Focus : une oeuvre du Louvre /3

Aujourd’hui, je vais vous présenter un objet du département des Arts de l’Islam (assez méconnu, malgré son grand succès depuis son ouverture assez récente, car les visiteurs ne prêtent généralement attention qu’à l’esthétique, sans s’intéresser à l’Histoire et l’histoire qui entourent tous ces objets …)

Le chandelier aux canards et aux félins

le chandelier vu dans sa vitrine.

le chandelier vu dans sa vitrine.

un détail de la panse avec des bossettes et un bandeau d'inscription.

un détail de la panse avec des bossettes et un bandeau d’inscription.

un autre détail montrant le haut de la panse avec des figures félines dont la tête sort en relief.

un autre détail montrant le haut de la panse avec des figures félines dont la tête sort en relief et les petits canards sur l’épaule.

Ce chandelier date probablement de la seconde moitié du XIIème siècle (datation établie par comparaison avec un chandelier de forme assez proche, entièrement orné de bossettes, daté par une inscription de 1166.) L’art du métal connait alors un essor considérable dans l’est de l’Iran sous la dynastie des Seldjoukides, en particulier avec le développement du métal incrusté (qui répond à la recherche de polychromie, que l’on peut voir aussi en céramique, avec le développement de la céramique dite haft-rang [ou sept couleurs en persan, en raison des sept couleurs utilisées: rouge, bleu, vert, jaune, noir, blanc et or.] )

un exemple de céramique haft rang, conservé au Louvre.

un exemple de céramique haft rang, conservé au Louvre.

Ce chandelier était probablement destiné à un lieu prestigieux (palais, mosquée, demeure d’un haut dignitaire ….) étant donné la préciosité de son matériau et la qualité de sa facture.

A l’origine, le bandeau supérieur de la panse portait probablement une date et/ou le nom d’un commanditaire et/ou la mention d’un lieu, et peut-être même le nom de l’artisan. Mais l’inscription a été volontairement abrasée, à sa place se trouve une inscription en arménien, ajoutée au 17ème siècle, mentionnant le don d’un fidèle chrétien à son église. En revanche, les inscriptions des deux autres bandeaux ont été conservées, ce sont des vœux (de bonheur) en épigraphie arabe.

Cet objet est en alliage cuivreux [alliage de cuivre et d’étain, plus communément appelé « bronze » pour simplifier, mais dans le vocabulaire puriste d’un historien de l’art le « bronze » a des proportions très précises ….autrement on parle donc d’alliage cuivreux], il a été obtenu par martelage [en frappant] et plus précisément par la technique dite du repoussé ( la feuille de métal est travaillée de l’intérieur, (par le dessous) pour obtenir les obtenir les formes en relief visibles à l’extérieur, sur le dessus.)

une autre vue d'ensemble de l’œuvre.

une autre vue d’ensemble de l’œuvre.

encore un détail du haut de la pièce.

encore un détail du haut de la pièce.

La technique de réalisation de cet objet est assez remarquable. En effet la forme a été obtenue par la  technique du repoussé uniquement (pas de moulage [du métal fondu coulé dans un moule] , ni de rivetage [des pièces réalisées à part et clouées au corps principal].
L’artiste a donc procédé progressivement, il est parti d’une feuille circulaire de métal relativement épaisse qu’il a creusée / montée/ repoussée / mise en relief, en martelant, de bas en haut, petits canards sur l’épaule y compris ! et il faut prendre en compte que plus il martelait la feuille, plus celle ci s’amincissait et donc, plus celle-ci était fragile et risquait d’être percée ! De plus, le décor a ensuite été complété par de multiples incisions (pour plus de précisions) et incrustations ( de cuivre rouge et d’argent, pour ajouter à la préciosité et de la polychromie) sur tout l’objet, ce qui nécessitait de creuser encore une fois dans l’épaisseur de la feuille !

Par conséquent, vous comprenez que l’artiste a du faire preuve d’une grande habileté et maitrise de son art pour y parvenir.
J’attire aussi votre attention sur le fait que par cette technique, le chandelier est creux, et sans fond, il est donc extrêmement léger, contrairement à ce que l’on pourrait penser.

Un seul chandelier exactement identique (par la technique et l’aspect, par la virtuosité !) est connu, il est conservé au Musée d’Art Islamique du Caire. Ils formaient probablement une paire (ce qui signifie que l’artiste a du réaliser deux fois la même prouesse !).

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