Cocktail d’émotions

Hier et avant-hier, j’étais seule dans mon petit studio d’étudiante.

Seule, avec mon ordinateur pour regarder, lire et écrire. Seule, avec ma radio pour écouter. Seule, avec mon téléphone pour appeler. Seule, avec les réseaux sociaux pour échanger.  J’étais entourée de pensées, d’amour, de discussions virtuelles et d’actualités, mais seule.
Seule avec mes émotions, ma peur, ma colère, ma tristesse, mon incompréhension, mon amour, mon incompréhension (oui je sais je me répète, c’est fait exprès, ça s’appelle un effet de style et c’est parce que je suis vraiment pleine d’incompréhension), et mes questions (ça, c’est pour changer un peu)

Et dans ma solitude j’essayais de réfléchir, de ressentir autre chose que cet énorme vide, vide de sens, vide de logique, vide de mots, vide d’envie(s) (vous avez remarqué  »envie » c’est  »en vie » !)
Mais alors, je ressentais un trop-plein, trop plein d’émotions que je ne réussissais pas à distinguer.

Je ne réussissais pas à comprendre.

À les comprendre bien sûr. Pourquoi ils avaient fait / font / feraient (je n’arrive pas à le mettre au futur ) ça ?! Comment peut-on gratuitement enlever la vie ? J’arrêterais là les questions, car nous nous les posons tous et qu’elles font mal, mais il y en a bien d’autres…

À me comprendre, aussi non plus. Qu’est-ce que je ressentais au juste ? Pourquoi je ne voulais pas sortir ? Pourquoi je n’ai pas développé quand mon père m’a demandé au téléphone comment j’allais ? Pourquoi je n’ai pas appelé plus de gens pour parler alors que je n’avais envie que de ça ? Pourquoi je ne pleurais pas ? Est ce que je ne m’inventais pas ce malaise par ce que je m’y sentais obligée ? (oui, j’ai même pensé ça !) Comment faisaient tous ces gens partis travailler ? Pourquoi je ne bougeais pas, au moins pour prendre une douche ou manger (alors que j’avais faim…) au lieu de parcourir dans tous les sens mon fil d’actualité  Facebook, de lire tout ce que je pouvais et d’écouter les infos en continu ? Pourquoi je n’étais pas capable de continuer / recommencer à vivre (comme j’aurais tellement voulu) alors que d’habitude je croque la vie à pleine dents ? Pourquoi ça me touchait vraiment plus que pour Charlie ? Et j’en oublie…
Souvent ça tournait tristement et douloureusement en rond dans ma tête vide, quelquefois j’ai réussi à en tirer maladroitement quelque chose (et et le brouillon de ce que j’écris maintenant et de celui qui vient juste après…)

À force de faire tourner et d’attendre pour faire décanter (parce que quand ça veut pas, ça veut pas) (et puis 3 jours de deuil c’est aussi fait pour ça, non ?) et surtout à la lumière d’aujourd’hui, j’ai quelques éléments de réponse supplémentaires (et un peu plus satisfaisants et rassurants à mes yeux …)

Qu’est-ce que c’est que tout ce schmilblick d’émotions qui me travers(ai)ent et m’envahiss(ai)ent ?!

Beaucoup de vide et d’incompréhension pour commencer, comme je viens de vous l’expliquer un tout petit peu plus haut. (Je ne sais pas si ce sont vraiment des émotions mais en tout cas je peux dire, après mûre réflexion, que si je les ressens, ce sont des sentiments !)

Il y a de la peur, bien sûr, peut-être un peu de peur de mourir comme ça moi-même, peut-être un petit peu au début… en tout cas aujourd’hui, c’est sûr que non : je n’ai tout simplement pas peur de mourir, c’est bête que la vie s’arrête, mais bon, de toute façon, après on a plus mal, voire il y a quelque chose de mieux, alors ….
Donc, je n’ai pas peur de mourir. Mais j’ai peur que des gens que j’aime meurent, ou que des gens que j’aime souffrent. J’ai peur de ces gens capables de retirer la vie, j’ai peur de voir ces gens, de les voir tuer, de voir tout simplement à quoi ils ressemblent en vrai (ce sont des gens faits comme nous… Alors, on voit quoi dans leurs yeux ? Ça ressemble à quoi la cruauté ? )
J’ai peur de voir des gens mourir (d’ailleurs je n’ai jamais vu de gens morts, même de mort paisible et naturelle… alors par balle… bein je suis un bisounours, hein, je veux pas…) ou souffrir. J’ai peur de voir ou d’entendre des armes à feu (oui, je vis dans un monde de bisounours, je n’ai jamais vu ou entendu d’armes à feu -oui bon j’ai vu les armes des soldats de vigipirate mais elles étaient passives… -oui bon j’en ai aussi vu dans les films mais je vous parle de la vie réelle moi…)
J’ai peur aussi de ce que nous allons faire de tout ça : de la haine, du repli, du rejet et des divisions qui en découlent (et que je ne comprends tellement pas non plus !), de l’oubli, du fatalisme.Donc beaucoup de peur(s) malgré tout

