Le mépris en transport(s)…

Si j’avais eu la patience … si c’était arrivé plus tôt (ou plus tard…) j’aurais probablement demandé à Pomdepin un emprunt de copyrigt pour son superbe « Thursday Thunder » (c’est un titre méga classe quand même !) Mais quand je suis énervée je ne suis pas patiente, je veux en parler tout de suite maintenant et partager haut et fort mon indignation…

Donc voilà, je veux vous parler de toutes ces petites doses de mépris que je croise régulièrement dans les transports en commun.

Dans le métro c’est connu, les gens sont exécrables parce que stressés, pressés, fatigués.. Métro-boulot-dodo, c’est sûr, ça n’est pas très rigolo, ne pas voir le soleil à un moment ça finit par taper sur le système…

  • Il y a les gens qui restent plantés en plein milieu de l’escalier, pensant qu’à coté de la rampe ils ne gênent personne, parce qu’ils sont sur le côté, sauf que non. Moi (et d’autres) il me gênent, je suis alors obligée de me risquer à descendre/monter sans rien tenir. Mais ils ne s’en rendent jamais compte, ils sont trop occupés par leur appel ou SMS, c’est la dernière marche qui capte… Je ne comprends pas pourquoi ils peuvent pas s’arrêter en haut, à l’écart, ils perdraient du temps sûrement….
  • Il y a ces gens qui ne bougent pas d’un poil quand tu veux accéder ou sortir d’une place (ou même juste sortir d’ailleurs).
  • Il y a ces gens à qui ça semble tout à fait naturel et normal de couper la route et/ou bousculer, sans s’excuser surtout.
  • Il y a ces gens qui hurlent dans leur téléphone, sans se soucier des voisins.
  • Il y a ces gens qui trouvent naturel et normal de laisser leur déchets par terre ou sur un siège.

Ça c’est ce que j’appelle « le mépris ordinaire », que je subis, moi avec plein d’autres usagers. Le mépris des gens qui ne connaissent pas les règles du vivre-ensemble et ne pensent qu’à eux.

Et puis il y a le mépris que j’observe seulement, le mépris à l’encontre des miséreux qui ont fait de ce souterrain leur lieu d’habitation/de dortoir/de repli/de travail/de mendicité.

Il y a les petites choses comme ça qui n’ont l’air de rien :

Ces mendiants qui passent dans les rangs pour de maigres récoltes qui déclenchent toujours leurs lots de soupirs et regards agacés pendant le discours initial.

Ces musiciens, accordéonistes, guitaristes et chanteurs, qui déclenchent tout autant de soupirs et regards agacés quelque soit leur niveau de musicien. Il y en a c’est vrai qui jouent très faux ou se contentent de rajouter 3 accords à une bande-son… (tant pis tu n’as qu’à serrer les dents afficher une mine neutre comme tu sais si bien le faire à d’autres occasions), mais il y en a aussi, majoritaires selon moi, qui sont de bons voire très bons, musiciens… et je trouve que ceux-là mettent un peu de couleur et de gaité dans le trajet morne et obscur du métro…  Ils méritent bien autre chose que des soupirs !

Certes, je noircis un peu le tableau, il y a des voyageurs qui donnent des sourires, des petits centimes, des sandwichs ou des tickets-restaurants… Les musiciens récoltent souvent un peu d’argent. Mais l’expérience d’hier soir a fait ressortir toutes ces noirceurs.

Généralement dans le bus les gens sont tout de même plus calmes et souriants… J’ai dit généralement, il y a parfois des exceptions (les gens qui parlent fort au téléphone sont légion) et hier il y en a eu une d’exception, une grosse, cette goutte qui a fait déborder le vase de mon indignation.

