L’aprentissage de l’amitié

Peut-être qu’en lisant mon titre vous vous êtes posés des questions…

Comment ça « l’apprentissage de l’amitié » ? Depuis quand ça s’apprend, l’amitié ?

Ben depuis que suis née ! Depuis que je le dis ! Depuis longtemps !

En effet, l’amitié a longtemps été (notez le passé) pour moi une grande problématique, source de beaucoup de réflexions, de déceptions et de tristesse…

Je n’avais aucun mal à me lier avec les autres, j’étais toujours très souriante et dynamique, ce qui fait qu’en général, à la fin de la journée de rentrée, je connaissais au moins les 2/3 de la classe. Par « connaître » je veux dire que l’on avait un peu joué/parlé ensemble, que j’avais apprécié le contact, et que le soir j’en parlais à mes parents (en les nommant par leurs prénoms…) Ainsi mes parents ont longtemps (toujours?) eu l’idée que je m’entendais avec tout le monde et que j’avais beaucoup de copines. Or en réalité, la plupart des copains de rentrée ne me parlaient rapidement plus, ou plutôt ne voulaient plus jouer avec moi. Parce que j’étais différente, sûrement un peu extraterrestre par certains aspects (certaines pensées plus mûres, des préoccupations différentes, une conception différente de la vie) et aussi par ce que j’étais lente et sûrement un peu bizarre physiquement (l’œil qui part, les pieds en dedans et les genoux pliés…) (et que personne n’a jamais pris le temps de leur expliquer…) Je n’étais donc pas une bonne camarade de jeux et ça tout de suite ça joue sur les amitiés … En plus de ça j’étais très sérieuse, très appliquée et impliquée en classe, et j’étais très surveillée par mes parents et professeurs (je devais être placée dans les premiers rangs et de toute façon j’étais toujours plus lente). Tout le monde me considérait donc comme une fayotte, une chouchoute, une privilégiée… ça n’aide pas non plus à construire des amitiés… (et je n’ai pas besoin de vous dire que l’idée que je sois « privilégiée » est un petit peu surfaite…)
Ces généralités concernent ma scolarité de la maternelle jusqu’au lycée (oui, oui), cependant en maternelle et primaire j’avais quand même un petit noyau d’amies, mais les choses se sont gâtées au collège, pour plusieurs raisons.

A la fin de ma sixième (première année du collège), j’ai déménagé dans une autre ville, à plusieurs centaines de km, j’ai alors quitté mon noyau dur d’amies qui me soutenaient et me protégeaient. En plus je suis arrivée dans une petite classe ou ils se connaissaient déjà presque tous, les réseaux d’amis étaient donc déjà constitués… Ajoutez à cela que c’est une classe de jeunes de 12/13 ans et vous avez mon environnement…. (Pour ceux qui n’aurait pas suivi : moi, petite jeune fille différente, au physique étrange, qui bénéficie de certains aménagements, bonne élève appliquée qui se place au premier rang et a toujours des bonnes notes + plusieurs groupuscules de jeunes ados idiots (forcément, ça va ensemble) …)

Et moi j’ai fait comme d’habitude, (NB : l’adolescence m’est inconnue, je n’ai jamais fait de crise d’ado, quand je vous dis que je suis un peu extraterrestre) le premier jour j’ai fait connaissance avec les 2/3 de la classe (je ne me suis pas occupée à la bande du fond qui avait l’air peu intéressée par l’école...) et je suis repartie avec mes bonnes impressions…
Seulement voilà, connaître les gens est une chose, être leur amie en est une autre… Je pouvais leur dire bonjour, parler cinq minutes, partager un moment de la récré, mais fallait pas exagérer non plus, je n’entrais jamais dans les confidences, j’avais rarement une personne qui s’empressait d’aller à côté de moi en cours… Alors vous pensez bien que quand une fille de la classe a commencé à se rapprocher de moi, j’ai de suite sauté sur l’occasion ! Et nous sommes devenues « les meilleures amies du monde » : on restait ensemble à la récré, on s’asseyait à côté en cours et … je l’aidais quelquefois (de plus en plus souvent le temps passant) pour les devoirs (ben oui j’avais beau être lente, j’étais une bonne élève !)
et ça a duré 3 ans c’est long 3 ans… J’ai quand même eu quelques crises de rébellion car plusieurs fois je n’ai pas été d’accord avec ses faits et gestes, ou alors elle m’accusait de choses que je n’avais pas faites, ou de faire des choses qui ne lui plaisaient pas… Mais je revenais toujours plus ou moins vite vers elle, d’une part parce qu’elle me racontait toujours un tas de bobards dans ce but (sinon elle aurait perdu sa bonne poire, son singe savant, son maître particulier !) et aussi parce que je me disais toujours que ses quelques défauts valaient mieux que la solitude… (en bref je me persuadais que c’était une amie car je ne voulais pas rester seule…)