Beaucoup beaucoup beaucoup de tristesse. Pour tous ces gens morts, ces gens blessés, ces gens traumatisés, pour leurs familles et leurs amis. Tristesse aussi (et colère aussi sûrement même si c’est une émotion que j’ai -comme toujours- beaucoup de mal à percevoir) de savoir que de telles horreurs existent, que tous les gens ne sont pas des bisounours (parce que moi j’en suis une, vous savez ?) et qu’il y en a même des très cruels, des qui ne connaissent pas la valeur de la vie et qui sont capables de faire mourir plein plein de gens comme ça d’un claquement de doigt (que ce soient les personnes qui décident et organisent ou celles qui exécutent ils me semblent tous aussi horribles et cruels). Tristesse de savoir que, hélas, ça va se reproduire et que même (surtout ?), ça se produit toujours quelque part dans le monde, sans que l’on réalise. Plein de tristesse (et de colère peut-être) de choses que je ne sais même pas nommer… Plein de tristesse que je n’arrivais pas à évacuer par des larmes (d’ailleurs aujourd’hui je crois bien que c’est sorti mais pas par des larmes… alors par où ? Mystère !)

Ce qui m’a aidé pour faire avancer le schmilblick, c’est le temps d’abord, un temps de deuil (les deux jours du week-end n’étaient pas de trop, même si ça m’a semblé une éternité) puis de voir du monde, d’être entourée de chaleur humaine.

Ces deux éléments étaient nécessaires, je ne sais pas comment j’aurais réagi si je n’avais pas eu le week-end pour me poser (me  »pauser »), m’isoler et réfléchir. je ne sais pas si j’aurais compris tout ça et si je l’aurais digéré aussi bien. Mais je sais aussi que je me suis sentie très seule et qu’aujourd’hui voir du monde (que je connaissais) m’a fait un bien fou.

J‘espère que vous aussi vous prenez le temps de vous poser et d’y réfléchir (Anick-Anouck j’ai beaucoup pensé à toi tout au long de la rédaction de ce billet…), que vous aussi vous vous sentez entourés et que vous aussi petit à petit, à votre rythme, vous réussissez à vous en remettre et à retourner dans la vie…

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5 réflexions au sujet de « Cocktail d’émotions »

  1. Je suis toujours dans le même état qu’hier, dimanche ou samedi… Absolument pas digéré encore.
    Déjà 3 personnes que je connaissais parmi les morts. Et j’attends toujours des nouvelles d’une quatrième, disparue depuis vendredi…
    Je ne sais pas si je pourrais surmonter ça avant de savoir.
    Un billet en cours, 5 brouillons qui reflètent autant d’émotions que toi… Et je ne sais même pas si je pourrais en mettre un en ligne…

    Aimé par 1 personne

    • Je ne sais non plus comment j’aurais réagi si des personnes que je connaissais étaient parmi les morts, j’imagine que ça aurait multiplié ma douleur et mon incompréhension et que mon temps de deuil en aurait été rallongé… ça se me semble donc tout à fait humain et normal de ne pas avoir encore digéré (ajoutons à cela l’hypersensibilité… )
      Je pense que l’important n’est pas de publier mais de s’exprimer (que ce soit à l’écrit ou à l’oral) même si ça parait maladroit et infidèle à ce que l’on ressent… Je te conseillerais d’écrire encore et encore, effacer et recommencer jusqu’à ce que ça te satisfasse plus ou moins. Et si tu ne veux pas le publier, parce que trop intime ou autre, imprime-le au moins, pour que ça marque un achèvement et que tu puisse avoir une trace réelle de celui-ci… A mon sens, cet achèvement des écrits marquera des étapes voire la fin de ton deuil (en tout cas, c’est comment que je l’ai ressenti, moi…)
      J’espère que tu es bien entourée pour surmonter tout ça et surtout prends ton temps (bâcler un deuil est la pire des choses à faire…)
      Je t’envoie plein de pensées… ❤

      Aimé par 2 people

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