Nous sommes en fin d’après-midi, la nuit tombe, je sors de cours et vais prendre mon bus pour rentrer chez moi.
À l’arrêt, un homme de couleur, flottant dans un jogging et une veste matelassée chamarrée, chaussé de baskets rouges et dorées (un peu les mêmes coloris que la veste en fait) et aux traits tirés me demande si j’ai quelques centimes pour qu’il puisse manger, il est en galère. C’était pas très clair parce que sa voix était trainante et basse mais assez clair pour que je comprenne le message.
Ça n’est hélas pas la première fois que ça m’arrive, comme à chaque fois, j’ai répondu « bonsoir…non désolée… » et j’ai souri…
Et j’ai continué à attendre mon bus, un peu honteuse et gênée. Par ce que si, des centimes j’en ai, mais je ne peux pas donner à tout le monde et que j’entretiens déjà les 2 que je croise par chez moi… Parce que moi j’ai largement de quoi manger, me vêtir et dormir paisiblement au chaud… Parce que je trouve ça toujours terrible d’en être réduit à la mendicité…. Parce que se retrouver face à la pauvreté, la misère, ça gêne, ça n’est pas confortable.
J’ai attendu mon bus, lui toujours dans le coin, il a demandé à d’autres, réponse toujours négative, plus ou moins aimable, il a allumé une cigarette…
Puis le bus est arrivé, nous sommes montés dans le bus, lui aussi, juste devant moi. Honnêtement je me suis dit « zut » parce qu’il sentait fort le tabac et surtout parce que le confort et la honte, tout ça… et je me suis reprise aussitôt.
Pendant deux arrêts nous avons été debout, presque côte à côte. Nous étions aussi à côté d’une dame sexagenaire, assise, vêtue d’un manteau de laine avec le bout des manches en imitation de fourrure, la dame bon-chic bon-genre / bien cossue (rayez le terme qui ne vous plait pas). Sa proximité l’a visiblement beaucoup agacée : regards de travers, soupirs silencieux, rajustage et éloignement du manteau (il ne fallait surtout pas qu’il touche ses vêtements usés et  sales, pestiférés PROPRES, comprenez-bien.) Elle devait vraiment avoir besoin d’être assise, parce que je crois que si elle avait pu se trouver à l’opposé de lui dans le bus, elle l’aurait fait. Il ne s’est rendu compte de rien, il était occupé à remonter le col de sa veste dans tous les sens et lui tournait le dos, mais mois j’étais de profil et je la voyais faire son petit manège… ça a duré 2 arrêts parce qu’ensuite je suis partie m’asseoir au fond du bus, je ne les voyais plus… J’ai encore plus regretté ma première pensée quand je l’ai vu monter dans le bus, j’ai regretté de ne pas avoir trouvé une bonne répartie « s’il vous gêne tellement partez » m’a démangé la langue, mais je ne suis pas du genre à troubler l’ordre public j’aurais aimé quelque chose de plus subtil. J’ai regretté aussi de ne rien lui avoir donné, rien que pour ça il l’aurait mérité ! (et j’aurais pu me dire gniark-gniark face à la dame !)

Il y aussi le mépris institutionnel, officiel. La première année année à Paris j’ai été très choquée quand j’ai appris que les transiliens avaient décidé de fermer les toilettes dans les trains parce que des SDF y dormaient. Certes ce n’est pas très propre, certes ça ne doit pas être plaisant de se retrouver face à un SDF quand on veut aller aux toilettes… Mais c’est idiot : maintenant plus personne ne peut y aller, ça a juste délocalisé les SDF et ça les oblige à se soulager n’importe où dans les recoins des couloirs de métro, ça n’est pas plus propre ni agréable (et l’intérieur des trains avec les déchets des usagers n’est pas plus propre non plus…)

Dans le même genre, j’ai vu sur le site du budget participatif de Paris (que j’affectionne tant), une personne qui se plaignait de l’état de saleté et d’insalubrité du métro parisien, fait sur lequel je suis tout à fait d’accord. Il souligne la différence avec les autres métros européens, je suis aussi tout à fait d’accord, j’ai testé Prague et Bruxelles, c’était beaucoup plus propre et agréable. Il demande par conséquent que l’on agisse pour que les SDF ne puissent plus rentrer dans le métro, et là ça ne va plus, je m’énerve :

  1. Les SDF sont loins d’être la source unique de saleté, il faudrait commencer par chasser l’incivilité des gens lambdas qui laissent leurs déchets n’importe où et qui taguent murs et sièges (je ne vous parle pas des dessins mais des gribouillis insensés), par assainir les murs et plafonds assaillis de moisissures
  2. Les SDF pissent par terre oui, mais ils n’ont nulle part ailleurs (on a fermé les toilettes des transiliens et RER !) et il n’y pas qu’eux, les gens lambdas bourrés saouls aussi.
  3. J’aimerais comprendre pourquoi je n’ai jamais vu de personnel de ménage dans le métro : soit ils passent de nuit quand le métro est fermé, soit il y a vraiment une grande pénurie de personnel. Parce que des gens qui posent des pubs je les vois, eux, par contre. (En passant, dans les métros de Bruxelles et Prague les murs ne sont pas recouverts de pubs… j’aimerais savoir comment y font, pourquoi nous on en a besoin et pas eux. Ou alors j’avais tellement des étoiles dans les yeux pendant ces voyages je les ai pas vus, effacés, oubliés…)
  4. Chasser les SDF du métro ne les fera pas disparaitre, il vont juste être encore plus nombreux dans les rues (où ils sont déjà nombreux et partout…) Ils sont peut-être plus faciles à ignorer et éviter à l’air libre ? Il faudrait peut-être songer à une solution plus utile qu’une simple expulsion et délocalisation… (Un peu comme les camps de Roms, mais je m’enfonce là)

En bref, cher Monsieur Delapétition et chère Madame Delautobus, je vous suggère de changer de lunettes, désolé si c’est dérangeant, si ça perturbe vos mœurs ou votre conscience, si ça ne vous empêche pas de dormir mais de sourire : les SDF et autres miséreux sont là un peu partout, « ils se multiplient comme des pâquerettes » ( Mushu !) et ils survivent comme ils peuvent. Ayez au moins le respect de les considérer comme des personnes humaines.

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