En troisième (dernière année de collège), les choses se sont un peu arrangées car il y avait eu à la fin de l’année précédente une accusation que je n’avais pas pu avaler et je me suis rapprochée d’une autre fille qui ne s’entendait plus avec ses anciens amis, ainsi j’ai pu m’éloigner un peu de « l’élément toxique » sans me retrouver seule… Mais ça n’était quand même pas la joie…

Ma grande chance a été de ne pas aller ensuite dans mon lycée de secteur (pour des raisons d’accessibilité) j’ai ainsi été séparée de cette élève toxique mais aussi du reste de la classe (dont les uns ne m’aimaient et les autres ne m’appréciaient pas particulièrement, pour les premiers c’était réciproque pour les seconds un peu plus blessant pour moi…) En réalité ce n’est véritablement qu’à ce moment là que je me suis rendue compte à quel pont cette »amitié » avait été néfaste pour moi (ma mère m’avait pourtant mise en garde, alors qu’elle ne savait pas tout -c’est une des rares fois où elle s’est aperçue que quelque chose clochait du côté amical et je me répète, elle ne savait/réalisait pas tout- mais je n’avais pas voulu l’écouter…)

Je me suis donc retrouvée dans un nouvel établissement où je pouvais repartir de zéro (je n’arrivais pas au milieu d’un cycle, ainsi les groupes au sein de la classe n’étaient pas encore constitués).
Et j’ai recommencé, comme d’habitude : le premier jour je connaissais la moitié de la classe… Pendant la première moitié de l’année tout s’est plutôt bien passé, j’avais des copains/copines à côté de moi en cours, pas toujours les mêmes, j’allais manger avec un groupe de copains à la cantine ou à la cafet’ le midi (ça a été ma première véritable transgression ma mère voulait et pensait que je mangeais tous les midis à la cantine, un repas équilibré…) Les choses se sont gâtées au cours du 3ème trimestre (ou peut-être à la fin du deuxième je ne sais plus trop) : une des filles du groupe m’a « demandé » d’arrêter de les « coller », en gros alors que je pensais faire partie de leur groupe, être une de leur amies, je n’étais pour eux (en tout cas pour au moins deux d’entre eux) qu’une camarade qui était un peu trop collante et envahissante… ça a été une grosse claque, difficile à encaisser, et de nouveau j’ai du faire face à ma pire ennemie, la solitude… En outre, ce rejet a ravivé les blessures passées non encore cicatrisées et j’ai eu beaucoup de mal à croire de nouveau en la possibilité de nouvelles amitiés, en ma capacité à être aimable,…

Toutefois, le système du lycée m’a permis de la vivre différemment et plus facilement : en dehors des cours je pouvais aller quand je voulais au CDI pour lire ou écrire des mails (à ma grande amie d’enfance et à ma marraine, mes seules confidentes), ou faire mes devoirs, je pouvais aussi lire sur un banc au soleil, sortir me balader ou retrouver mes camarades de latin (qui appartenaient à une autre classe) pour discuter ou écouter de la musique Celles-ci semblaient prêtes à m’accueillir, mais je n’osais pas m’aventurer trop loin et j’ai pensé aider mon intégration par quelques mensonges sur mes goûts, mes activités… (une mauvaise habitude que j’avais commencé à prendre au collège) (elles s’en sont, je crois, assez rapidement rendu compte mais ne m’en ont pas tenu rigueur, je ne les en remercierais jamais assez …) Bref la liberté rendait la solitude (relative) beaucoup plus supportable…

Mais j’ai quand même été bien contente de trouver de nouveaux amis potentiels en rentrant l’année suivante (en première), et effectivement cette année là s’est assez bien passé, j’avais toujours beaucoup plus de mal à penser que mes camarades étaient des amis mais j’avais suffisamment de bonnes relations pour ne pas être seule…

Et cela a continué ainsi en Terminale, l’année suivante, petit à petit (très petit) j’ai repris un peu confiance en moi, en mon amabilité, j’ai appris à arrêter de mentir, à redevenir moi, à m’affirmer.

