Un jour-un livre #24

Ahem … Nous sommes le 24, veillée de Noël, et je vais vous parler du livre dont j’aimerais qu’on lise un extrait à mon enterrement ! Bien bien bien.

Ça tombe bien (heureusement pour vous, quoi…) j’ai plutôt envie qu’on lise qu’elle chose de « joyeux », quelque chose qui accompagne mes proches, pas un truc mélodramatique qui m’est destiné. Moi je serais alors partie, plus là, ça ne sert à rien de me lire un truc, si ce n’est pour apaiser leur propre peine de la séparation.

Ce jour-là j’aimerais donc qu’on lise quelque chose de ce genre : 

harold-et-maude-livreHarold et Maude de Colin Higgins qui est, par ailleurs, un magnifique  et très émouvant hymne à la vie (je le conseille donc aussi à toute personne triste ou en colère ou qui a besoin de rire…) (il est très court et facile à lire !)

« La mort n’est qu’un passage. Tout n’est que passage. »
« La mort n’a rien d’extraordinaire. Ni de surprenant. Elle fait partie de la vie. Et ce n’est jamais qu’un départ. »
Mais je ne peux pas finir cet article sur ces quelques phrases, car depuis que j’ai lu la liste j’y pense (même avant d’ailleurs, ça fait bien longtemps que je me dis « j’aimerais tellement qu’on lise -chante !- ce texte le jour de mon enterrement !)

Supplique Pour être Enterré Sur Une Plage De Sète, Georges Brassens.

La Camarde qui ne m’a jamais pardonné,
D’avoir semé des fleurs dans les trous de son nez,
Me poursuit d’un zèle imbécile.

Alors cerné de près par les enterrements,
J’ai cru bon de remettre à jour mon testament,
De me payer un codicille.

Trempe dans l’encre bleue du Golfe du Lion,
Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion,
Et de ta plus belle écriture,
Note ce qu’il faudra qu’il advint de mon corps,
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d’accord,
Que sur un seul point : la rupture.

Quand mon âme aura pris son vol à l’horizon,
Vers celle de Gavroche et de Mimi Pinson,
Celles des titis, des grisettes.
Que vers le sol natal mon corps soit ramené,
Dans un sleeping du Paris-Méditerranée,
Terminus en gare de Sète.

Mon caveau de famille, hélas ! n’est pas tout neuf,
Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf,
Et d’ici que quelqu’un n’en sorte,
Il risque de se faire tard et je ne peux,
Dire à ces braves gens : poussez-vous donc un peu,
Place aux jeunes en quelque sorte.

Juste au bord de la mer à deux pas des flots bleus,
Creusez si c’est possible un petit trou moelleux,
Une bonne petite niche.
Auprès de mes amis d’enfance, les dauphins,
Le long de cette grève où le sable est si fin,
Sur la plage de la corniche.

C’est une plage où même à ses moments furieux,
Neptune ne se prend jamais trop au sérieux,
Où quand un bateau fait naufrage,
Le capitaine crie : « Je suis le maître à bord !
Sauve qui peut, le vin et le pastis d’abord,
Chacun sa bonbonne et courage ».

Et c’est là que jadis à quinze ans révolus,
A l’âge où s’amuser tout seul ne suffit plus,
Je connu la prime amourette.
Auprès d’une sirène, une femme-poisson,
Je reçu de l’amour la première leçon,
Avalai la première arête.

Déférence gardée envers Paul Valéry,
Moi l’humble troubadour sur lui je renchéris,
Le bon maître me le pardonne.
Et qu’au moins si ses vers valent mieux que les miens,
Mon cimetière soit plus marin que le sien,
Et n’en déplaise aux autochtones.

Cette tombe en sandwich entre le ciel et l’eau,
Ne donnera pas une ombre triste au tableau,
Mais un charme indéfinissable.
Les baigneuses s’en serviront de paravent,
Pour changer de tenue et les petits enfants,
Diront : chouette, un château de sable !

Est-ce trop demander : sur mon petit lopin,
Planter, je vous en prie une espèce de pin,
Pin parasol de préférence.
Qui saura prémunir contre l’insolation,
Les bons amis venus faire sur ma concession,
D’affectueuses révérences.

Tantôt venant d’Espagne et tantôt d’Italie,
Tous chargés de parfums, de musiques jolies,
Le Mistral et la Tramontane,
Sur mon dernier sommeil verseront les échos,
De villanelle, un jour, un jour de fandango,
De tarentelle, de sardane.

Et quand prenant ma butte en guise d’oreiller,
Une ondine viendra gentiment sommeiller,
Avec rien que moins de costume,
J’en demande pardon par avance à Jésus,
Si l’ombre de sa croix s’y couche un peu dessus,
Pour un petit bonheur posthume.

Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon,
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon,
Pauvres cendres de conséquence,
Vous envierez un peu l’éternel estivant,
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,
Qui passe sa mort en vacances.

Je suis amoureuse des paroles de cette chanson, le ton léger et joyeux pour aborder la mort, j’aimerais que ce soit comme ça… Bien sûr pas forcément sur la plage de Sète, et d’ailleurs je n’ai pas de caveau familial, donc bien sûr il ne faudrait pas le prendre à la lettre. (Je n’ai malheureusement pas le talent de Brassens pour écrire mon testament !) Mais cette chanson donne plus que tout le ton que j’aimerais qu’il y ait à mon enterrement et après, quand mes proches penseront à moi. Parce que je suis convaincue qu’effectivement quand je mourrais (quelque soit le moment, la cause, la manière, c’est que « mon âme et lui [mon corps] ne seront plus d’accord,
Que sur un seul point : la rupture. »
La première fois que j’ai entendu cette chanson, ça m’a émue aux larmes et la question a immédiatement surgit dans mon esprit : « est-il enterré sur la plage de la corniche à Sète ? » à mon grand chagrin et à ma grande indignation, la réponse est non… Il avait pourtant écrit un si beau chant pour le demander, ne pouvait-on pas lui accorder ça, lui qui a tant apporté à la chanson française ? Certes je comprends bien que ça n’était probablement pas raisonnablement possible, pour des questions d’hygiène et je-ne-sais-quoi encore… mais tout de même, j’ai eu le cœur peiné…
(si ça vous intéresse allez voir par ici et par : un pin parasol a apparemment été planté, c’est un moindre mal…)
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