que je dois gérer en même temps (la dyspraxie ne fait pas bon ménage avec les doubles tâches…), le bruit ou la foule qui m’entourent…

 

Pour l’écriture et les cours j’ai appris à faire avec, la marche aussi. Pour le repérage et les courses (et autres activités pressantes de cet acabit) ça reste encore difficile à gérer parfois. Je dois encore travailler mon lâcher prise et mon indifférence par rapport au regard et à la pensée des gens. La société à grande vitesse dans laquelle nous vivons -faire tout toujours plus vite- ne m’y aide pas. (je ne suis vraiment pas addict à la vitesse mais il y a toujours la petite voix « les gens derrière sont peut-être pressés »)

 

 

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3 réflexions au sujet de « La lenteur »

  1. Déconnecte la petite voix derrière « les gens derrière sont peut-être pressés! » car tu as raison nous sommes trop dans une société grande vitesse et finalement ça t’accentue ton sentiment de lenteur.

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Dyspraxie et repérage | Crevette de Mars

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