Seule ombre au tableau, dans la seconde moitié de la terminale, j’ai peu à peu construit une amitié assez exclusive avec une fille au détriment des autres, je m’en suis rendue compte assez tard, quand d’autres me l’ont fait remarquer à la fin de l’année… J’ai mis longtemps à comprendre comment j’avais pu en arriver là… J »ai pensé que j’avais réitéré le schéma du collège, que j’étais encore une fois devenue la cinquième roue du carrosse… Aujourd’hui, après moult réflexions (car ça m’a un peu « hanté » quand même…) je pense que effectivement j’ai été pour elle un moyen de combler un vide affectif (elle avait par ailleurs beaucoup d’amis mais peu dans ce lycée et encore moins dans la classe…) mais ça n’est pas grave. Parce que ça n’a pas été aussi destructeur, tout simplement parce qu‘elle m’appréciait vraiment pour ma personnalité et pas pour mon savoir (elle était elle-même très intelligente), j’étais considérée en tant que sujet, personne et non en tant qu’objet, et ça c’est très important, et elle m’a aussi beaucoup apporté en retour : elle m’a aidé à m’affirmer, à m’épanouir, à faire des projets…  En conclusion de tout ça je peux dire que même si ça été court (1 an après la fin du lycée nous avons perdu contact), c’était une amie… Le seul problème de cette amitié était son caractère exclusif (et même si ce serait trop long à expliquer, je sais d’où il vient et je sais qu’il faut que je m’en méfie…)

Ne pensez donc pas que je finis sur une note négative : le lycée, et en particulier les 2 dernières années, a été pour moi le début de l’ouverture et de l’épanouissement, la période où j’ai pu panser les blessures passées et reprendre confiance en moi, et j’en garde dans l’ensemble un très bon souvenir…

J’en reviens au début de mon discours et à mon titre (vous avez vu comme tout ça est bien rodé ?) Pour moi l’amitié a été un véritable apprentissage, avec des hauts et des bas, des échecs et des réussites… et d’ailleurs, depuis ça va vraiment vraiment très très bien …. Je vous en parle la prochaine fois !

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6 réflexions au sujet de « L’aprentissage de l’amitié »

  1. Bigre sacré témoignage et c’est marrant, je m’y retrouve un peu. Merci pour ce partage et bravo pour tout ce que tu as traversé ds le sens que maintenant tu me sembles épanouie ds un certain sens et lucide ds le sens de l’amitié. Cette notion est aussi complexe pour moi et je reconnais que c’est un apprentissage. Y en a des choses à dire… Bonne nuit à toi

    Aimé par 1 personne

    • Merci bcp de ton commentaire ! Oui c’est vrai que maintenant je suis bien de ce côté là, les doutes il y en a encore mais ils ne durent pas bien longtemps … Pas tellement étonnant que tu t’y retrouve au fond, tu as du faire face aux mêmes réactions …
      Bonne nuit à toi aussi et bon week-end !

      Aimé par 1 personne

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  3. Ping : Être l’ami de soi-même | Crevette de Mars

  4. Chapeau bas ! Pas facile d’être capable d’analyser aussi bien ses relations avec les autres.
    J’ai reconnu bien des points dans mes propres histoires amicales (être intégrée/coller, être le singe savant, etc…) sauf que je n’ai pas réglé grand-chose aujourd’hui. Enfin, si, mais par le vide et un côté aigri qui fait que je ne crois plus à l’amitié aujourd’hui : rien de franchement sain !
    Merci pour ton témoignage ! Je l’ai lu il y a 2 jours et j’y pense souvent, il semblerait qu’il soit en train de modifier quelque peu ma façon de voir certaines choses…

    Aimé par 1 personne

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